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Impasse politique et violences en Guinée: Ce qu'en pense le syndicaliste Abdoulaye Lélouma Diallo...

Que faut-il faire pour éviter une confrontation entre le pouvoir et l'opposition?La Guinée qui peine encore à sortir de sa transition politique, suscite des inquiètudes.Les violences survenues récemment à Zoghota relancent le débat sur la cohabitation entre les investisseurs étrangers et les populations locales dans ce pays riche en ressources minières. Pour le syndicaliste Abdoulaye Lélouma Diallo, le dialogue est peut-être la clé pour une sortie de crise en Guinée.L'ancien haut fonctionnaire international aborde dans cet entretien, plusieurs questions liées à l'actualité nationale de son pays.Il s'est confié à notre rédaction...
Africaguinee.com : Récemment, des violences ont éclaté à Zoghota (N’zérékoré) où des manifestants ont attaqué d’ une société minière brésilienne pour réclamer des indemnités et une politique d’emploi des jeunes locaux.Selon un dernier bilan, six villageois ont été tués lors de ces évènements. En tant que syndicaliste, quelle est votre réaction ?
El-hadj Abdoulaye Lélouma Diallo : D’abord, je m’incline devant la mémoire des victimes de ces violences. En tant que syndicaliste, je condamne toute violence qui va à l’encontre des travailleurs.On aurait dû anticiper ces évènements et rechercher des solutions à travers les structures syndicales, les autorités locales, l’inspection régionale du travail de N’zérékoré pour rencontrer toutes les parties en conflit afin de mieux cerner les tensions. Je souhaite que ce soit une occasion pour toutes les parties, les responsables à tous les niveaux pour que le dialogue soit privilégié.Je tiens à ajouter que Vale est une compagnie minière mondialement connue, et que des violences de ce genre auront des répercussions sur la venue des investisseurs étrangers dans notre pays. Il faudra prévenir de telles crises pour qu’elles ne se reproduisent plus.
Je souhaite que les enquêtes décidées par le gouvernement aboutissent et que les commanditaires et les auteurs repondent devant la loi.
Les autorités guinéennes doivent tenir compte dans leurs enquêtes, du fait que cette zone est très sensible à cause du passé récent qu’a connu le Libéria, la Sierra-léone et la Côte d’Ivoire.
Africaguinee.com : Une autre crise a éclaté dans la ville de Fria où la ferméture éventuelle de l’usine d’alumine, risque de provoquer une pénurie d’eau et d’électricité pour les populations locales.Peut-on connaître votre avis sur cette question en tant que syndicaliste ?
El-hadj Abdoulaye Lélouma Diallo : C’est vraiment pénible de constater que l’usine de Fria, la première usine d’alumine sur le continent africain et qui est un symbole, est laissée dans une situation délétère où les conflits sont visibles. Ceci, sans qu’il n’y ai aucune gestion saine de cette crise, en dépit du fait que nous sommes en principe dans un régime démocratique où toutes les parties et composantes doivent être écoutées.
J’étais en Guinée récemment lorsqu’une délégation de travailleurs de Fria est venue à Conakry ; une délégation de l’intercentrale syndicale a rencontré le président Alpha Condé avec des délégués de RUSAL . Des engagements avaient été pris lors de ces rencontres mais qui n’ont pas été respectés !Si aujourd’hui on arrive pas à résoudre cette crise avec les implications que cela suppose pour les populations de Fria ; cela va ternir l’image de notre pays et les investisseurs vont hésiter à venir en Guinée.
Dans notre pays, il faut qu’on fasse attention à notre politique minière, la responsabilisation des syndicalistes, des autorités locales et des employeurs.Il faut que chaque partie joue son rôle. Je me souviens, pour irriter les travailleurs, le tribunal du travail avait qualifié d’illégal la grève des syndicats de l’usine de Fria. Je rappelle que les syndicats avaient respecté la procédure avec un préavis de grève avant d’enclencher la grève elle même ! Je pense qu’on doit respecter les principes de l’Etat de droit qui sont reconnus par la constitution et le code du travail et faire preuve de patriotisme pour résoudre ce genre de crise. Nous devons créer un climat d’apaisement pour rassurer les investisseurs étrangers.
