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Grande interview: le gouverneur de la Banque centrale, Louncény Nabé parle...

CONAKRY-Comment se porte l'économie guinéenne?Comment les fonds de 700 millions de dollars de Rio Tinto ont été gérés?Quand est-il des salaires et pouvoir d'achat des travailleurs guinéens?Autant de questions abordées par Dr Louncény Nabé.Le gouverneur de la Banque centrale guinéenne s'est confié à notre rédaction à Conakry...
AFRICAGUINEE.COM: Bonjour Dr NABE!
DR LOUNCENY NABE: Bonjour M. SOUARE!
AFRICAGUINEE.COM: Qu’est-ce qu’on peut retenir selon vous des deux ans de gestion du président Alpha Condé?
DR LOUNCENY NABE : Merci beaucoup ! Comme vous l’avez dit, cela fait deux ans depuis que le Pr Alpha Condé préside aux destinées de notre pays, il est arrivé au pouvoir avec un programme qui peut se résumer en mot, le changement. Le changement des mentalités, changement des comportements, changement dans la gestion économique et financière, changement bien sûr dans la gouvernance politique. Votre question se rapporte principalement aux aspects économiques. Le bilan est positif, c’est un euphémisme que de le dire. Tout ce qui a été fait depuis deux ans (…), c’est vrai qu’on a coutume de dire que l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative du PPTE qui était en quelque sorte devenue pour la guinée comme un horizon. L’horizon d’un élève des pays socialistes de l’époque qui était le point de la terre qui s’éloignait au fur et à mesure que l’on s’en approchait. C’était un point derrière lequel le pays court depuis la fin des années ‘’90’’ quand le programme de facilité pour la réduction de la pauvreté et de la croissance a été instauré par les institutions de Breton Wood dont le point a été atteint au début des années ‘’2000’’ dont le point d’achèvement n’a jamais pu être atteint. Le Pr Alpha Condé en deux années de gestion, ce point d’achèvement a été atteint avec tout ce que cela comporte bien sûr d’abord en financement, mais surtout de gain en crédibilité du pays qui est devenu pour le monde entier dans ce domaine-là aussi un pays normal. Vous savez qu’avant on disait que la Guinée était un pays à part. On devient petit à petit un pays normal. On a atteint le club des pays qui ont réalisé le point d’achèvement de l’initiative PPTE. Cela ne s’est pas fait sans réforme profonde, sans changement profond dans la gestion financière. Vous avez parlez tout à l’heure de la réduction drastique du déficit budgétaire qui était en fin 2010 autour de 14% du PIB et qui a été réduit à moins de 2%.
AFRICAGUINEE.COM : Expliquez c’est quoi la réduction du déficit à 2% ?
DR LOUNCENY NABE: La réduction du déficit, c’est que, ce que l’Etat gagne en gros et ce qu’il dépense en gros se rapproche. Si ce qu’il gagne est largement inférieur à ce qu’il dépense, le déficit qui est là avec certains ajustements est rapporté au produit intérieur brut qui est l’ensemble de la production qui se fait dans le pays dans une année. Ce que l’Etat engrangeait en termes de recettes était très faible. Et au même moment il dépensait sans compter. Naturellement le déficit budgétaire se crée et tous les déficits se creusent avec lui avec ses conséquences sur les aspects monétaires. Je voulais dire effectivement qu’on a assisté à la révision drastique de ce déficit budgétaire qui a été basé sur un principe très simple. C’est le principe de la gestion du Budget de l’Etat suivant les caisses. Maintenant je me contente de dépenser rationnellement ce que je gagne, des recettes classiques que l’organe législatif m’autorise de prélever, mais aussi à côté, les partenaires Bi et multilatéraux. Donc cette gestion sur la base caisse a permis effectivement de courir derrière des objectifs multiples. Parce qu’il fallait d’abord rationaliser les dépenses et aussi maitriser les dépenses et lutter contre la fraude fiscale et l’évasion fiscale aussi bien au niveau de la direction nationale des impôts qu’au niveau de la direction des douanes. Rationaliser les dépenses, faire en sorte que la qualité de la dépense soit privilégiée au détriment de la quantité. Vous avez vu que cela a des impacts importants sur le plan de l’économie. Je cite déjà la réduction de l’inflation, nous allons revenir à cette question monétaire. Vous voyez l’économie réelle, la rationalisation des dépenses, et l’intervention de l’Etat pour le soutien à l’agriculture ce que cela a fait sur les deux dernières années. Et l’accroissement de la production agricole notamment de la production céréalière. Ce que l’Etat a fait aussi sur les adjonctions de capacité au plan de l’électricité. Je ne compte pas les lampadaires qui ont été installées pour les chefs lieux des préfectures à l’intérieur du pays. Mais je parle aussi des groupes thermiques qui ont été acquis et qui sont actuellement en train d’être montés sans compter les travaux de démarrage de la construction du barrage hydroélectrique de Kaléta. Et des efforts qui sont en cours pour essayer d’enchainer y compris dans le cadre de la coopération sous régionale les autres grands barrages bien sûr avec les petits barrages qui sont identifiés et dont les études ont été déjà prévues dans les deux ans en question. Donc bien sûr l’économie réelle et les questions d’inflation et de gestion monétaire ont suivi.
