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Processus électoral en Guinée : Le FDP de Baadiko Bah exprime ses "inquiétudes" à l’UE…

CONAKRY- Le Front d’union pour la Démocratie et le Progrès de Mamadou Baadiko Bah, a exprimé ses inquiétudes face au pouvoir du président Alpha Condé, appris Africaguinee.com.
C’était à l’occasion d’une rencontre que cette alliance politique d’opposition a eu avec une délégation de l’Union Européenne. A ce propos, nous vous livrons le contenu de ce message que le FDP a délivré à la mission de l’UE…
Excellences, Mesdames et Messieurs,
Nous vous souhaitons la bienvenue dans notre pays et vous remercions de l’invitation qui nous a été adressée de venir vous rencontrer. Nous sommes heureux que le partenaire stratégique que vous représentez, continue de s’intéresser au devenir de la Guinée, toujours en transition, deux ans après l’élection présidentielle de 2010.
Mais avant d’aborder les sujets qui nous préoccupent tous, nous tenons à faire la mise au point suivante : Le FDP (Front d’Union pour la Démocratie et le Progrès), est une coalition politique d’opposition, née le 13 octobre 2011 et composée de partis politiques et d’organisations de jeunes. Depuis, cette date, nous n’avons cessé de lutter pour jouer pleinement notre rôle constitutionnel de contestation du pouvoir en place et de force de proposition, pour remédier aux insuffisances et manquements constatés. Malheureusement, nos adversaires politiques de tous bords, cherchant à nous marginaliser, veulent nous faire passer pour membres d’un centre avec lequel nous n’avons jamais eu rien à voir. C’est ainsi, que sans aucune concertation, dans l’opacité totale, le pouvoir de l’Arc en Ciel et le groupement Collectif-ADP, se sont entendus pour nous priver de notre représentation à la CENI, alors même que nous remplissions toutes les conditions pour figurer dans la liste de l’opposition. Tout ceci s’est fait arbitrairement et en violant ouvertement la Constitution.
Nous vus saurions gré donc pour une prochaine fois de ne pas faire cet amalgame auquel vous invite certains acteurs politiques guinéens et à nous considérer pour ce que nous sommes : une force résolument engagée dans l’opposition et qui le prouve tous les jours.
A présent, permettez-nous d’exposer notre point de vue sur les quatre questions qui retiennent votre attention :
1-Droits humains
Malgré quelques efforts qui ont été faits pour respecter les droits fondamentaux des citoyens, nous sommes encore très loin de l’Etat de droit. Chaque fois que des manifestations ou des mouvements sociaux sont signalés, les forces de sécurité continuent d’utiliser systématiquement des armes à feu qui font de nombreuses victimes. Des actes de tortures et de traitements relevant de crimes contre l’humanité sont souvent à déplorer, comme à Zogota. De même, de nombreuses arrestations arbitraires sont opérées sous forme de punition collective, le plus souvent au vu du faciès, exacerbant un peu plus les tensions communautaires. Il n’y a pratiquement jamais eu d’enquête sérieuse pour faire la lumière sur ces violations de droits humains et pour punir les coupables. L’impunité reste de rigueur. Dans les commissariats et la gendarmerie, la torture et les traitements inhumains ou dégradants sont toujours systématiques.
La justice est toujours aux ordres du pouvoir. Ainsi, dans l’affaire de l’attaque de la résidence du Chef de l’Etat le 19 juillet 2011, la Chambre d’accusation, estimant de droit, n’avoir en main aucune charge sérieuse contre quatorze des mis en cause, a prononcé un non-lieu. La Cour Suprême a cassé cette décision, maintenant en détention des détenus pour lesquels il n’existe aucune preuve de culpabilité. Beaucoup de ces infortunés (au moins trois sur les quatorze), sont morts des suites des tortures subies et de l’absence de soins appropriés.
2. Etat de droit
La situation sécuritaire est catastrophique. Des axes routiers entiers sont aux mains des coupeurs de route bien installés. De nombreux assassinats sont commis un peu partout par des hommes armés et habillés comme les forces de sécurité. La peur s’est emparée des populations. Personne n’est à l’abri d’une agression mortelle. L’Etat ne protège pas les paisibles citoyens. Aucune de ces affaires n’a jamais été élucidée par la justice.
