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Politique: le FDP de Baadiko dénonce...

CONAKRY-Le Front d'Union pour la Démocratie et le Progrès (FDP)de Mamadou Baadiko Bah a dénoncé mercredi "l'ethnicime, la prédation et régression" dans son pays alors que le dialogue piétine entre le pouvoir et l'opposition. A ce propos, voici une déclaration qui vient de nous parvenir...
FDP ‒ Déclaration n° 9 : ethnicisme, prédation et régression en Guinée
Après des années de luttes et de lourds sacrifices pour la démocratie et le progrès économique et social, le peuple de Guinée avait enfin arraché la tenue en 2010 d’une élection présidentielle pluraliste, censée ouvrir la voie à une sortie définitive de la crise multiforme dans laquelle notre pays se débat depuis l’indépendance. Mais comme en 1984, au sortir de la dictature sanglante du Parti-Etat, il n’y a eu aucun débat politique pour faire une critique circonstanciée des raisons de notre échec et pour déterminer le modèle de société à mettre en place pour éradiquer définitivement ces maux qui ont achevé d’anéantir notre pays, pourtant promis en 1958 à un bel avenir: corruption, prédation du bien public, crimes politiques, instrumentalisation du communautarisme, etc. La campagne électorale a donné lieu à un déchaînement d’ethnicisme et d’étalage de richesses colossales dont personne n’a voulu savoir la provenance, en violation flagrante de lois pourtant connues de tous. Les voix de ceux qui, comme nous, s’étaient élevées pour poser le problème de la situation de fortune des dirigeants politiques et des serviteurs de l’Etat, avaient été vite noyées. L’opinion publique a sans doute estimé que le plus important était ailleurs. Tout s’est passé comme s’il y avait un véritable consensus au sein de la classe politique guinéenne pour considérer qu’aucune obligation de transparence ne s’imposait à elle et qu’utiliser la fonction étatique pour s’enrichir était une pratique normale et même honorable. De même, la classe politique, dans sa grande majorité, avait réussi à faire partager à l’écrasante majorité de la population l’idée fausse selon laquelle, pour le choix des dirigeants auxquels elle devait confier sa destinée, l’unique critère d’excellence devait être l’appartenance ethnique. Peu importe le profil des candidats, leurs capacités prouvées à bien gérer, à se plier aux règles de l’Etat de droit et à sauvegarder l’unité du pays. L’élection s’est entièrement jouée sur cette base qui hypothéquait d’avance l’avenir.
Le cancer de l’ethnicisme
Le pouvoir du nouveau Président Alpha Condé a entamé son règne en mettant en pratique, non pas le slogan de campagne très séduisant « Ensemble changeons la Guinée », mais plutôt en approfondissant et en aggravant la fracture communautaire, au point de créer aujourd’hui de véritables problèmes identitaires dans le pays qui prétend pourtant être une nation. Les discours haineux et diviseurs de la campagne électorale se sont très tôt traduits dans tous les actes du nouveau pouvoir. Au nom de la prise en main du pays par le parti ayant remporté les élections, on a assisté à une véritable campagne de purification ethnique dans l’Administration. Sous la houlette d’idéologues extrémistes appuyés par des coordinations régionales, tout l’appareil d’Etat a été entièrement investi, de haut en bas de l’échelle. Désormais le premier mérite d’un serviteur de l’Etat, c’est d’être coopté par ces groupes plus ou moins occultes, sur la base de l’origine supposée ou assimilée à la Haute Guinée, peu importe la compétence et la probité. La compilation des décrets présidentiels de nomination depuis fin 2010 est très édifiante à cet égard. Il y a un rouleau compresseur qui avance sans désemparer malgré les promesses du Président lui-même. Pour camoufler cette campagne discriminatoire et illégale de nettoyage ethnique, au regard de l’article 8 de la Constitution, on en est même arrivé à modifier la forme des décrets de nominations : on ne parle plus des gens remplacés, car ce serait trop flagrant. Sans compter que la publicité de ces décrets est de plus en plus aléatoire. Au sein des forces de sécurité, le malaise provoqué par cette politique très sélective de formation et de promotion est connu de tous les familiers de la question. Beaucoup craignent que notre armée ne soit transformée progressivement en une vulgaire milice tribale, en lieu et place de la véritable armée républicaine dont nous rêvions. Plus grave, cette campagne de confiscation des postes ou des contrats est désormais étendue aux sociétés privées en relation avec l’Etat.