AFRICAGUINEE.COM : Expliquez concrètement c’est quoi l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative PPTE…
DR LOUNCENY NABE : Le point d’achèvement comme je l’ai dit au début, en quelque sorte c’est l’atteinte de la crédibilité par l’Etat, par le pays qui doit drainer des financements de la part des partenaires bilatéraux mais aussi des institutions de financement de développement. Des discussions sont en cours entre ces institutions et le gouvernement guinéen. Mais immédiatement déjà il y a à la clé, un décaissement de l’ordre de 200 millions de dollars sur la période du programme. Aussi qu’il y a un abandon de dette de la plupart de nos créanciers. Sur la longue période, cela fait environs 2millirads de dollars de dettes annulées. C’est au fur et à mesure des échéances qu’on constate le non règlement de la dette. Par an, il ya une marge de l’ordre entre 150 et 170 millions de dollars de marge budgétaire qui se dégage qui peuvent être dégagés par le gouvernement à des dépenses de réduction de la pauvreté dans le domaine social, dans le domaine de l’éducation, de la santé mais aussi venir en appoint aux efforts visant à doter le pays en matière d’infrastructures de routes, de télécommunication mais aussi en matière d’eau et d’électricité. C’est la décision que le gouvernement a prise. Les financements peuvent venir des partenaires avec la marge dégagée par l’abandon des échéances de la dette. Qu’on mette cela ensemble pour développer la santé, l’éducation les routes et l’électricité en pensant que ces dépenses de base sont en quelque sorte ce qu’il faut pour permettre au pays de créer les conditions de son décollage.
AFRICAGUINEE.COM : Certains responsables de l’Etat disent que l’initiative PPTE n’avait rien de politique. Est-ce qu’il en de même pour le 10ème Fonds Européen au Développement (FED) ?
DR LOUNCENY NABE : Peut être que le gouverneur n’est pas le mieux à même de parler des considérations politiques. Mais je dois dire effectivement qu’avec le FED (Fonds Européen au Développement, Ndlr) il y a des discussions d’ordre politiques liées à la publication d’un calendrier pour l’organisation des élections législatives bien que n’étant pas directement concerné en raison de ma mission par ces questions, je puis dire que des aspects politiques y sont effectivement liés.
AFRICAGUINEE.COM : Au cas où ce chronogramme proposé par la commission électorale nationale indépendante ne serait pas tenable, est ce que cela mettrait en cause le 10ème FED ?
DR LOUNCENY NABE : Ecoutez pour autant que je puisse le savoir maintenant, les accords concernant le 10ème FED sont signés. La conditionnalité qui était là , c’était le chronogramme des élections qui est fixé et qui aujourd’hui me semble bien tenable. Je ne souhaite pas me prononcer dans l’hypothèse de la non réalisation de ce chronogramme d’autant plus que les acteurs se sont bien intéressés à la question et ont essayé d’esquisser à l’intérieur de ce cadre là les actions qui doivent être faites pour mener aux législatives à la période indiquée.
AFRICAGUINEE.COM : Le ministre de l’économie est un peu dubitatif quand à la capacité d’absorption de ce 10ème FED. Êtes-vous sûre que la Guinée est capable d’absorber ces fonds avant fin 2013 ?