3. Principes démocratiques
Dans les faits, le pouvoir se comporte comme s’il était un parti unique. Toute l’administration est aux mains du parti au pouvoir qui s’en sert pour intimider les citoyens afin de les obliger à s’affilier à l’Arc en Ciel. Les administrateurs locaux se livrent à de nombreuses exactions et à des extorsions contre les paisibles habitants, amenant ceux-ci à se révolter.
Le pluralisme est banni dans les médias d’Etat, interdit à toute opinion contraire à celle du pouvoir. La radio et la télévision publiques sont transformées en machine de propagande du pouvoir comme au temps du Parti-Etat de la Première République.
Le pouvoir refuse tout dialogue sérieux et franc avec ses adversaires pour aplanir les différends et clôturer dans la paix cette transition qui n’a que trop duré. Même lorsqu’il y a dialogue, le pouvoir se cramponne à ses positions. Et lorsqu’il concède quelques concessions, il ne respecte pas sa parole.
4. Réformes dans le domaine de la gouvernance.
Le nouveau pouvoir avait placé sa gouvernance sur le sceau du «changement». Il s’était engagé à mettre fin aux anciennes pratiques prédatrices et à l’impunité. Malheureusement, les actes n’ont pas suivi. En premier lieu, le pouvoir a superbement ignoré l’appel que nous lui avions lancé de se conformer à la Constitution qui fait obligation aux dirigeants de déclarer leurs biens. Ce geste aurait constitué un signal fort pour tous les autres serviteurs de l’Etat et les simples citoyens. De multiples structures de contrôle et d’audit ont été créées, mais il n’y a jamais eu de poursuites contre de présumés coupables de détournement de deniers publics. Malgré l’institution de l’unicité de caisse, des structures très juteuses comme l’Agence de régulation des Télécommunications et la Direction du Patrimoine Bâti de l’Etat y échappent, curieusement. Les marchés de gré à gré continuent de plus belle. Le Trésor effectue de nombreux paiements suspects. D’énormes sorties d’argent dont on ignore la destination réelle sont toujours enregistrées pour le compte du Trésor. L’affaire du vrai-faux paiement de 13 milliards de FG en mai 2012, n’a jamais connu la suite judiciaire qui aurait pu permettre de faire la vérité et de situer les responsabilités. Plus grave, nous avons eu le paiement des 700 millions de Dollars US par Rio-Tinto. A ce jour, le gouvernement refuse obstinément de dire quelle est la situation de ce compte et à quoi ont servi les fonds décaissés. Nous avons eu l’affaire de l’emprunt de 25 millions de Dollars US à Palladino qui n’a jamais été éclaircie. Il a fallu que la presse internationale la dévoile pour qu’on l’étouffe avec l’argument du remboursement intégral. Nous avons toujours l’emprunt de 150 millions de Dollars US contracté auprès de l’Etat angolais si décrié pour sa mauvaise gouvernance. En l’absence d’une Cour des Comptes (qui attend toujours l’installation de l’assemblée législative), le gouvernement ne fait rien pour ouvrir ses comptes et rassurer l’opinion et les partenaires financiers. Le plus inquiétant est que les serviteurs de l’Etat qui croient aux proclamations de foi du gouvernement sur « la rigueur, la bonne gouvernance et la lutte contre la corruption», se retrouvent exposés aux sanctions, aux limogeages et parfois à l’assassinat, comme ce fut le cas plus près de nous de Feu Mme Aissatu BOIRO froidement exécutée le vendredi 9 novembre 2012 à Conakry, après avoir mis à jour les 13 milliards et après avoir initié des enquêtes sur d’autres détournements. L’ancien système prédateur et corrompu qui a coûté si cher à la Guinée continue toujours avec pratiquement les mêmes acteurs.
Nous vous remercions de votre aimable attention et espérons que vos efforts en vue de soutenir la lutte du peuple de Guinée pour la fin pacifique de la transition et l’avènement d’un Etat démocratique et unitaire en Guinée, finiront par être couronnés de succès.
Pour le FDP, le Coordinateur Mamadou BAH Baadiko
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  Rubrique: Politique  date: 23-Nov-2012 à 19:34:25  Partager:   :  |
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