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Réconciliation nationale: Le FDP de Baadiko Bah propose des solutions...

CONAKRY-Le front d'union pour la démocratie et le progrès(FDP)de Mamadou Baadiko Bah vient de proposer une série de solutions pour faciliter la réconciliation nationale dans le pays, a appris Africaguinee.com.Ce groupe de partis de l'opposition souhaite notamment la mise en place d'un Forum national des Guinéens pour mieux assumer les pages sombres de l'histoire du pays...
Discours au nom du Front d’Union pour la Démocratie et le Progrès (FDP)
A la rencontre avec la Commission Provisoire Chargée de la Réconciliation
Conakry, Centre Islamique de Donka 21 janvier 2012
Alhaji Mamadou Saliou CAMARA, Monseigneur Vincent COULIBALY, Vénérables dirigeants de la Commission Provisoire Chargée de la Réconciliation Nationale,
Mesdames et Messieurs les invités, chers compatriotes,
C’est avec beaucoup d’émotion que nous venons aujourd’hui devant vous, exposer modestement notre point de vue sur cette question combien délicate et capitale de la réconciliation. En effet, le triste exemple guinéen a abondamment montré qu’une communauté foncièrement divisée, entretenant en son sein, haines, rancoeurs et divisions de toutes sortes, ne peut valablement mobiliser ses énergies et relever les énormes défis du monde présent, afin de bâtir un avenir meilleur, au bénéficie de tous ses membres.
A cet effet, nous ne pouvons pas ne pas faire le pénible rappel de ce qu’est la Guinée. Premier territoire indépendant de l’Empire colonial français en Afrique noire, naturellement doté de fabuleuses richesses du sol et du sous-sol, promis à une grande destinée en 1958, notre pays se retrouve cinquante trois ans après, parmi les pays les plus pauvres et les plus attardés d’Afrique et du monde. Mais qu’avons-nous fait au ciel pour mériter un si triste sort ? Pourquoi le premier est devenu le dernier ? La réponse, vous vous en doutez, ne peut pas être simple. Mais nous pouvons au moins rappeler ce que la Guinée a de spécifique par rapport aux autres pays africains qui n’ont pas connu de guerre civile déclarée. Aucun de ces pays n’a connu autant d’exilés, d’emprisonnés, de morts violentes, - le plus souvent des suites des tortures - et plus récemment de viols. La Guinée a été décrite par l’écrivain congolais Bunzeki Dongala comme le pays ayant les geôles les plus inhumaines du monde. En Guinée, ont été expérimentées, avec l’aide de «spécialistes» étrangers, les techniques de tortures les plus raffinées, c'est-à -dire les plus sauvages d’un monde qui a pourtant connu les horreurs du régime nazi. Tout au long de ces 53 années, alors même que les pouvoirs ont changé, on remarque de façon effarante, la continuité des pratiques d’élimination physiques de personnes considérées comme adversaires du pouvoir établi ou tout simplement déplaisant au Chef ou à un membre de sa famille. La torture et les traitements inhumains et dégradants, bien que condamnés par la justice universelle, sont de règle chez nous. Ainsi dès juillet 1985, à l’occasion de ce qu’on a appelé «Complot Diarra Traoré», des assassinats en masse ont eu lieu, sur le même modèle que ceux de la période précédente du Parti-Etat. Et pourtant, cette fois, on n’a pas dénoncé un impérialisme mythique pour justifier les tueries et les tortures, parfois en direct à la télévision. Plus près de nous en janvier 2007, des centaines de manifestants sont tombés sous les balles des forces de l’ordre, appuyées de mercenaires venant du Libéria et de la Guinée-Bissau. On a eu également l’assassinat de 6 ressortissants de la Guinée forestière au Quartier Coza. Le 28 septembre 2009, nous avons connu les événements de triste mémoire au cours desquels 157 personnes ont été tuées dont plus de 100 n’ont pas encore été retrouvées et des dizaines de femmes violées. Entre les deux tours de l’élection présidentielle en 2010, notre pays a été le théâtre de pogroms à caractère politico-ethniques à Siguiri, Kouroussa et en réplique, à Labé, Pita et Dalaba. Plus récemment encore, alors même que l’on expérimente les premiers pas d’un civil élu à la tête de l’Etat, nous avons eu des morts et des blessés, y compris des membres des forces de sécurité, à l’occasion de manifestations à Conakry. C’est dire donc que l’abominable culture de la violence et du mépris de la personne humaine est bel et bien ancrée dans notre vécu quotidien. Les stigmates sont profonds.