En ma qualité de responsable syndical et de doyen du mouvement syndical guinéen, je lance humblement un appel aux uns et aux autres pour que le dialogue soit l’instrument pour trouver une solution à nos crises.Il faudrait éviter toute instrumentalisation de ces questions, car il ne s’agit pas de politique partisane, mais du rôle régalien de l’Etat.Quand il s’agit de la Guinée, nous devons rechercher une solution acceptée et acceptable par tous y compris le gouvernement, l’opposition, les organisations syndicales etc.
Je renouvelle ma solidarité avec les camarades travailleurs et j’exhote la CNTG en coopération avec les autres centrales à s’impliquer comme d’habitude pour trouver une solution.C’est une manière de rendre hommage à nos camarades Ibrahima Fofana , Hadja Magbé Bangoura et les deux journalistes qui ont perdu la vie en se rendant à Fria.
Africaguinee.com : L’actualité politique en Guinée, c’est aussi le blocage du processus électoral autour de la commission électorale nationale indépendante (CENI) et le choix de l’opérateur Way Mark chargé de réviser le fichier électoral. Est-ce que les consultations intitiées par le conseil national de transition (CNT) peuvent débloquer cette crise entre le pouvoir et l’opposition ?
El-hadj Abdoulaye Lélouma Diallo : Depuis un moment, le CNT s’est impliqué activement dans la recherche d’une solution. Ces derniers jours, l’exécutif du CNT a rencontré les insitutions républicaines et les autres partenaires, à savoir le mouvement social, les réligieux et les coordinations régionales. Au paravant, le CNT avait rencontré la mouvance présidentielle, la CENI et les partis de l’opposition. Des suggestions et propositions ont été formulées lors de ces rencontres. D’autres rencontres ont eu lieu ces derniers jours, sous la présidence du CNT pour faire une série de recommandations et de propositions à toutes les parties pour débloquer la situation.
Le dialogue et la négociation doivent être privilégiés mais les consultations ne doivent pas être folkloriques pour amuser la galerie ! 
Il faudrait qu’il y ait des propositions concrètes et réalistes qui ne tiennent compte que de l’intérêt supérieur de la Guinée.Nous avons déjà un président élu, il nous faut maintenant une assemblée nationale pour terminer la transition. On ne peut pas expliquer que des pays voisins où des élections présidentielles devraient être suivies par des élections législatives, aient déjà terminé leur processus électoral alors que la Guinée est dernière à sortir de ce processus.Il faut qu’on sâche que l’Etat de droit, c’est l’exécutif et le législatif, mais c’est aussi un Etat de Devoir ! Nous avons donc un devoir de respecter les textes fondamentaux qui ont été élaborés notamment la constitution pour qu’on puisse sortir enfin, par la grande porte. Il faut qu’on arrête aussi cette tendance à l’autoflagellation qui consiste à faire appel à des structures extérieures pour résoudre nos problèmes internes alors que les solutions doivent être guinéennes. Aujourd’hui, personne ne gagne à ce qu’on reste dans cette situation, il faut donc tout faire pour sortir de cette transition.
Africaguinee.com : Vous avez souligné ce besoin de dialogue qui est prôné par le CNT pour rapprocher le pouvoir et l’opposition.Mais quand on regarde les dernières consultations sur le dialogue inclusif tenues en février et mars dernier ; un document final avait été adopté avant de rester lettre morte . Est ce qu’il y a , selon vous, une volonté réelle des acteurs politiques guinéens de sortir le pays de cette transition ?
El-hadj Abdoulaye Lélouma Diallo : Effectivement, on peut s’interroger compte tenu de ce que nous avons vécu par le passé.En Guinée, les idées ne manquent jamais pour des propositions, mais ceci n’est qu’une étape ! Il ne suffit pas de proposer, car lorsqu’il y a un consensus sur des points précis, il faut appliquer ces accords !
