
La région du Sahara est devenue une poudrière avec la floraison des groupes armés.L'avancée des rebelles touaregs au Mali témoigne cette menace dans la région arabo-sahélienne.Rowaida Mroue, une activiste des droits de l'Homme nous rappelle les enjeux liés à l'unité du Maghreb pour répondre aux menaces des groupes armés.Mais cette union est fragilisée par la tension entre le Maroc et l'Algérie dont les relations bilatérales sont empoisonnées par le conflit du Sahara.Mme Rowaida qui dirige le Centre International du développement et de la formation et la résolution des conflits s'est confiée au micro d'Africaguinee.com ...
Africaguinee.com: Vous avez participé avec votre ONG à la session du conseil des droits de l’Homme à Genève.Avez vous des résultats concernant la situation au Sahara ?
Rowaida Mroue: Tout d’abord, durant cette session, nous avons participé à des réunions et conférences sur le conflit au Sahara ainsi que les violations des droits de l’Homme à Tindouf.Je pense que nous sommes toujours au point de départ.Aucun progrès tangible n’est obtenu dans le cadre du respect les droits de l’Homme à l’intérieur des camps de Tindouf.Parce qu’aucune pression n’a été exercée sur l’Algérie et le Polisario, ni du côté des Nations Unies, ou encore des puissances régionales tout comme des nouveaux régimes arabes au Maghreb.Nous sommes au même niveau, car c’est uniquement les ONG et certains journalistes qui supportent la thèse séparatiste qui ont accès aux camps de Tindouf.Aucun média international n’est présent à l’intérieur des camps.Nous avons donc une vague idée de la situation humanitaire à l’intérieur des camps de Tindouf.
Au niveau politique, nous avons les mêmes positions au niveau marocain et algérien.Mais l’Algérie est responsable du sort des populations qui vivent dans les camps de Tindouf qui sont situés sur son territoire.L’Algérie dénonce des violations des droits de l’Homme au Maroc et oublie les violations commises dans les camps de Tindouf.Pour le Maroc, il s’agit de prouver ces violations dans les camps.Donc au niveau des négociations, aucun progrès tangible.Mais pour la situation humanitaire, je pense qu’une pression supplémentaire doit être exercée dans le monde arabe et au niveau international pour savoir ce qui se passe exactement à l’intérieur des camps de Tindouf.
Africaguinee.com: Vous avez évoqué les négociations entre le Maroc et l’Algérie.Dernièrement les rencontres entre les deux parties à Manhasset se sont soldées par un échec.Selon vous, quelles solutions doit on préconiser pour trouver une issue à la crise liée au Sahara?
La séparation et l’indépendance réclamées par le Front Polisario ne sont ni applicables, ni acceptables avant et après le printemps arabe.Les nouveaux régimes en Tunisie, Libye ont lancé un appel pour le renforcement de l’Union du Maghreb.Mais l’idée d’une séparation constitue une menace pas seulement pour la stabilité du Maghreb mais aussi au niveau du monde arabe et même pour l’Europe.D’un autre côté, la proposition du referendum a été qualifée par le représentant du secrétaire général de l’ONU comme étant inapplicable à cause de la distinction quasi impossible entre ceux qui peuvent voter et ceux qui ne doivent pas voter.Le référendum est donc impossible à réaliser.La seule solution viable c’est le plan d’autonomie proposé par le Maroc.J’appelle ce plan comme un document de négociation car il est ouvert à discussions sans aucune restriction.C’est toutela force de ce document qui reste ouvert à des amendements pour une vraie et crédible négociation sur le conflit du Sahara.
Africaguinee.com: Avec l’échec des négociations, comment voyez vous l’avenir des populations qui vivent à Tindouf ?
Actuellement, je ne peux pas être optimiste sur l’avenir des saharouis qui vivent dans les camps de Tindouf.Ils vivent dans des conditions misérables, exclus de toute communication avec l’extérieur.Ces populations ignorent pratiquement ce qui se passe à l’extérieur des camps.Il n’y a pas d’accès à internet, aucun satellite ne fournit des informations sur la vie à l’intérieur des camps.Ils vivent dans l’obligation de croire que c’est uniquement le Front Polisario qui est le représentant du peuple saharoui, ce qui est faux !Les jeunes sahraouis ne participent pas au printemps arabe comme les autres jeunes dans le monde arabe.Ils ne peuvent pas organiser des protestations ou manifestations à l’intérieur des camps.Nous savons que ces jeunes ne sont pas satisfaits de la manière dont le Polisario conduit les négociations avec le Maroc, ils dénoncent également la corruption orchestrées par le Polisario.Mais la voix de ces jeunes est ignorée par les médias internationaux et les régimes arabes.
Les saharouis qui sont détenus à Tindouf ne peuvent pas s’exprimer car beaucoup subissent des lavages de cerveau dès leur jeunesse à l’intérieur des camps ou dans des régions espagnoles ou encore à Cuba.
Africaguinee.com: Pour finir, vous êtes libanaise d’origine.Selon vous, est ce qu’il y a des similitudes entre le conflitqui a éclaté au Liban dans les années 80 et celui du Sahara ?
Le Liban a souffert d’un conflit interne et d’une occupation de la part d’Israel.Au niveau politique, le Liban est très sensible à la cause palestinienne.Mais cette cause est défendue largement à travers le monde parce que les médias sont présents, à cause de la proximité géographique entre la Palestine, les Etats du Golfe, l’Egypte etc…Par contre le conflit du sahara, est oublié par le monde arabe à cause de sa situation géographique.Ensuite, lorsque le Maroc a décidé de mettre ce dossier aux mains des Nations unies, malgré tout, les populations sahraouies continuent de souffrir dans les camps de Tindouf.Personnellement , j’ai visité les provinces du sud au Maroc et j’ai visionné également un documentaire sur des saharouis qui ont témoigné sur leur séjour dans les camps de Tindouf, j’ai également écouté leur aventures, j’ai lu des rapports sur la situation dans les camps.J’avoue que je suis convaincue de la souffrance terrible de ces populations qui sont oubliées.C’est ce qui explique d’ailleurs ma motivation pour lutter pour la cause de ces populations saharaouies de Tindouf qui sont oubliées par le reste du monde, contrairement aux conflits au Darfour ou en Palestine.Je pense que beaucoup de gens ignorent le droit des populations saharouies de vivre et construire librement leur future.
Interview réalisée par Ismael Barry
Pour Africaguinee.com
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  Rubrique: Interview  date: 02-Apr-2012 à 14:07:16  Partager:   :  |