Mais hélas, ce n’est pas la seule source de division et de rancoeurs qui handicape notre société. Nous avons assisté à la l’explosion des inégalités sociales, nourrie par la corruption et la prédation du bien public, c'est-à -dire du bien commun de tous les Guinéens. C’est dans notre pays que l’on remarque le plus l’écart entre les plus riches et les plus pauvres représentants l’écrasante majorité de la population.
Au fur et à mesure que s’approfondit la crise économique, sociale et morale, le fossé entre les communautés s’est dangereusement creusé. L’équilibre déjà fragile laissé par le colonisateur en a été sérieusement affecté. Devant les difficultés de l’existence et la misère, le repli identitaire s’est progressivement substitué à la revendication d’un bien être collectif. Les forces politiques, loin de combattre cette idéologie, ont au contraire trouvé là un fonds de commerce commode pour arriver à leurs fins. C’est ce que nous pouvons appeler «boire du poison pour étancher sa soif», car il est évident que cette tendance, si elle continue, amènera à la destruction de la Guinée. L’exclusion régionale ou communautaire, peu importe son appellation, porte en elle les germes de conflits dont le modèle le plus tristement célèbre est celui du Rwanda, siège d’un abominable génocide qui a coûté la vie à un million de personnes. Et pourtant, victimes et assassins vivaient ensemble depuis des millénaires, partageant le même terroir, la même langue et la même religion!
Chez nous, hélas, existent des signes avant-coureurs de cette catastrophe. Les affrontements inter-communautaires qui ont éclaté ici et là dans notre pays, comme les massacres à Galakpaye ainsi que des destructions massives de biens et de cheptel, doivent servir de sonnette d’alarme non équivoque.
A propos de discrimination régionale ou d’exclusion, je vous prie de bien vouloir m’excuser en vous relatant une scène très pénible que j’ai vécue il y a deux mois : un jeune homme diplômé chômeur de l’université est venu me voir; il a sollicité mon aide pour émigrer, n’importe où. Je n’ai pas manqué de l’en dissuader. Mais il m’a assommé avec un argument devant lequel je suis resté bouche-bée. Il me dit : «mais que voulez-vous que je fasse ici ; le gouvernement dit qu’il travaille durement à la création d’emplois pour la jeunesse ; mais au vu de ce qui se passe actuellement, presque tous les emplois sont réservés aux ressortissants d’une région».
D’autres fléaux se sont abattus sur la Guinée comme le trafic de drogue ou autres.
C’est pour cette raison que dès le début des années quatre vingt dix, nous avions préconisé la tenue d’une Conférence Nationale Vérité Justice et Réconciliation.
Nous demeurons convaincus que la Guinée ne peut sortir durablement de cette l’impasse politique, économique et morale, sans revisiter son histoire, afin d’exorciser définitivement les démons d’un passé horrible qui la poursuit inexorablement et qui hypothèque son avenir. A cet effet, il est indispensable que toutes les forces vives du pays, toutes les composantes sociales et communautaires du pays, sans exclusive, s’investissent, sous la direction de personnalités respectées comme les vôtres.
Ce grand Forum national guinéen qui ne peut être une assise de règlements de comptes ou de vengeance, sera unique en son genre. Il permettra de réconcilier les Guinéennes et les Guinéens et de mettre en place un véritable Etat de droit, garantissant que plus jamais, un homme, aidé de sa famille et de complices, ne va confisquer le pouvoir et la souveraineté du peuple, en faisant du pays son bien ou sa chose. La page de l’impunité ayant couvert jusque là , les crimes de toutes sortes commis contre le peuple et le bien public, sera alors définitivement tournée. La Guinée sera reconnue comme le patrimoine de tous les Guinéens, sans distinction de région, de religion ou de condition sociale.
Nous avons attentivement examiné les documents que vous avez bien voulu mettre à notre disposition et relatifs à la démarche que vous comptez suivre pour mener à bien votre noble mission. Nous ne doutons pas un instant du sérieux de votre engagement et de votre sincérité dans la prise en charge de cette lourde et périlleuse tâche. Cependant, nous nous devons de vous dire le fond de notre pensée en insistant sur le fait que c’est une opinion et non une vérité divine!
Nous sommes convaincus que l’ampleur des dégâts causés au tissu social, exigera des actions en profondeur, afin de guérir le mal. En matière de soins, qu’on nous permette de donner un exemple imagé : il n’est pas concevable que pour soigner une plaie encore purulente, on se mette à installer un bandage si épais soit-il ou poser des points de suture. Loin de guérir la plaie, c’est la gangrène qui suivra. Il faut d’abord vider l’abcès. Et bien entendu, vider le pus de la plaie fera mal et même très mal à certains.