Unicité de caisse et détournements
Le nouveau pouvoir a fait de la lutte contre la corruption et les détournements de biens publics, son crédo. Très tôt, l’unicité de caisse de toutes les finances publiques et des personnes morales de l’Etat a été instituée. Cette mesure qui a été mise en œuvre sous la houlette du FMI dans beaucoup d’autres pays a été présentée comme l’arme suprême contre les détournements qui ont ruiné le pays. Mais très vite, il est apparu que les résultats étaient loin de ceux qui étaient annoncés. En premier lieu, toutes les entités concernées n’ont pas versé toutes leurs ressources au Trésor. L’Agence de Régulation des Postes et Télécommunications (ARPT) et la Direction du Patrimoine Bâti par exemple échappent curieusement à la mesure. Ces deux organismes sont fortement soupçonnés de servir de «caisses noires» au régime. En second lieu, l’unicité de caisse n’a pas mis fin à la généralisation des marchés de gré à gré, source traditionnelle de détournement. Nous venons d’avoir le scandale des 13 milliards «découvert» récemment. On nous explique que c’était un «faux virement». Mais tous les professionnels de l’audit savent que pour un détournement découvert, il y a toujours beaucoup d’autres non mis à jour. On ne peut pas exclure que cette opération ait été dénoncée par des complices du vol, mécontents du partage. Nous avons donc ce «faux virement», mais que dire de tous les autres «vrais faux» virements réglant des marchés fictifs ou fortement surfacturés? En l’absence d’une véritable Cour des comptes et d’une Assemblée du peuple démocratiquement élue, tous les abus sont possibles. Il devient clair chaque jour que le système ethniciste en place a favorisé la prédation de la fortune publique. Sa logique, ici comme ailleurs en Afrique est implacable : tout le monde sait que chacun a été nommé, non pas pour travailler mais plutôt pour «prendre sa part». En termes de changement, dans ce domaine crucial pour le redressement de la Guinée, le résultat est sans appel : les détournements continuent de plus belle. Seules les équipes ont changé ou ont été réaménagées. L’unicité de caisse a juste permis une centralisation de la «bouffe». L’exercice ridicule auquel les autorités se sont livrées en réaction à cette affaire est révélateur de la profondeur du mal et l’incapacité du pouvoir à punir ses propres soutiens, comme dans un système maffieux: on a sanctionné essentiellement des plantons et des secrétaires en forme de boucs émissaires, laissant soigneusement de côté le gros poisson. Depuis qu’on parle d’audits, de fin de l’impunité, pas un seul gros auteur de détournement n’a encore été condamné par la justice.
Gestion calamiteuse des finances publiques
On se souvient des «affaires» qui avaient jalonné la Transition et dans lesquelles les richesses du pays et l’avenir des générations futures étaient bradées de la façon la plus révoltante, en échange sans doute de miettes. Tout le monde était convaincu que toutes ces pratiques de gros contrats secrets et de conventions obscures allaient prendre fin. Mais très vite, avant même l’adoption du contrat minier, il y a eu le fameux contrat de 700 millions de dollars US avec Rio Tinto. Beaucoup de questions ont été posées sur ce contrat et sont restées sans réponse : cet apport qui n’est pas un versement à fonds perdus, quelle est sa contrepartie réelle? Comment est géré ce fonds et quelle est sa situation à ce jour? Un montant de 250 millions USD a été incorporé au budget 2012, mais sur quelle base réelle se font les décaissements? Certaines sources ont estimé qu’en fait le CNT n’a fait que voter un texte qui régularise des décaissements qui avaient déjà été effectués. Le 3 juin 2012, le très sérieux journal britannique, Sunday Times révèle que la Guinée a contracté en mars 2011 un prêt de 25 millions $ consenti par le milliardaire sud africain Walter Henning à travers une société écran appelée Palladino Capital. Il était question dans ce contrat de garanties adossées au patrimoine minier de l’Etat guinéen à hauteur de 30%. De ce prêt, personne n’avait entendu parler auparavant. La tempête déchainée par cette affaire est telle que les bailleurs de fonds internationaux et des gouvernements ont demandé une enquête. Les ministres guinéens signataires se sont confondus en explications oiseuses et contradictoires. Personne n’a jamais répondu à la question fondamentale suivante : où sont passés ces fonds et quelle a été leur utilisation? Pourquoi avoir dissimulé la transaction si elle était propre? D’où viennent les fonds qui vont rembourser par anticipation le prêt? Dans la foulée, on apprend qu’il y a d’autres prêts similaires tenus secrets dont un se chiffrant à plus de 150 millions de $. Il y a quelques mois, il a été révélé que des fonds arabes étaient en train de négocier en secret la vente d’une partie de la participation guinéenne à CBG. Le tollé soulevé par ces révélations a amené les acteurs de l’affaire à temporiser. Actuellement, des Chinois de la société GDC exploitent du fer dans la préfecture de