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Situation politique en Guinée: Entretien avec Philippe Van Damme de l'Union Européenne





CONAKRY-Alors que le dialogue piétine entre le pouvoir d'Alpha Condé et l'opposition, l'Union Européenne vient de réaffirmer sa position en faveur de l'organisation des élections législatives d'ici la fin de l'année 2012.Philippe Van Damme, chef de la Délégation de l'Union Européenne en Guinée, s'est confié à notre rédaction.Dans cet entretien exclusif, le diplomate européen aborde également la question de la coopéraiton entre Bruxelles et Conakry...

AFRICAGUINEE.COM: Bonjour M. Van Damme!

PHILIPPE VAN DAMME :
Bonjour M. Souaré !

AFRICAGUINEE.COM: Des rencontres entre le pouvoir et l'opposition ont eu lieu la semaine dernière avec les bons offices d'un groupe d'experts de l'Organisation internationale de la francophonie. Est-ce que l'UE va s'impliquer davantage pour la tenue de ces législatives en Guinée?

PHILIPPE VAN DAMME :
Je tiens d’abord à fé liciter tous les acteurs qui ont rendu possible ce séminaire, la présidence d' abord, M. le Ministre Kiridi Bangoura, le chef de cabinet civil du président de la ré publique en particulier, et la francophonie qui ont réalisé ce séminaire auquel la communauté internationale a eu le privilège de pouvoir assister. Et je dois dire que c’est un séminaire qui nous a fortement impressionné, l’ensemble de la communauté internationale d ' ailleurs je pense par la qualité des débats et le sens des responsabilités dont chacun a fait preuve , et qui a conduit un certain nombre de résultats tr è s productifs me semble t-il . Nous avons donc en fin de séminaire confirmé notre volonté de poursuivre notre appui au processus électoral inclusif et si nécessaire d’appuyer les autorités et l’OIF (Organisation internationale de la francophonie, Ndlr) en renforçant notre accompagnement. Les équipes de l ' OIF devraient revenir dans les prochains jours pour établir un programme de travail et sur cette base, nous allons évaluer avec les autorités et les autres partenaires au développement comment nous allons renforcer davantage notre aide.

AFRICAGUINEE.COM: M. Van Damme, est ce qu'on peut dire aujourd'hui, que la reprise intégrale de la coopération entre l'UE et la Guinée dé pend d'abord de la tenue des élections législatives alors qu'aucune date n'est encore fixée?

PHILIPPE VAN DAMME :
La position du Conseil de l’Union Européenne est bien connue. Nous avons une feuille de route de sortie de crise qui a é t é adoptée dans un premier temps en juillet 2009 et qui a é t é actualisée après la tenue des élections présidentielles libres et démocratiques et qui dit que nous allons pouvoir signer le 10e FED (Fonds Europ é en de Développement, Ndlr) et d é bloquer les fonds en appui aux secteurs sociaux, en faveur directe des populations d è s la présentation d ' un chronogramme dé taillé , élaboré et adopté par les autorité s compétentes et que le reste du 10e FED pourra être débloqué après la tenue de ces élections, avant la fin de l'année 2012.

AFRICAGUINEE.COM: Parlant de cette coopération, vous avez participé récemment un séminaire du gouvernement pour l'entretien du r é seau routier. Comment allez-vous coopérer avec le gouvernement pour renforcer la sécurité routière à travers un bon entretien des routes?