DR LOUNCENY NABE : Je pense que ce pays a besoin de construire tellement de choses, que dans la réalité le pays est à même d’absorber ces fonds. La question est de savoir si les projets sont suffisamment ficelés pour que les décaissements puissent être effectués à temps.
AFRICAGUINEE.COM : Un haut responsable de la Banque Mondial que les fonds sont disponibles, mais le malheur de l’Afrique est que généralement les projets ne sont pas bien ficelés…
DR LOUNCENY NABE : C’est ce que je voulais dire, les projets ne sont pas toujours bien ficelés. M. le président de la république a donné des instructions très fermes dans ce domaine là . Le projet de budget 2013 prévoit l’étude des projets à notre niveau déjà sans compter que le gouvernement a contacté beaucoup de partenaires pour essayer d’assister la Guinée dans le montage des projets. Personnellement j’ai suivi certaines discussions avec par exemple le président de la banque islamique de développement lors des assemblées annuelles du fond monétaire à Tokyo. L’un des points sur les quels nous avions insisté, c’était bien sûr que la BID accepte de nous assister pour monter des projets qui puissent être bien étudiés et bien ficelés. La requête a été formulée au niveau de la banque mondiale qui a accepté et toutes les structures de l’Etat au niveau des ministères sectoriels sont mises en branle pour que des projets adéquats soient montés pour nous permettre à même d’améliorer la capacité d’absorption et de faire correspondre nos besoins au financement qui sont proposés.
AFRICAGUINEE.COM : On a appris que la Guinée a eu un décaissement de 30millions d’euros dans le cadre de ce 10e FED. Dites nous quelle est la destination de ces fonds ?
DR LOUNCENY NABE : Le décaissement dont il est question va avoir lieu immédiatement. Ça veut dire que c’est disponible. Mas les décaissements prennent la direction des comptes de la Banque Centrale à travers ses correspondants. La Banque Centrale met la contrevaleur de ces montants en francs guinéens à la disposition du trésor public. Le mécanisme est en cours, mais le décaissement n’a pas eu lieu d’abord.
AFRICAGUINEE.COM : c’est à hauteur de combien ?
DR LOUNCENY NABE : Pour le moment c’est entre 30 et 40 millions de dollars qui peuvent être décaissés, en termes d’aide budgétaire. Et comme vous le savez, les projets doivent être affinés et actualisés. L’essentiel pour ce qui concerne l’UE, ce sont les dépenses sociales et les dépenses d’infrastructures, notamment en ce qui concerne les routes.
AFRICAGUINEE.COM : L’atteinte du point d’achèvement de l’initiative PPTE a été diversement appréciée par les populations. Si certains estiment que cela est une victoire, d’autres par contre pensent que ce n’est pas une fin en soi. Dans quel camp vous situez-vous ?
DR LOUNCENY NABE : Je me situe au niveau du 2ème camp, c'est-à -dire que cela n’est pas une fin en soi. L’atteinte du point d’achèvement, c’est en quelque sorte pour des questions de commodité qu’on dit point d’achèvement sinon comme le Pr Alpha Condé l’a dit c’est un point de départ. La crédibilité gagnée par la Guinée permet en quelque sorte de constituer une rampe à partir de laquelle le pays peut se lancer pour amorcer son développement économique. Les partenaires techniques et financiers se sont dit que ce pays là est capable de mener un programme économique et que ce pays peut être soutenu, qu’on peut investir dans ce pays et les reformes se poursuivent pour donner à cette crédibilité de plus larges échos. Donc en fait au lieu d’un point d’achèvement, c’est un point de départ sur le plan économique et social de la Guinée.
AFRICAGUINEE.COM : L’annonce de l’obtention du point d’achèvement de l’initiative PPTE et la reprise des négociations avec les syndicats pour l’augmentation des salaires n’ont-il pas eu un impact sur le cours des évènements de l’après PPTE?