A l’issue du dialogue inclusif de février à mars 2012, entre les acteurs politiques présidé par Mgr Albert Gomez (1er vice-président du CNT, Ndlr), c’est surprénant de constater que même les éléments sur lesquels il y a eu un consensus n’ont pas été appliqués !C’est le cas par exemple de l’accès de l’opposition aux médias d’Etat. Cette attitude manifestée par la RTG en refusant systématiquement d’obéir à une recommandation consensuelle issue de ce dialogue inclusif, est choquante !
J’espère que cette fois-ci personne ne prendra la responsabilité de décevoir notre peuple, car si on arrive à une solution non partisane et consensuelle, elle doit être appliquée. Les propositions consensuelles de sortie de crise devront être appliquées par le pouvoir et l’opposition .
Africaguinee.com : Le CNT a adopté dernièrement la révision de l’article 162 du code électoral.Une démarche qualifieé de « non évènement » par l’opposition qui demande une recomposition paritaire de la CENI et le départ du président de cette institution, Louncény Camara.Votre avis sur cette question ?
El-hadj Abdoulaye Lélouma Diallo : Si le CNT a adopté la révision de cet article, c’est d’abord à la demande de l’opposition !Parce que certains ont tendance à oublier ce qu’ils ont demandé il y a quelques mois auparavant !Le CNT possède dans ses archives certaines déclarations de l’opposition et la révision de cet article faisaient partie des revendications formulées par des membres de l’opposition.Ensuite, un consensus s’est dégagé sur ce point de révision de l’article 162 du code électoral, entre le pouvoir et l’opposition.Nous devons donc nous féliciter par rapport à ce premier pas qui a été franchi relatif à une demande qui concerne la CENI. Globalement sur la restructuration et l’audit de la CENI ainsi que sur le choix de l’opérateur chargé de réviser le fichier électoral, je pense que les Guinéens doivent faire le bilan et formuler des propositions concrètes pour sortir de la crise.Même les commissaires de la CENI qui ont prêté serment sur leur neutralité, doivent prendre leurs responsabilités pour sortir de cette impasse.
La CENI elle-même a fixé plusieurs dates qui n’ont pas été tenues ; ça veut dire que quelque chose ne va pas ! D’où la nécessité de réajuster les textes régissant la CENI.Quand on regarde les accords de Ouagadougou de janvier 2010, il y a eu des interprétations consensuelles qui ont tenu compte du contexte socio-politique tout comme la constitution à laquelle tout le monde se réclame aujourd’hui. Les lois, la constititution sont des instruments à utiliser pour nous permettre de sortir de cette impasse de façon consensuelle.
Sur la recomposition de la CENI, lorsque cette institution a été mise en place en 2007, elle avait une structure précise, mais qui n’est plus adaptée au contexte actuel.Je me demande pourquoi certains acteurs politiques s’entêtent !Si les réajustements nécessaires à la CENI visent à renforcer la transparence et la crédibilité du processus électoral , rendre hommage à ceux qui sont morts pour aller vers la démocratie ; il faut qu’on accepte ces réajustements ! Les accords de Ouagadougou ont été réajustés, les dispositions de la constitution par rapport au chronogramme électoral ont été réajustées ; je ne vois pas pourquoi on ne peut pas réajuster les textes de la CENI ! Aujourd’hui, malgré les propos de certains visant à organiser les élections sans l’opposition, ceci est inconcevable car on a vu les résultats obtenus par cette opposition lors de la présidentielle de 2010.
J’interpelle donc, modestement en tant que citoyen, tous les acteurs à faire profil bas pour l’intérêt de la Guinée.Ceux qui sont au pouvoir doivent savoir que demain, ils seront dans l’opposition et vice-versa.L’opposition doit être respectée, mais elle doit être également républicaine et une force de propositions, car il ne suffit pas seulement de condamner, mais il faut aussi faire des propositions.
Africaguinee.com : Le président Alpha Condé a promis des élections législatives d’ici fin 2012. Avec le blocage politique actuel, êtes vous optimiste sur cette promesse du chef de l’Etat ?