Ici la gangrène, c’est la haine et la vengeance sous toutes ses formes ou la poursuite des crimes dénoncés par presque tous. Il n’est pas concevable d’envisager la réconciliation ou le pardon sans la vérité. Des slogans confusionnistes ou même révisionnistes comme : « Nous sommes tous victimes, nous sommes tous coupables », n’ont pas leur place dans ce débat, car dans cette affaire il existe bien une vérité et elle doit être exhumée. C’est cette orientation qui a fait échouer toutes les tentatives antérieures de dialogue sur la réconciliation.
Dans votre document sur la réconciliation, vous avez évoqué la nécessité de nous appuyer sur les valeurs positives de la civilisation africaine pour résoudre nos problèmes. Nous y souscrivons pleinement. A cet égard, nous devons rappeler avec force que la pratique de la torture et le non respect du caractère sacré de la vie humaine, sont étrangers à notre civilisation. Le grand savant africain Cheikh Anta Diop (qui a rendu leur histoire aux Africains) n’a pas manqué de souligner que dans toute l’iconographie de nos ancêtres de l’Egypte pharaonique, riche de centaines de milliers d’images, il n’y a pas de scènes de torture et de pornographie. Nous croyons profondément à la justice divine selon laquelle «Qui fait périr par l’épée, périra par l’épée». Le crime, qu’il soit d’origine politique ou autre, ne paie pas. Aucune cause, si noble soit-elle ne peut justifier les crimes que la Guinée a enregistrés depuis son indépendance.
Toute la démarche actuelle de votre commission doit se faire en collaboration avec les victimes ou leurs descendants. Seules les victimes sont dépositaires du droit au pardon. Ni l’autorité publique et encore moins les coupables des crimes n’en sont les détenteurs.
Ainsi, nous préconisons que la seconde étape que vous avez définie soit modelée ainsi :
-Ecoute de toute personne ayant été victime ou parent de victime d’une violation des droits humains ou d’atteinte à la fortune publique de 1958 à nos jours; Recensement de tous les lieux de détention ayant servi de centres de tortures ou d’extermination ; il sera fait appel à témoignage de toute autre personne intéressée : témoins oculaires, acteurs des drames intervenus, etc.
- Identification et balisage de tous les lieux ayant servi de fosses communes ou de lieux de supplices;
La commission recueillera toute documentation écrite ou sonore, illustrations, d’origine publique ou privée, se rapportant aux violations des droits humains en Guinée ou aux victimes.
Des mesures spéciales devront être prises afin de protéger les témoins et sécuriser les éléments de preuves produits, ainsi que les lieux de sépulture.
Une grande campagne médiatique doit être lancée pour informer tous les citoyens, afin que ceux qui ont quelque chose à dire soient incités à le faire en toute sécurité.
- Mise sous scellés de toutes les archives policières relatives aux arrestations et détentions ; il s’agit notamment des archives du Camp Boiro et de la Police politique.
- Mise en place d’une commission spéciale d’enquête pour exploiter les dépositions et les documents ci-dessus et pour entendre les mis en cause s’ils sont vivants; cette commission sera pluridisciplinaire avec des policiers, gendarmes, militaires, magistrats, religieux, etc.
L’étape suivante sera celle relative à l’estimation des réparations et autres dédommagements à verser aux victimes ainsi que les actions concrètes pour protéger les sites concernés par les crimes.
La dernière phase sera celle des confrontations entre les victimes et les mis en cause. L’objectif sera de sceller le pardon après avoir enregistré le repentir des auteurs des crimes.
A l’issue de ces travaux, nous sommes convaincus qu’on pourra enfin envisager notre avenir avec optimisme en répétant comme on l’a dit tant de fois sans succès dans le passé : «Plus jamais ça !» Le sang ne doit plus couler chez nous. Tous nos différends doivent se régler pacifiquement, à l’Africaine et en nous appuyant sur un puissant Etat de droit.
Nous sommes très honorés d’être parmi les premiers militants politiques que vous auditionnez et vous remercions pour votre confiance et votre sympathie.
Nous vous exhortons à continuer dans votre lourde tâche, sans vous décourager, malgré les nombreux écueils. La Guinée vous en sera reconnaissante.
En vous assurant de notre collaboration, nous vous souhaitons bonne chance pour le succès de votre noble mission.
Fait à Conakry, le 21 janvier 2012
Pour le FDP
Le Coordinateur Mamadou BAH Baadikko
Africaguinee.com
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  Rubrique: Politique  date: 22-Jan-2012 à 20:23:45  Partager:   :  |
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