
MONTREAL-Un sujet important, l’immigration. Tellement important que le Réseau de soutien à l’immigration francophone (RSIF) du Sud-Ouest a opté cette année pour le cadre feutré et cossu du Sheraton pour y organiser son dernier forum sur le sujet les 9 et 10 février derniers à Hamilton.
Une rencontre multipartite et à grande échelle puisque tout ce que compte la région d’organismes communautaires était invité à plancher sur le thème suivant : « Les stratégies d’intégration économique des immigrants francophones ».
Compte tenu de l’ampleur du sujet traité, on comprend pourquoi la rencontre avait lieu sur deux jours. « Le thème trouve sa pertinence dans la conjoncture actuelle, explique Alain Dobi, directeur du RSIF. Les immigrants francophones sont frappés plus durement que les autres par la crise. Ils doivent trouver leur place en situation minoritaire, relever les défis traditionnels liés à l’immigration et s’adapter à un marché du travail de plus en plus pointu. »
La crise, un marché du travail plus pointu, une flexibilité accrue... C’est là que les organismes ont leurs cartes à jouer, en particulier ceux dont le mandat est justement de mettre le pied à l’étrier de l’emploi des nouveaux arrivants.
D’où la présence des principales enseignes communautaires du secteur : l’ACFO de Hamilton, le Collège Boréal, le Centre de santé communautaire de Hamilton etc. Plusieurs dizaines d’entre eux étaient là pour écouter mais aussi pour témoigner de leur expérience sur le terrain et des difficultés auxquelles ils doivent faire face au quotidien.
La première d’entre elles étant ce que Gaston Mabaya n’a pas hésiter à qualifier « d’hypocrisie ». Un terme dissonant dans une rencontre amidonnée de convenances et décorum mais dont tout le monde s’est félicité qu’il ait été finalement mis sur la table.
« Je veux souligner ici l’hypocrisie d’un système qui valide les diplômes des nouveaux arrivants lorsqu’ils font leur demande d’immigration. Un système qui ne leur dit pas qu’ils se retrouveront ensuite dans l’impasse avec les ordres professionnels des provinces qui, eux, ne reconnaissent pas leurs qualifications », a critiqué le directeur général de l’ACFO de London.
Outre la question fondamentale des équivalences de diplômes, un autre sujet s’est invité dans ces palabres communautaires parfois à deux doigts de la tribune politique, sans toutefois que le responsable visé ne soit jamais nommé : le gouvernement pour ses coupes claires opérées à la hache dans les budgets alloués aux organismes.
Pas sûr que ces critiques à peine voilées ne changent grand-chose au cours actuel et futur des politiques d’immigration. Mais il était difficile pour la communauté de ne pas profiter de l’occasion pour faire entendre ses doléances sur le sujet, surtout en présence d’une représentante de Citoyenneté et Immigration Canada (CIC) dans la salle, leur principal bailleur de fonds.
De ce point de vue, le credo volontariste d’Alain Dobi, « faire mieux avec moins », misant sur l’optimisme de la volonté plutôt que sur le pessimisme de la lucidité, est vite rattrapé par le principe de réalité. Le directeur du RSIF lui-même le concède bien volontiers : « Les centres d’emploi francophones sont confrontés à une hausse de demandes de services alors que leurs moyens ont été considérablement réduits. »
Pour éviter que ces difficultés ne virent à la quadrature du cercle, la solution passerait donc par une sélection plus pointue des immigrants. C’est en tout cas l’une des pistes préconisées par Maxim Jean-Louis, du comité national du RSIF : « Si on ne change rien, on va droit dans le mur. Il faut que les gens viennent ici avec la garantie d’avoir un emploi. Sinon, ce sont des milliers de gens qui vont se retrouver sur le carreau et que l’on va voir errer indéfiniment à la recherche d’un emploi avec des problèmes psychologiques ».
Avec tout cela, pas étonnant qu’un invité ait regretté la tonalité pessimiste des discours et le sombre tableau qui en est ressorti. « L’immigration francophone, c’est positif, c’est une chance », a-t-il rappelé. Reste à savoir si le message, relayé par CIC sera entendu dans les hautes sphères gouvernementales.
Lemetropolitain |
  Rubrique: Diaspora Guinéenne  date: 14-Feb-2012 à 23:30:00  Partager:   :  |