PHILIPPE VAN DAMME :
L’appui aux infrastructures et en particulier aux infrastructures routières a traditionnellement formé un volet important de notre coopération. Nous avons actuellement trois grands volets d ' appui aux pays : un volet d ' appui à la gouvernance, que comprend un appui au processus électoral, à la justice, à la réforme du système de sécurit é , aux finances publiques et à la d é centralisation d ' une part ; d ' autre part nous avons les secteurs sociaux et nous avons , en accord avec les autorité s d é cid és de nous investir davantage dans le secteur de la santé et de l ' eau, qui sont deux secteurs excessivement complémentaires . En plus de ces deux volets, nous avons un volet tr è s important d’appui aux infrastructures, volet tr è s important parce qu'il est tr è s intensif en capital puisque la r é habilitation de routes coûte très chère. Nous avons essayé d 'éclater ce volet infrastructures en trois thématiques, une thématique portant sur l ' entretien du r é seau national, un e thématique d'appui institutionnel aux ministères concernés et enfin un e troisième thématique d'appui aux politiques des transports, parce que si on fait la r é habilitation des routes, nous devons en m ê me temps avoir une politique sectorielle seine qui permet de préserver ce patrimoine routier dans les meilleures conditions possibles, en empêchant notamment les transports par des camions en surcharges importantes qui usent les routes anormalement vite, pour empêcher des comportements irresponsables dans le trafic, l ' installation de petits marchés ambulants ou de travaux mécaniques qui ab î ment les routes . Il y a toute une politique qui doit être mise en place, et j ' ai l ' impression que les autorités veulent vraiment s ' engager dans cette voie . Il y a des normes au niveau de la CEDEAO (Communauté des Etats d ' Afrique de l ' ouest, Ndlr) en la matière, et je constate avec un grand plaisir que la Guinée se positionne comme précurseur dans la mise en application de ces règlements régionaux ;, donc la Guinée pourrait devenir un pays phare dans la sous région en matière de gestion de son patrimoine routier.

AFRICAGUINEE.COM: Parlez-nous du volet justice parce qu’on sait que récemment votre institution a d é bloqué d 'é normes fonds dans le cadre de la réforme de l' appareil judiciaire guinéen !

PHILIPPE VAN DAMME :
Effectivement depuis l’année dernière nous avons commencé un appui, qui, pour l ' instant , est encore relativement modeste, au secteur de la justice . Il doit permettre au ministère d 'élaborer et d'op é rationnaliser les conclusions des Etats généraux de la justice qui se sont tenus en mars 2011, d 'élaborer à partir de l a une carte judiciaire, une carte pénitentiaire, une stratégie de formation, une stratégie de renforcement institutionnel et d ' amélioration de l ' accès à la justice . C’est un travail relativement discret qui demande une concertation avec l'ensemble des parties prenantes du secteur. Le plan d ' action consolidé devrait pouvoir être présent é au comité de pilotage de la justice dans les semaines qui suivent . A partir de ce plan d’action priorisé, nous pourrons ensuite dans le cadre du 10e FED, mobiliser des fonds additionnels pour un appui plus conséquent à la mise en œuvre de ce programme afin que le pays soit dot é d ' une justice indépendante, professionnelle, qui améliore la gouvernance générale, l ' environnement des affaires, le respect des droits de l ' Homme.

AFRICAGUINEE.COM: M. Van Damme, la zone euro traverse actuellement des zones de turbulence avec les crises budgétaires qui touchent certains pays de l'UE. Faut-il craindre des conséquences de cette crise sur l'aide au développement fournie par l'UE pour les pays pauvres comme la Guinée?

