
CHARLOTTE, Caroline du Nord (Reuters) - A lui tout seul et en moins de 50 minutes, Bill Clinton a, dans un langage clair, didactique et sans fioritures, fait plus pour la réélection de Barack Obama que tous les autres orateurs de la convention démocrate qui se sont succédé avant lui.
Pour faire comprendre l'argument central de la campagne du candidat-président démocrate - mieux vaut continuer avec la politique entreprise depuis quatre ans parce qu'elle permettra le retour à la prospérité que remettre en selle les républicains dont la politique profitera aux seuls riches - Bill Clinton a repris une à une les réalisations de la présidence Obama.
L'ancien président des Etats-Unis (1993-2001) n'est pas réputé pour sa concision, mais il n'a pas son pareil, reconnaissent démocrates et républicains, pour expliquer clairement et en termes simples ce qui est parfois compliqué.
"C'était ce dont on avait besoin : présenter les choses en anglais simple pour que les gens comprennent", souligne Kevin Muth, un délégué de Floride.
Or, dans ce domaine, Barack Obama manque de savoir-faire.
Ainsi, alors que les économistes soulignent que le plan de relance qu'il a mis en place en 2009 a créé des millions d'emplois, la plupart des électeurs le considèrent comme un échec.
De même, si la majorité des Américains approuvent de nombreux aspects de sa loi sur la santé, ils n'en apprécient pas le profil général et n'en retiennent que la complexité.
LES INDÉCIS
Bill Clinton leur a tout expliqué. S'éloignant fréquemment de son texte, l'ancien président a parlé de thèmes qui avaient été jusqu'ici largement absents des débats de la convention.
Nombre d'orateurs s'étaient centrés sur une poignée de sujets, comme la contraception ou l'amnistie pour les enfants d'immigrés clandestins - des thèmes qui "parlent" à la base démocrate - Bill Clinton, lui, n'a rien exclu.
Il a salué le plan de relance de 2009 et le développement des aides à l'enseignement supérieur, rappelé les efforts de développement des énergies durables, expliqué en quoi la loi sur la santé bénéficierait à l'Américain moyen et souligné que les coupes dans les dépenses de santé prévues par les républicains fragiliseraient les plus pauvres, mais aussi la classe moyenne.
En faisant le point sur la totalité des réalisations du président-candidat et sur les propositions de Mitt Romney, Bill Clinton visait les indécis, ceux qui ne voient pas encore tout à fait pourquoi ils auraient avantage à reconduire le locataire de la Maison blanche pour quatre années supplémentaires.
"LA RÉPONSE EST OUI"
Il n'a pas hésité à aborder la fameuse question qui fâche, celle posée par les républicains et qui a déstabilisé les conseillers de Barack Obama : "Les Américains vont-ils mieux aujourd'hui qu'il y a quatre ans ?"
"La réponse est oui", a lancé Bill Clinton. "Mais il y a trop de gens qui ne le ressentent pas encore."
Son discours servira à coup sûr de modèle pour les démocrates lors des deux mois de campagne avant l'élection du 6 novembre, estime Samuel Popkin, auteur de l'ouvrage : "Le candidat : ce qu'il faut pour gagner la Maison blanche - et y rester".
"Il a fait un meilleur travail de communication pour Obama que les gens d'Obama eux-mêmes", ajoute Samuel Popkin, professeur à l'université de Californie-San Diego.
Mercredi soir à Charlotte, Bill Clinton a non seulement joué les pédagogues pour expliquer les réalisations de son successeur démocrate, mais il a aussi décortiqué les propositions des républicains, même si ces derniers se sont gardés jusqu'ici de donner des détails précis sur les mesures qu'ils proposent.
Le contenu des mesures avancées par Mitt Romney pour réduire les dépenses et simplifier la fiscalité n'est certes pas connu, a fait valoir Bill Clinton, mais elles auront pour effet soit d'augmenter fortement la dette publique, de faire peser une plus grande part du fardeau fiscal sur les classes moyennes ou de vider de leur contenu les programmes tels que la nutrition infantile ou les transports.
Ou alors, le compte n'y est pas, a fait valoir l'ancien président avant d'ajouter : "Je ne suis qu'un provincial de l'Arkansas mais je viens d'un endroit où les gens pensent que deux et deux font quatre".
REUTERS |
  Rubrique: International  date: 06-Sep-2012 à 14:09:04  Partager:   :  |