DR LOUNCENY NABE : L’après PPTE, c’est vrai que toute façon la gestion économique pour être bonne doit être rigoureuse. Il faut faire en sorte que tout franc sorti des caisses de l’Etat puisse être utilisé le plus rationnellement possible. Est-ce que cela veut dire que l’entame des discussions avec les syndicats peut entrainer une certaine ouverture des vannes ? Je ne le pense pas. Il faut concilier à tout moment les deux objectifs qui paraissent contradictoires. Le premier objectif est qu’il y a des rationalités économiques d’un côté, et de l’autre les impératifs de développement social. Donc les deux sont liés.
AFRICAGUINEE.COM: On a appris que les institutions financières sont très hostiles aux subventions abusives des salaires des fonctionnaires. Le FMI et la Banque Mondiale ont participé à la négociation entre gouvernement et syndicats, ces institutions avaient d’ailleurs fixé la barre d’augmentation à 15%, or le gouvernement a convenu avec les syndicats à 50%. Est-ce que cela n’aura pas un impact sur vos relations avec ces institutions ?
DR LOUNCENY NABE : On a un programme triennal avec les institutions de Brettons Wood dont les critères et repères sont fixés et qui font l’objet d’évaluation périodique. L’évaluation prochaine c’est en février 2013, donc l’occasion est toujours donnée à nous et à nos partenaires de voir l’état de nos relations, et d’exécution du programme triennal qui nous lie. Je veux dire tout simplement que si vous n’alignez pas ces deux objectifs, apparemment contradictoires, vous courrez devant des dangers extrêmement importants. Il faut réaliser et préserver les impératifs de rationalité économique et il faut savoir aussi que tout progrès économique pour être soutenu, doit prendre en compte les intérêts du monde du travail. Il faut accepter la prise en compte du monde du travail et la sauvegarde de ses intérêts. Donc il faut concilier et c’est ce que le gouvernement essaie de faire en essayant d’entrainer les franges les plus larges possibles dans l’élan qu’il a imprimé à l’économie du pays. Je pense que dans toute négociation il y a des aspects qui peuvent être considérés à un moment comme des avancées. Je pense quand même que dans l’ensemble, l’accord convenu par le gouvernement avec les organisations syndicales est un bon intérêt pour le pays.
AFRICAGUINEE.COM : Vous avez parlé de beaucoup de réformes engagées, beaucoup de résultats obtenus, mais cela ne se fait pas encore sentir au niveau des prix des denrées de première nécessité…
DR LOUNCENY NABE : Je crois qu’il faut distinguer deux choses. Le fait qu’il est difficile pour certaines couches de la population de disposer d’un certain revenu suffisant pour leur permettre de vivre décemment, et de l’autre côté l’évolution des prix sur le marché. Même si les prix étaient stables, les populations pauvres continueraient d’éprouver des difficultés pour joindre les deux bouts. En ce qui concerne les prix eux-mêmes je pense quand même que d’une manière générale la hausse des prix a été aussi modérée. Dans certains domaines bien précis, on a assisté à des baisses des prix. Je parle en tant que gouverneur de la banque centrale, mais aussi en tant que chef de ménage. Je constate sur certains de mes achats des produits courants qu’il y a quand même une baisse sensible quelque fois à des proportions qu’on ne perçoit pas très rapidement. Même avec une petite observation on se rend compte que des produits comme le lait, le riz ont connu une baisse importante de prix ou n’ont en tout cas pas connu la hausse telle qu’elle était appréhendée à un moment donné. C’est vrai que cela ne conduit pas automatiquement les couches pauvres de la population à disposer des revenus pour accéder à un certain niveau de consommation même si les prix connaissaient une hausse modérée ou même venait à reculer.
AFRICAGUINEE.COM : On va changer de sujet et parler maintenant du retrait des coupures de billets de 1000. Est-ce que vous avez envisagé une alternative pour permettre à tout le monde de se débarrasser de ces anciennes coupures ?
