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Investissements et emploi des jeunes: Entretien avec le ministre Albert Damantang Camara

CONAKRY-Comment convaincre les jeunes guinéens de la diaspora à retourner dans leur pays? Comment offrir des opportunités d'emploi aux jeunes diplômés guinéens? A quelques jours du Salon de l'emploi de Paris prévu le 9 novembre 2012, le gouvernement guinéen entend s'impliquer dans cette dynamique pour répondre aux attentes de la jeunesse. Le ministre de l'Emploi, de l'Enseignement technique et de la Formation professionnelle, Albert Damantang Camara s'est confié à notre rédaction. Exclusif!
AFRICAGUINEE.COM : Bonjour M. Camara !
ALBERT DAMANTANG CAMARA : Bonjour M. SOUARE !
AFRICAGUINEE.COM : Le salon de l'emploi de Paris, c'est pour bientôt. Quelles sont vos attentes par rapport à ce salon qui est organisé par l'AJGF en partenariat avec votre département?
Ce qu’on attend concrètement, c’est qu’enfin pour une première fois, que la diaspora guinéenne se retrouve face au milieu économique guinéen, face aux entreprises guinéennes, privées comme publiques, et que des opportunités d’emploi soient exploitées. Pour qu’enfin une partie de notre diaspora, une grande partie décide de revenir travailler dans son pays d’origine. C’est l’attente principale de ce salon.
AFRICAGUINEE.COM : Parlez nous de l’organisation de cet évènement…
C’est sur l’initiative de l’association des jeunes guinéens de France, qui a contacté notre ministère et le gouvernement a accepté d’accompagner cet évènement, en l’occurrence mon département à travers l’agence guinéenne pour la promotion de l’emploi. Donc ça s’est mis naturellement en place puisque nous avons trouvé que c’était une initiative intéressante. Pour une fois, le forum des jeunes de Guinée qui fait le salon de l’emploi en Guinée avait décidé de temporiser, d’attendre l’année prochaine, donc nous avons jugé cette opportunité très intéressante qu’il fallait saisir, et c’est ce que nous avons fait. C’est ce qui nous permet aujourd’hui d’envisager ce salon avec optimisme.
AFRICAGUINEE.COM : Quelles ont été les modalités d’accompagnement du gouvernement guinéen à travers votre département ?
Le coût de maître qui a été réalisé par cette association et qu’il faut féliciter ici ,c’est que cet évènement n’a pratiquement rien coûté au gouvernement guinéen, mis à part bien sûre l’investissement intellectuel, en expertise et en temps de travail à travers l’équipe de l’AGUIPE (Agence guinéenne pour la promotion de l’emploi, Ndlr). Ce salon a été principalement financé par une subvention de la mairie de Paris. Ensuite par les cotisations des entreprises guinéennes qui souhaitent participer à ce salon. Bien sûre, l’AGUIPE a eu à pré financer les premiers moments de communications à travers les ateliers d’information. Donc tout le reste vient du financement privé des entreprises et c’est en cela que c’est intéressant. Ça prouve que les entreprises guinéennes ont été prêtes à payer pour aller recruter des guinéens à l’étranger. Ça démontre l’intérêt et l’utilité qu’il y avait à organiser ce salon. Nous nous en félicitons et nous félicitons surtout cette jeune association.
AFRICAGUINEE.COM : Ce salon de l'emploi reste une opportunité de rencontre pour les entreprises et les jeunes diplômés. Y-a-t-il des cadres spécifiques ou des talents particuliers qui sont recherchés pour la Guinée?
Au départ, c’était surtout pour lesquels il n’y a pas de formation disponible en Guinée, notamment un certain nombre de compétences au niveau managériale et au niveau technique dans des spécialités très pointues. Après c’est ouvert à toutes les candidatures, à tous les profils. Il faut savoir qu’aujourd’hui il ya presque 500 enregistrements sur le site de l’AJGF. Donc à travers ces profils là , ces entreprises ont la possibilité de proposer elles aussi, les emplois qui se présentent, aussi bien dans l’hôtellerie, on a pu identifier environ 1600 emplois qui vont du maître d’hôtel jusqu’au gardien, jusqu’au personnel de ménage. Vous avez également les mines, les sociétés de télécommunications, de travaux publics. Il y a une vaste opportunité, un éventail très large de demandes et d’offres qui vont être mises face à face lors de ce salon et ça devrait pouvoir déboucher sur des collaborations à terme.