PHILIPPE VAN DAMME :
Il est clair que l ' Europe comme d’ailleurs d’autres pays du monde, traverse une période tr è s difficile et dans certains pays, cela pèse sur les budgets de la coopération au développement. Il y a trois niveaux de réponse à vos préoccupations: d'une part un certains nombre d ' Etats membres sont sous pression budgétaire tr è s grave, et l ' aide publique au développement risque d ' en p â tir, d ' autre part, il y a le niveau communautaire de l ' Union Européenne, où nous avons l ' ambition de préserver l ' aide publique au développement . Mais le troisième niveau est, je pense, le plus important : au-delà du volume de l ' aide, il y a un problème de l’efficacité de l ' aide . C'est un d é bat qui est d é j à tr è s vieux, qui remonte aux années ' 90, lorsqu’on parlait déjà de la " fatigue de l ' aide ". L'Union Européenne essaye de r é pondre à ce d é fi de différentes façons. Elle a sortie une communication en octobre 2011 sur les politiques de développement, un " agenda pour le changement " . Cet agenda , qui est d ' ailleurs consultable sur le site de l ' Union Européenne à Conakry (http://eeas.europa.eu/delegations/guinea/index_fr.htm, Ndlr) , dit en premier lieu que nous devons différencier notre aide géographiquement , c'est dire que nous devons cibler les pays le s plus dans le besoin et sortir graduellement des pays émergents, qui parviennent à se financer sur leurs fonds propres . L'objectif final de toute aide, c ' est de se rendre indispensable, donc la meilleure preuve de réussite de l ' aide c ' est de ne plus en avoir besoin . C'est pourquoi nous allons nous retirer de fa ç on assez conséquente de la coopération bilatérale dans les pays émergents d'Amérique latine, de l ' Asie du sud Est, et de certains pays de l ' Asie centrale et que nous allons commencer à réduire les montants de l ' aide bilatérale de fa ç on significative dans certains pays d ' Afrique et des Caraïbes, qui ont atteint un seuil de développement tr è s avancé. Cela veut dire que l’aide qui sera disponible, on pourra le concentrer davantage sur les pays les plus nécessiteux. Deuxièmement, nous pensons que nous devons différencier en terme d ' instruments mobilisés: nous avons de l ' aide sous forme de dons, mais il y a également des banques de développement, des institutions financières qui font des prêts plus ou moins concessionnels, et nous avons aussi un secteur privé qui, quand l ' environnement pour les investissements est attractif, est intéressé à venir investir . Dans des pays comme la Guinée , qui a un potentiel agricole, hydraulique et minier é norme, il est clair que le secteur privé a une capacité de mobilisation de fonds qui est bien supérieure à la capacité des partenaires traditionnels, donc il est excessivement important de créer un environnement favorable aux investissements, mais également qu’on d é finisse un code de conduite pour les investisseurs pour que les investissements s ' inscrivent dans une politique de développement national e équitable, avec respect pour l ' environnement écologique et social , et pour que ces investissements s ' inscrivent dans une logique de complémentarité avec ce que les partenaires bilatéraux et multilatéraux peuvent faire en mati è re de dons et de prêts concessionnels. C ' est toute une r é flexion qui est entrain de se mettre en place, sur ce qu’on appelle " les partenariat s public - privé" d ' une part, et sur ce qu’on appelle en anglais le "blending " , c'est- à -dire le m é lange de prêts et de dons, pour qu’on utilise les dons dans les secteurs les plus sensibles , comme effet de levier, un effet catalyseur, qui est ensuite complété par des fonds sur prêt ou sur investissement privé. Puisqu’on parle de la Guinée, l'Union européenne voudrait, je le répète, appuyer trois secteurs de concentration, la gouvernance, les services sociaux de base et les infrastructures. En matière d ' infrastructures par exemple , il est clair que dans le secteur minier , mais aussi celui de l' hydraulique, il y a des groupes privés tr è s puissants qui vont investir massivement et qui vont aussi avoir un impact sur le r é seau des transports et les r é seaux d ' approvisionnement en énergie . Il est par conséquent indispensable de les impliquer dans la r é flexion stratégique sur les politiques sectorielles d u pays. De même, le secteur minier, conformé ment au code minier, est obligé d ' investir dans le développement à la base. Il y a donc toute une r é flexion à mettre en place sur les modes d'appui au développement local. Nous avons engagé des discussions avec le gouvernement pour voir comment on peut créer un cadre de dialogue pour davantage rationnaliser les apports des uns et des autres au développement du pays.

Enfin, on a constat é que l ' aide publique au développement n ' est efficace, ne donne des résultats durables , que dans un environnement de bonne gouvernance . Donc non seulement il faut regarder les besoins d’un pays, mais aussi sa gouvernance. Dans la mesure o ù il y a des structures d’accueil de l ' aide qui sont favorables à la rentabilisation de celle-ci, des volumes plus importants d'aide pourront être absorbés. Il est par conséquent excessivement important de développer un environnement institutionnel de coordination de l ' aide, d ' absorption de l ' aide, mais aussi un climat plus général de gouvernance qui rend efficace l ' aide . C'est notamment pour cela qu’en Guinée, nous nous sommes entendus avec les autorités , pour que nous investissions une partie considérable de notre aide dans l e renforcement de la gouvernance - la réforme du système de sécurité , la r é forme de la justice, les finances publiques, la d é centralisation - parce que c ' est à travers un environnement économique, juridique et sécuritaire plus favorable qu’on crée des meilleure s condition s d ' absorption de l ' aide et aussi, d ' attirance pour les investisseurs privés , nationaux ou internationaux .

