
TOURS-Assis dans un fauteuil roulant, en bermuda, les pieds dans des chaussons en plastique bleu donnés à l'hôpital, Ibrahim Sangaré, un Guinéen de 26 ans, a été jugé hier en comparution immédiate. Il devait répondre du coup de couteau porté lundi dans le dos d'un Tchadien de 29 ans, dans le secteur de la rue Alfred-de-Musset, à Tours. La rixe s'est produite vers midi, après toute une nuit et une matinée de fête, avec consommation d'alcool et de cannabis.
Ensuite, les festivités se sont poursuivies dans un appartement dans lequel le Tchadien aurait plusieurs fois critiqué la petite amie de Sangaré pour son physique. Et puis, dit-il, elle aurait été vue « avec un Blanc à Blois ».
A l'extérieur du bâtiment, les deux hommes se sont battus. Plusieurs témoins affirment que Sangaré a pris le couteau mais personne ne l'a vu le planter dans le dos du Tchadien, ce que ne conteste pas le prévenu. « Il m'attendait dehors », ne cesse de répéter Sangaré pour se défendre.
L'avocate plaide la légitime défense
Plus ennuyeux pour lui, sa compagne a déclaré peu après les faits l'avoir vu s'automutiler en se portant deux coups de couteau, l'un dans la cuisse, l'autre dans le mollet : « Je ne suis pas un robot ! Pourquoi l'aurais-je fait ? Moi, j'ai essayé de sauver ma peau, j'ai boxé l'autre pour qu'il lâche le couteau. Il m'a piqué avec, deux fois. »
L'avocate de la partie civile, Me Ribaut, reconnaît que le drame a été évité de peu. Son client est sorti de l'hôpital mais n'a pas pu venir au tribunal : « La justice dispose de nombreux témoignages pour établir la chronologie de cette affaire. Ils disent bien que la victime n'a pas eu le couteau entre les mains. »
Dans ses réquisitions, le procureur s'appuie aussi sur des témoignages pour considérer que l'infraction est constituée. Une peine de 18 mois dont un an avec sursis est requise.
Pour défendre le prévenu, Me Dubois n'hésite pas à plaider la légitime défense pour demander sa relaxe. Elle reprend surtout la déclaration de l'amie de Sangaré, qui parlait d'automutilation, pour mettre en doute ce témoignage considéré comme « peu fiable ».
Pour l'étayer, l'avocate reprend des déclarations non confirmées par les autres personnes. « Elles ont juste vu une scène, le coup de couteau dans le dos, mais pas ce qui s'est passé entre les deux protagonistes quelques secondes plus tôt.
« Sangaré a trébuché dehors, il ne savait pas que l'autre l'attendait. Une fois attaqué, il s'est défendu. La forme de sa blessure au mollet, en hauteur et oblique, le prouve. Ce coup n'a pas pu être porté par lui mais par une autre personne. »
Jugement : 18 mois dont six avec sursis (soit un an ferme) ; obligation de travail ou de formation, de soins, et interdiction d'entrer en relation avec la victime. Le prévenu a été incarcéré immédiatement.
Raphaël Chambriard
Source:La nouvelle république |
  Rubrique: Diaspora Guinéenne  date: 12-Apr-2012 à 17:26:19  Partager:   :  |