AFRICAGUINEE.COM : M. le ministre, la France comme d'autres pays occidentaux accueille une forte diaspora guinéenne composée majoritairement de jeunes. Au niveau du gouvernement, quels arguments avez-vous pour convaincre ces jeunes de retourner dans leur pays et éviter une fuite des cerveaux?
Le gouvernement a d’abord œuvré dans la continuité de ce qui se faisait jusqu’à maintenant en essayant de faire mieux avec la création du ministère des guinéens de l’étranger où ma sœur Rougui Barry (Ministre des guinéens de l’étranger, Ndlr) est très active, elle fournit assez d’efforts, elle est d’ailleurs associée à cet évènement. A cette occasion, les représentants du département des guinéens de l’étranger viendront également exposer à nos frères, tout ce qui peut être intéressant pour eux en rentrant au pays. A côté de cela, le salon lui-même est une démarche pour encourager les jeunes à venir puisqu’un certain nombre de communications faites par moi-même, le ministre de l’économie et des finances, la société financière internationale, par l’agence pour la promotion de l’investissement privé, va permettre aux guinéens de se faire une idée de l’environnement des affaires dans leur pays, de l’environnement du travail en Guinée, et décider sur la base d’informations fiables, l’opportunité ou non de venir en Guinée. A côté de cela, les professionnels, donc les entreprises, dont certains directeurs seront eux-mêmes présents, vont leur expliquer les conditions d’embauche, les conditions de travail, en leur faisant comprendre par exemple, comme m’a dit un entrepreneur, qu’à salaire trois fois inférieur à ce qu’ils pourraient toucher en France, les conditions, l’environnement, la capacité d’épargne en Guinée est plus intéressante en Guinée qu’en France. Ça sera à chacun de prendre ses responsabilités et de faire un choix.
AFRICAGUINEE.COM : Beaucoup de jeunes craignent les bas salaires, l'insécurité et les tracasseries administratives et juridiques. Concrètement, avec le ministère chargé des guinéens de l'étranger, avez vous pris des mesures pour encourager les jeunes investisseurs à créer des emplois en Guinée?
S’agissant du climat des affaires en Guinée, moi je renverrais tous ceux qui sont sceptiques vers l’amélioration du classement de la Guinée au classement « Doing Business » fait par la Banque Mondiale, où pour la première fois, notre pays a réussi à remplir des critères qui lui permettent de gagner trois places. Ce n’est pas suffisant, c’est loin d’être suffisant, mais c’est la preuve qu’il y a une dynamique qui se met en place. Je vous signalerais également qu’entre 2010 et aujourd’hui, avant donc que nous arrivions aux affaires, il y a eu 1900 créations d’entreprises en Guinée, alors que rien qu’en 2011, il y a eu 6000 créations d’entreprises. C’est vous dire que le nombre de créations d’entreprises a été pratiquement multiplié par trois, avec beaucoup d’entreprises individuelles, environ 5200. L’enseignement que cela nous apporte c’est que les guinéens sont prêts à créer eux-mêmes leurs emplois à travers les entrepreneuriats individuels, cela veut dire qu’il y a une dynamique, un certain engouement au niveau des affaires qui fait que, il devient intéressant de venir s’installer en Guinée. Ce sont des données neutres qui peuvent être analysées par tout le monde et qui permettent de se faire une idée. A côté de cela, il est évident que rentrer dans son pays après avoir passé toute sa vie à l’étranger, ou après avoir acquis une compétence il y a toujours un risque, mais le travail du gouvernement c’est de minimiser ce risque et de faire en sorte que chaque guinéen se sente bien chez lui en réunissant un certain nombre de conditions. Vous allez voir tout à l’heure que si on parle des mines que nous imposons aux sociétés qui viennent s’installer en Guinée, de recruter des guinéens, de permettre la promotion des cadres guinéens, et au niveau salaire, il est évident que même si les salaires en Guinée sont plus faibles qu’en Europe, le niveau de vie ici n’a rien à voir et la capacité d’épargne est supérieure à celle que pourrait avoir un guinéen en France ou ailleurs.