AFRICAGUINEE.COM: D’une manière globale ê tes-vous optimiste sur l'instauration de la démocratie en Afrique, après l’éclatement de la crise malienne, un pays jugé pourtant comme un modèle de démocratie?

PHILIPPE VAN DAMME :
Je suis optimiste par nature. Cela fait trente ans que je suis l ' Afrique. J ' ai vu les évolutions spectaculaires de ce continent en matière de consolidation de l ' Etat de droit et de la démocratie, depuis le d é but des années 90 , avec la Baule et la chute du mur de Berlin, l 'émergence d ' une société civile importante, influente et constructive dans beaucoup de pays, donc la formation d ' une classe moyenne qui renforce cette dynamique en faveur de la consolidation de l ' Etat de droit et de la démocratie . Donc oui, je suis optimiste parce que ce qui a é t é acquis en matière de formation de cette classe moyenne, de cette société civile, on ne pourra pas vous l’enlever. Il est clair que dans toute dynamique de ce genre, il y a parfois des revers, c’est vrai aussi que le Mali est un échec terrible pour ce processus, mais il faut regarder plus loin. D'abord la réaction de la région a été unanime, et il y a d ' autres exemples dans la sous - région qui donnent espoir . J'ai le sentiment, si on regarde le bilan de l ' Afrique de l’ouest ces dix dernières années, ou même ces quelques dernières années, que le bilan est globalement positif.
Par rapport au Mali, il est clair que la CEDEAO devra suivre ce dossier de plus prêt pour que la transition soit la plus brève possible et qu’elle ‘réponde au souhait d’un retour définitif et sans ambigüité à l ' ordre constitutionnel, tels que les accords l ' ont prévus. Le cas du Mali confirme évidemment que la situation reste fragile et que rien n’est définitivement acquis, ce qui , je pense , doit davantage focaliser nos efforts sur le renforcement de la gouvernance et de l’Etat de droit . Cela justifie pleinement le choix que nous avons fait en Guinée, d'un accompagnement du gouvernement dans ces domaines. Il faut mettre fin aux pratiques d ' impunité , et je pense que le gouvernement a donné des signaux tr è s forts ces derniers temps en avançant dans un certain nombre d ' enquêtes ou en ouvrant de nouvelles instructions dans des dossiers de violation grave et avérée des droits de l ' Homme . Nous ne pouvons que nous réjouir de cette évolution, parce que la consolidation de l ' Etat de droit se base sur le respect des droits de l ' Homme.

AFRICAGUINEE.COM: Dernière question M. Van Damme, quel regard portez-vous sur la presse guinéenne en général ?

PHILIPPE VAN DAMME :
La presse guinéenne, si vous me permettez d’être très franc, est d’une qualité tr è s variable. Je l'ai déjà dis dans le passé, lors des élections présidentielles, il y a une presse qui est irresponsable et qui ne r é pond pas au x standard s d é ontologique s minimum de recherche de l'objectivité, de vérification des sources, d'indépendance. J'ai v écu le Rwanda, le r ô le d’une presse irresponsable et instrumentalisée dans la gestion des crises est quelque chose qui ma traumatisé pour la vie. Je parle essentiellement de la presse en ligne mais aussi d’une partie de la presse écrite , qui sont d ' une médiocrité tr è s regrettable . Je ne suis pas l à pour donner des points, c ' est à chacun de s ' interroger sur la qualité de son produit.

AFRICAGUINEE.COM: Je vous remercie!

PHILIPPE VAN DAMME :
C 'est à moi de vous remercier !

INTERVIEW REALISEE PAR SOUARE Mamadou Hassimiou
Chef de Bureau AFRICAGUINEE.COM
Guine-Conakry
Tl. : (224) 62 65 75 74/ 64 95 36 33

  Rubrique: Interview  date: 04-Jun-2012 à 11:53:17  Partager:   :

 

 
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