El-hadj Abdoulaye Lélouma Diallo : Il est normal que le président de la république, dans cette situation , qu’il prenne position et fasse des propositions. Mais cela doit être suivi par des attitudes et comportements vis-à -vis de l’opposition et de la mouvance présidentielle pour adopter des positions positives et éviter la confrontation dans le langage et dans leur comportement.
L a fin de l’année 2012 est très importante, car en décembre prochain, le mandat de la CENI aura expiré et cela risque de poser d’autres problèmes.
Donc, les faits seront là pour juger chacun dans ses paroles et ses promesses .Le président de la république a donc une grande responsabilité pour la réussite de ce scrutin qui doit parachever le retour de la Guinée à l’Etat de droit.
Africaguinee.com : Dernière question, en tant qu’ancien haut fonctionnaire international, quelle est votre vision de la diplomatie guinéenne actuellement ?
El-hadj Abdoulaye Lélouma Diallo : Aujourd’hui, l’absence de la Guinée dans les institutions régionales et internationales fait de la peine à tout guinéen patriote ! Parmi les postes de responsabilité au sein de l’Union africaine , de la CEDEAO où la Guinée est membre fondateur, il n’y a aucun Guinéen ! Ce vide est encore plus visible au sein des organisations internationales, à l’exception de l’OMS et du HCR.
Par le passé, la Guinée a occupé de hautes fonctions au sein de ces institutions. Aujourd’hui, je pense qu’il nous faut une structure au sommet de l’Etat chargée de promouvoir et de gérer la présence diplomatique de la Guinée à l’extérieur.Nos cadres et personnels des ambassades doivent bénéficier de meilleures conditions de travail pour vendre l’image de notre pays. Il faudrait également une politique de promotion de nos cadres de l’intérieur comme de l’extérieur.
Dans ces institutions, il faut veiller à ce que la Guinée soit à jour pour ses contributions. Ensuite, il faudrait que les délégués guinéens interviennent lors des débats internationaux car il ne s’agit pas de venir simplement assister aux réunions. Nos délégués doivent participer activement aux débats et ceux qui font un excellent travail doivent continuer leurs missions ; il ne faudrait pas qu’on envoie chaque fois de nouvelles têtes dans ces réunions, car il faut un suivi des dossiers. Enfin, nos cadres doivent avoir le niveau, les compétences linguistiques pour accéder au sein des organisations internationales.
La Guinée doit reprendre sa place d’antan au sein de la diplomatie régionale et internationale.
Africaguinee.com : Le mot de la fin ?
El-hadj Abdoulaye Lélouma Diallo : Je pense que dans le processus électoral, il faut tout faire pour éviter toute exclusion qu’elle soit de l’intérieur ou de l’extérieur.
S’agisssant de la politique minière de notre pays, compte tenue de son importance stratégique, il faut qu’elle soit basée sur des principes qui tiennent compte de l’intérêt de la Guinée à court, moyen et long terme.Il y a lieu de rappeler que les investisseurs étrangers ne sont pas chez nous pour ne faire que de l’humanitaire mais plutôt pour sauvegarder leurs intérêts ! Nos cadres, nos populations doivent comprendre que la venue de ces investisseurs est cruciale pour le développement du pays, mais ils ne sont pas des vaches à lait pour résoudre tous nos problèmes !Les investisseurs étrangers sont là pour fructifier leurs affaires et c’est donc le rôle de nos cadres, d’être animés par le patriotisme économique pour mettre fin à la corruption et la signature d’accords contre des pots de vins. Les accords miniers doivent tenir compte du droit inaliénable et imprescriptible des populations locales à bénéficier de l’exploitation de leur sol et sous-sol.Cela permettrait de faciliter une cohabitation paisible entre les investisseurs étrangers et les populations locales.
Entretien réalisé par MKSouaré
Pour Africaguinee.com
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  Rubrique: Interview  date: 15-Aug-2012 à 13:56:21  Partager:   :  |
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