DR LOUNCENY NABE : J’avais pensé qu’à un moment donné, il y aurait eu un affolement au niveau des guichets de banque des institutions de micro finance et de la Banque Centrale. Mais à aucun moment, nous n’avons constaté un affolement ; je me suis dit que dans ces conditions, les deux dernières semaines seraient infernales, mais jusqu’à présent nous ne constatons pas ni à Conakry, ni à l’intérieur du pays de flots ininterrompus de personnes détenant des anciennes coupures de 1000 francs. Dans les discussions que nous avons eu à la Banque Centrale, certains ont pensé que peut être ce flot concernera les trois derniers jours, nous le verrons. Tout ce que je puis dire, c’est qu’une période de six mois largement suffisante pour démonétiser 243 millions de billets qui ont été émis par la Banque Centrale au titre de ces anciennes coupures-là . On a donné une période de six mois. On a prévu aussi techniquement à la fin de l’opération tout ce qu’il faut pour qu’elle puisse être dénouée, close de la manière la plus rationnelle possible. Nous avons dit que les anciennes coupures de 1000 restent avoir cours légale et pouvoir libératoire sur toute l’étendue du territoire national jusqu’au 31 décembre, ce qui veut dire que les billets de 1000 couleur verte peuvent être acceptés dans les transactions théoriquement bien sûr, mais c’est vrai que les comportements de précaution peuvent amener certains opérateurs à certains moments de dire bon écoutez au lieu de prendre ces coupures avec des acheteurs, il faut laisser ces acheteurs le soin de prendre la direction des établissements financiers pour procéder à l’échange. Même l’échange qui se fait encore sans limitation au niveau même au guichet de la banque centrale à Conakry, au guichet des représentations de BCRG à l’intérieur du pays, au guichets des banques commerciales et des institutions des micro finances, auxquelles des instructions ont été données pour la clôture idoine des opérations.
AFRICAGUINEE.COM : Est ce que c’est la même quantité d’anciennes coupures de 10.000 qui a été aussi injectée sur le marché ?
DR LOUNCENY NABE : Je dois dire qu’à un moment donné, les nouvelles coupures qui ont été injectées dans le circuit économique peuvent provoquer aussi l’inflation. Mais il faut se rendre compte qu’à tout moment, l’une des missions aussi de la Banque Centrale, c’est l’émission des billets et l’assainissement des circulations fiduciaires ; c'est-à -dire qu’en dehors de toute réforme monétaire, la BCRG devrait tout mettre en œuvre pour que les billets en circulation soient des billets propres, commodes à manipuler, et les billets mutilés doivent être retirés ; et quand on retire les billets mutilés on doit les remplacer à tout moment par des nouvelles coupures qui viennent d’être fabriquées. Donc la différence doit être faite entre efforts visant l’assainissement de la circulation fiducière et ce qui a été fait par le passé de fabriquer de la monnaie pour immédiatement la mettre en circulation en dehors de toute entrée de recettes de l’Etat. Donc ce que nous faisons actuellement, c’est l’assainissement de la circulation fiduciaire. Maintenant en ce qui concerne les billets de 1000, vous posez une question bien précise, je vous ai dit que la Banque centrale en a émis au total 243 millions, ce qui fait 2430 milliards de francs guinéens. Et aujourd’hui à la date du 14 décembre, il restait 150 milliards à retirer sur les 2430 milliards. Donc je me dis que sur les deux dernières semaines, si on fait une moyenne linéaire de l’opération, ce n’est pas trop mais, vers la fin ça risque effectivement de provoquer une certaine inquiétude pour laquelle nous avons pris des dispositions pour clore l’opération dans les meilleures conditions. Pour l’instant, est ce que les 250 milliards qui restent pourront être complètement retirés, je ne sais pas mais, nous sommes prêts à remplacer intégralement ce qui a été émis.
AFRICAGUINEE.COM : La situation de BADAM (Banque Africaine pour le Développement Agricole et Minier) perdure, quel rôle la Banque Centrale est en train de jouer pour retrouver la sérénité dans cette banque ?