Forécariah sans aucun permis légal. Une autre affaire plus grave pointe à l’horizon avec l’entrée en lice d’une société inconnue, A.I.O.G. pour la gestion des infrastructures du Mont Simandou, alors que d’après le Code minier, c’est l’Etat qui doit en détenir les 51%. Dans le même temps, on observe qu’un conglomérat minier internationalement reconnu, BHP Billiton a décidé, «pour des raisons stratégiques» de se retirer de la Guinée et de la RDC. Mais ce retrait n’est perdu que pour les travailleurs qui se retrouvent à la rue ; un ponte du régime aurait racheté la concession ainsi abandonnée à Sangaredi pour 500 000$. Le projet Global Alumina végète, faute de volonté politique. Ses travailleurs sont très inquiets car ils risquent eux aussi de connaître bientôt le sort de ceux de BHP Billiton. Ainsi donc petit à petit, du fait du système opaque et incontrôlé de gestion des mines, notre pays reste infréquentable pour les investisseurs internationaux sérieux et respectant un minimum d’éthique. Nous en sommes réduits à traiter avec des fonds vautours et autres requins internationaux sans foi ni loi. A Fria, l’usine est fermée depuis plus de quatre mois, laissant des milliers de familles sans salaires. Les propriétaires russes de Rusal, forts de leurs accointances et des protections dont ils bénéficient apparemment, se comportent ici comme en territoire conquis sans que personne ne bouge. Une autre affaire plus sérieuse encore est là pour montrer l’incurie de ce pouvoir et son incapacité à gérer correctement le pays avec cette politique ethniciste: SOTELGUI. Cette entreprise est à l’arrêt et ne produit plus de services pour ses clients depuis des mois. Les 1600 travailleurs perçoivent difficilement leur salaire et risquent bientôt de se retrouver définitivement à la rue. A sa tête est installé un directeur général qu’un décret a remplacé mais qui refuse de céder le poste, au nom de la coordination de Haute Guinée. C’est bien la première fois que nous entendons parler d’une entreprise de télécommunications GSM qui tombe en faillite! Mais dans notre système, c’est tout à fait possible. L’intérêt d’un petit groupe prime sur l’intérêt général et le service public. La Guinée n’est pas seulement le pays du scandale géologique ou du scandale agricole, c’est le pays des scandales tout court.
Désastre économique et social – Crise politique
Les conséquences de cette politique se font durement ressentir sur les conditions d’existence déjà misérables de l’écrasante majorité de la population, toutes régions confondues. L’économie tourne au ralenti sans aucune perspective de reprise prochaine, malgré la proclamation des autorités selon laquelle l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative PPTE (Pays pauvres très endettés) va résoudre tous les problèmes économiques et sociaux. La mortalité imputable aux mauvaises conditions d’existence, au système sanitaire en faillite, à la faim et à la malnutrition est effroyable. Des centaines de milliers de Guinéennes et de Guinéens, particulièrement les jeunes, reprennent la route de l’exil, à la recherche d’un gagne-pain impossible à obtenir sur place. Le blocage politique est total. Même quand le pouvoir appelle au dialogue et à la négociation comme cela se doit dans une vraie démocratie, il refuse de faire les concessions permettant de débloquer le processus électoral et piétine les accords qu’il a signés.
Pour arrêter ce cycle infernal de la corruption, de la prédation du bien public et de la misère et pour remettre notre pays sur les rails de l’Etat de droit, de la justice et de l’unité, nous exigeons avec le peuple de Guinée :
Qu’on mettre immédiatement fin à la violation de l’article 36 de la Constitution qui prescrit le dépôt de la déclaration des biens du Président de la République et des membres du gouvernement ainsi que la publication de ces déclarations au journal officiel.
Que le gouvernement rende public tous les accords comportant des engagements financiers ou concernant le domaine public. Mettre fin à l’opacité dans la gestion des finances et des ressources de l’Etat. Encadrer strictement les marchés de gré à gré.
Que le gouvernement procède au recensement exhaustif et à la publication de toutes affaires contentieuses pendantes devant les tribunaux en Guinée et à l’étranger et dans lesquelles l’Etat guinéen est partie.
Qu’il soit mis fin au blocage du processus électoral en procédant à la recomposition et à la restructuration de la CENI qui, en l’état, est incapable d’organiser une élection libre, honnête et transparente. Cette institution contrôlée par un groupe partisan est totalement disqualifiée car non conforme à l’esprit et à la lettre de ses textes fondateurs qui exigent la parité en son sein entre le pouvoir et l’opposition.
Fait à Conakry, le 4 juillet 2012
Pour le Comité de Coordination du Front d’union pour la démocratie et le progrès (FDP)
Mamadou Bah Baadiko
Africaguinee.com |
  Rubrique: Interview  date: 05-Jul-2012 à 10:05:35  Partager:   :  |
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