AFRICAGUINEE.COM : La Guinée espère beaucoup de ses gisements miniers. Quelle est la politique actuelle du gouvernement pour inciter les investisseurs étrangers à se tourner vers la jeunesse guinéenne?
Pour ça, c’est très simple. Je vous renverrais aux articles 106 et suivants du nouveau code minier qui stipule clairement que d’abord pour les emplois non qualifiés, les entreprises minières en Guinée ont l’obligation d’embaucher les guinéens, notamment les communautés locales. Ensuite pour les emplois qualifiés, elles sont obligées d’avoir un plan de «guinéeisation» des cadres en passant par la formation. Ce plan doit être soumis à l’agence guinéenne pour la promotion de l’emploi et au ministère des mines pour qu’on analyse ensemble avec ces sociétés, tous les efforts qu’elles font pour permettre aux guinéens d’occuper des postes qui éventuellement seraient occupés par des étrangers. Ça veut dire qu’aujourd’hui il y a plus qu’une incitation, il y a une obligation pour les entreprises de recruter des guinéens et de favoriser la promotion interne des cadres guinéens. Ça c’est le premier élément, bien entendu il y a plusieurs autres mesures. Il y a par exemple pour entrepreneuriat, on impose aux entreprises minières de contractualiser principalement avec des sociétés guinéennes et notamment des sociétés de la zone où elles évoluent afin de permettre à des fournisseurs ou des sous-traitants guinéens d’avoir leur chance d’évoluer sur le marché.
AFRICAGUINEE.COM : Enfin, après ce salon de l'emploi de paris, y aura-t-il d'autres rendez vous?
Celui de Paris est suffisamment lourd pour qu’on se concentre sur lui jusqu’ à la fin du salon. Bien entendu nous souhaitons que l’AJGF ait encore cette initiative pour l’année prochaine et nous sommes entrain de lorgner du côté de l’Amérique du nord pour voir dans quelle mesure on peut avoir cette même proposition et continuer à organiser des salons destinés à la diaspora, bien entendu sans oublier le plus important, les salons de l’emploi de Conakry. Nous espérons que très vite le FOJEG (Forum des jeunes de Guinée, Ndlr) va nous proposer un programme pour qu’en Guinée aussi, les jeunes aient une nouvelle fois la possibilité de se frotter aux entreprises présentes dans notre pays.
AFRICAGUINEE.COM : Un mot pour terminer?
Le mot de la fin est un mot d’encouragement, de patience, notamment aux jeunes qui sont en Guinée en leur disant qu’on ne les abandonne pas, en leur disant que les projets se mettent en place petit à petit. Il y a des préalables qui sont très importants. Dans les mines, c’est vrai que certains projets prennent un peu de temps à démarrer parce que le gouvernement continue à exiger que les contrats soient des contrats gagnant-gagnant. Nous prenons le temps qu’il faut pour que les générations futures bénéficient de ces contrats, même si cela va un peu plus retarder le recrutement des guinéens. Mais je pense qu’à l’arrivée et dans quelques mois, la dynamique qui sera mise en place sera perceptible, visible par tous les jeunes guinéens, les emplois commenceront à se créer, ils ont commencé à se créer d’ailleurs et nous seront dans une autre logique, celle de renforcer la présence des guinéens sur leur propre marché de l’emploi et je préfère avoir à traiter ces problèmes là qu’à traiter des problèmes de recherche d’emplois.
Interview réalisée par SOUARE Mamadou Hassimiou
Chef de Bureau AFRICAGUINEE.COM
Guinée-Conakry
Tél. : (224) 62 65 75 74/ 64 95 36 33
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  Rubrique: Diaspora Guinéenne  date: 02-Nov-2012 à 10:31:13  Partager:   :  |
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