DR LOUNCENY NABE : La Banque centrale comme vous l’avez dit est la banque des banques, avec deux conséquences liées à cela. C’est la banque qui prête aux autres banques, c'est-à -dire le prêteur en dernier ressort de l’économie. Mais aussi c’est elle qui contrôle les autres banques. Elle est garante de la stabilisation du système financier. Ce qui requiert que la Banque Centrale à tout moment se préoccupe de la vérification des ratios prudentiels de gestion qu’elle a fixés et qui concerne le respect d’un certain d’équilibre le plus souvent ramené aux fonds propres. Pour le cas de la BADAM le premier écueil a été que la banque a été agrée en 2008 avant que l’entièreté du capital ne soit libérée. Alors que la loi est précise là -dessus, pour qu’une banque soit créée, il faudrait entre autres conditions que le capital soit libéré au minimum de 50 milliards et qu’il ait un banquier de référence qui puisse répondre à des aspects techniques et moraux de la gestion. Aucune des ces conditions n’a été remplie, la BADAM a été agréée. Quand nous avons pris les destinées de la Banque Centrale en 2011, nous nous sommes intéressés de très près à la gestion de la BADAM, nous avons même encadré les cadres de la BADAM à la Banque Centrale pour les former à la présentation des états financiers des banques selon le critère de notre institution, mais c’était difficile de parvenir à des résultats probants compte tenu du fait que les fondamentaux n’étaient pas remplis. Consciente de cela, la Banque Centrale en plus des contrôles de vérification sur pièce qui se font sur la base des données fournies par les banques, a dépêché à la BADAM une vérification approfondie, contrôle sur place. Au cours de ce contrôle, nous avons vu que tous les indicateurs de gestion étaient au rouge. Et l’attention des autorités a été attirée la dessus, et finalement en l’absence de mesures correctives, présentées selon un bilan bien précis par le conseil d’administration, la Banque Centrale a convoqué le comité des agréments, la BADAM a été placée sous administration provisoire, avec l’espoir à l’époque que des mesures allaient être prises par les actionnaires privés et aussi par l’Etat. Mais aussi aucun plan de redressement n’a aussi été soumis. Et finalement la décision qui a été prise pour aujourd’hui, c’est le retrait de l’agrément de la banque qui va être donc radiée de la liste des établissements de crédit. Donc c’est l’un des rôles de la banque centrale d’assurer la stabilisation du système financier. Et aussi de se rendre qu’à tout moment le système marche bien et de faire en sorte que les écueils rencontrés au niveau d’un établissement de crédit ne se propage pas aux autres, autrement dit d’éviter le risque systémique au niveau de la profession.
AFRICAGUINEE.COM : ça veut dire que la faillite va être annoncée ?
DR LOUNCENY NABE : Le comité des agréments a déjà prononcé le retrait d’agrément. Ça veut dire qu’aujourd’hui juridiquement la BADAM n’est plus une banque en exercice dans le pays. Bien sûr les autorités ont pris toutes les dispositions nécessaires pour que selon les conditions fixées par la loi et peut être par la jurisprudence, les petits déposants ne puissent pas souffrir de cette décision.
AFRICAGUINEE.COM : Quel va être le sort des clients de cette banque ?
DR LOUNCENY NABE : Les clients, le budget rectificatif 2012 de l’Etat a déjà prévu quelque chose comme point de départ pour désintéresser les clients quand le processus formel de la liquidation aura été enclenché avec la désignation d’un liquidateur.
AFRICAGUINEE.COM : Autre question M. le Gouverneur, aujourd’hui bon nombre de guinéens s’interrogent sur la destination des fonds versés par la société « Rio Tinto » dans le cadre d’un redressement fiscal ?
DR LOUNCENY NABE : Les fonds provenant de l’accord transactionnel entre l’Etat et Rio Tinto ont été effectivement domiciliés à la Banque Centrale. Disons que la Banque Centrale a fait ouvrir un compte d’attente auprès de ses correspondants pour loger les 700 millions de dollars. Et aujourd’hui, une bonne partie de ces fonds, est toujours là . En gros ce qui a été utilisé, sur ces fonds, concerne l’achat des centrales thermiques de 100 mégawatts, dont le montage a commencé. Il semble que tous les équipements afférents à ces centrales sont déjà sur place à Conakry et aussi ce que l’Etat a payé comme contribution dans le projet d’aménagement hydroélectrique de kaléta. Pour la centrale thermique, il y a à peu près 105 à 110 millions de dollars. Pour la contribution au projet de kaléta c’est à peu près 112 millions de dollars et il y a eu aussi 30 millions de dollars pour la recapitalisation de la Banque Centrale. Nous n’aurons peut être pas l’occasion de parler de ça aujourd’hui, parce que vous savez quand même qu’au 31 décembre 2010, la Banque centrale présentait un déficit de l’ordre de 180 milliards, et donc l’Etat propriétaire de la Banque Centrale se devait de la recapitaliser en tenant compte qu’effectivement il y a une continuité de service public. Pour schématiser les plus gros montants, c’est 105, 112 et 30 millions de dollars. Il y a eu dans nos accords avec nos partenaires aussi des ponctions qui ont été faites souvent pour soutenir le budget d’investissement sur l’année de la fin 2011 et 2012, mais il faut considérer aussi que l’Etat a décidé de consacrer à peu près 250 millions de dollars à un fond d’investissement. Les 250 millions sont mis de côté et quoiqu’il arrive, ces fonds seront là pour espérer attirer des investisseurs de différents horizons pour qu’on constitue un fonds qui puisse intervenir dans l’équipement du pays.
