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L'immigration africaine, nouveau sujet de tension au sein de la société israélienne

JERUSALEM— Plusieurs viols imputés à des immigrants africains ont déclenché un débat violent au sein de la classe politique et la société israéliennes, certains appelant à l'expulsion sine die de ces clandestins.
Outre les faits divers, certains Israéliens s'inquiètent de voir leur identité d'Etat juif menacée par l'afflux d'immigrants africains, qui représentent aujourd'hui moins de 1% de la population. "C'est l'effondrement du rêve sioniste", a même déploré jeudi le ministre de l'Intérieur Eli Yishai.
Au cours de ces sept dernières années, près de 60.000 immigrants africains, la plupart originaires du Soudan et d'Erythrée, ont pénétré sur le territoire israélien par le Sinaï égyptien, profitant du vide politique depuis la chute de l'ancien président Hosni Moubarak.
L'Etat hébreu a d'ailleurs décidé d'ériger une barrière le long de sa frontière longue de 200km, mais les immigrés continuent d'arriver au rythme d'environ un millier par mois, épuisés, sans argent, et souvent victimes de mauvais traitements par les Bédouins qui les ont conduits jusqu'à la frontière.
Certains quittent des régimes autoritaires et d'autres espèrent travailler dans un pays plus riche que le leur, dans l'espoir d'une vie meilleure.
Or l'Etat hébreu est signataire de la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés qu'il avait ardemment défendue à l'époque. Aujourd'hui, plusieurs responsables israéliens avancent que la grande majorité ne sont pas des réfugiés, mais des immigrés économiques à la recherche de travail, les qualifiant de "cancer", de "fléau national" ou encore d'"infiltrés", attisant l'inquiétude des Israéliens.
Après le premier viol au début du mois, le ministre de l'Intérieur a accusé presque tous les immigrants d'être des criminels qui devaient être emprisonnés avant leur expulsion. Quelques jours plus tard, c'est le Premier ministre Benjamin Nétanyahou qui a mis en garde contre les "60.000 infiltrés qui risquent d'être 600.000, et d'entraîner l'éradication d'Israël en tant qu'Etat démocratique et juif".
La question qui se pose désormais est de savoir si l'Etat hébreu, en conflit avec les pays arabes depuis sa création, est devenu une société raciste. "Ce qui me perturbe le plus, c'est cette ambiance raciste", souligne Tom Segev, journaliste et historien israélien. "Depuis plusieurs années, la société israélienne va dans cette direction, avec toutes ces motions anti-arabes au parlement. Je pense que notre société est très malade aujourd'hui."
D'autres réfutent le racisme, jugeant irréaliste que leur petit pays de huit millions d'habitants ouvre grand ses portes à l'immigration. Mais Israël ne peut pas non plus botter hors du pays les Africains, en vertu du traité de l'ONU adopté en 1951, pour répondre à la question des réfugiés de la Deuxième guerre mondiale. Ce traité prévoit de ne pas expulser les demandeurs d'asile dans un pays où ils pourraient être en danger.
Et la plupart des immigrants africains venant du Soudan, un pays ennemi, et de l'Erythrée, connu pour ses violations des droits de l'homme, il est difficile de déterminer leur statut entre réfugié politique et immigré économique.
"Notre objectif est qu'Israël accueille ces gens dans des conditions correctes, jusqu'à ce qu'ils aient une possibilité de rentrer chez eux", observe William Tall, l'envoyé du Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR).
Face à ce statut précaire, nombreux sont ceux qui acceptent des emplois sous-payés, sans sécurité et qui vivent dans des bidonvilles. Mais la peur et l'intolérance ont pris racine dans la société israélienne, et certains accusent les immigrants de la hausse de la délinquance, notamment de trois viols récents, bien que les chiffres de la police ne le confirment pas. Les clandestins commettent même moins de crimes que les Israéliens.
Mais le mal est fait et des bombes incendiaires ont été lancées contre deux bâtiments habités par des immigrés et une manifestation contre leur présence, organisée mercredi dernier dans un quartier pauvre du sud de Tel Aviv, a donné lieu à des violences. La foule a brisé les vitrines de magasins et les vitres de voitures appartenant à des Africains, sans faire de blessé.
Le Premier ministre a condamné ces violences mais Bachir Abekker, 32 ans, qui a fui la guerre au Darfour il y a quatre ans, pensant trouver la sécurité en Israël, ne se sent "plus en sûreté". "Après ce qui s'est passé (mercredi), j'ai peur de sortir dans la rue pour m'acheter à manger."
Certains regrettent cette défiance contre les immigrés alors que l'Etat hébreu entretient la mémoire de l'Holocauste, qui a vu six millions de Juifs tués par les Nazis.
Associated Press |
  Rubrique: Diaspora Guinéenne  date: 28-May-2012 à 11:18:53  Partager:   :  |
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