AFRICAGUINEE.COM : A votre arrivée à la tête de cette institution financière, vous aviez initié une réglementation du métier de cambiste. Fort malheureusement, cette mesure n’a pas fait long feu parce qu’aujourd’hui on rencontre ces cambistes dans tous les coins de rue de la capitale. Qu’en dites-vous ?
DR LOUNCENY NABE : C’est vrai qu’on a voulu mettre de l’ordre dans la profession de cambiste. Nous avons pour cela annulé tous les agréments de l’époque. On a donné des nouveaux agréments à d’anciens opérateurs et à des nouveaux. Récemment encore la Banque Centrale a attiré l’attention des autorités sur le fait qu’en cette matière-là , la réglementation n’est pas appliquée. C’est vrai que cette application incombe à la Banque Centrale, aux officiers de police judiciaire, aux inspecteurs d’Etat, aux inspecteurs des douanes, il faudrait que tous ceux-ci se mettent ensemble. Une proposition a été faite dans ce sens là pour examiner le phénomène et cette fois-ci essayer de trouver une solution radicale et définitive.
AFRICAGUINEE.COM : est-ce que cela ne dénote pas le déficit de la banque centrale de faire face à toutes les demandes de devises ?
DR LOUNCENY NABE : Non pas du tout, parce que les bureaux de change mêmes agrées sont là pour essayer de venir en appoint. Les devises qui viennent dans le pays sont pour le pays, qu’elles soient détenues par la Banque Centrale ou par les banques primaires ou par les bureaux de change, la question est de faire en sorte que les bureaux de change soit agrées et qu’ils fonctionnent dans un cadre formel. L’insuffisance de devise au pays par rapport au besoin, devrait se répercuter sur le prix de la devise et surtout le différentiel entre les deux compartiments, c'est-à -dire le marché officiel et le marché parallèle.
AFRICAGUINEE.COM : Peut-on dire qu’aujourd’hui la Banque Centrale a corrigé son déficit de fonds disponibles pour faire pace à l’importation ?
DR LOUNCENY NABE : Aujourd’hui la Banque Centrale a à tout moment, des réserves qui vont couvrir au moins 3 à 4 mois d’importation. Cela n’a rien à avoir avec les 30 millions de dollars qui renforcent bien sûr les avoirs de la Banque Centrale. Mais les avoirs là étaient déjà suffisamment importants pour couvrir les besoins du marché d’échange.
AFRICAGUINEE.COM : Dernière question M. le Gouverneur, est ce vous pouvez nous donner les derniers développements sur le dossier de la tentative de détournement des 13 milliards au niveau de la Banque Centrale et du ministère de l’économie et des finances ?
DR LOUNCENY NABE : Je suis un tout petit peu gêné quand on dit tentative de détournement au ministère des finances et de la Banque Centrale. Il faut bien savoir que la Banque Centrale est au terminus de l’opération, c'est-à -dire que la banque centrale une lettre de paiement sur laquelle la signature du ministre aurait été imitée, mais surtout il y avait des ordres de virement en bonnes et due forme dont l’authenticité n’a jamais été contestée par les signataires. Il faut le savoir, donc ceci dit je sais que l’affaire est devant la justice.
INTERVIEW REALISEE PAR SOUARE Mamadou Hassimiou
Chef de Bureau AFRICAGUINEE.COM
Guinée-Conakry
Guinée-Conakry
Tél. : (224) 62 65 75 74/ 64 95 36 33
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  Rubrique: Interview  date: 02-Jan-2013 à 12:39:58  Partager:   :  |
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