
MEAUX-Pourtant familier des affaires de drogue, le tribunal correctionnel de Paris s'est penché durant trois semaines sur un réseau bien inhabituel dont le chef n'est autre qu'un vieux détenu guinéen de 70 ans qui aurait organisé, depuis sa cellule, un trafic international de cocaïne. "Papa", ou encore "le Vieux", surnoms affectueux dont est affublé Boubacar Bah, ne laisse pas présager des poursuites dont il fait l'objet. Déjà condamné à 12 ans d'emprisonnement pour trafic de drogue, le ressortissant guinéen n'a plus guère de perspectives d'avenir. Il y a peu de chance qu'il revoie un jour ses 4 femmes, ses 18 enfants ou ses 67 petits-enfants.
Mardi, le parquet a en effet requis contre lui 18 ans de réclusion, assortis d'une période de sûreté des deux tiers, ainsi que son interdiction définitive du territoire français. Une telle peine correspondrait à "une perpétuité réelle", a dénoncé mardi son avocat, Joseph Cohen-Sabban. D'après ses calculs, son client ne serait pas libérable avant l'âge de... 92 ans ! Outre sa peine française, le détenu doit en effet encore purger une peine de huit ans en Belgique. "On l'a laissé faire en prison, qu'on le veuille ou non, pendant un sacré bout de temps, et il n'a forcé personne", a défendu son avocat.
"C'est à la tombée de la nuit que commençait son activité"
Durant son procès, son client a reconnu avoir dirigé plusieurs "équipes" et donné des instructions pour organiser l'importation de grosses quantités de cocaïne depuis la Colombie. Dans sa cellule de la prison de Meaux (Seine-et-Marne), puis de Val-de-Rueil (Eure), c'est à la nuit tombée qu'il commençait son activité. Il passait alors des dizaines de coups de fil en France, aux Pays-Bas et en Afrique. Habile, le prisonnier parvenait même à cacher à ses interlocuteurs qu'il croupissait derrière les barreaux.
Entre avril 2008 et octobre 2009, plus d'un millier d'appels auraient été recensés par les enquêteurs vers des narcotrafiquants colombiens ou des membres du réseau de Boubacar Bah. Le parcours de la poudre blanche était bien huilé. Les valises étaient placées dans les soutes de l'avion en Amérique latine par les contacts de Boubacar Bah, lesquels bénéficiaient vraisemblablement de complicités dans les aéroports. Alerté au plus tard trois jours avant l'envoi, Boubacar Bah activait son équipe et désignait aux Colombiens la personne qui serait leur interlocuteur en France et à laquelle les photos et les numéros d'enregistrement des bagages étaient envoyés.
Si la drogue se perdait, les Colombiens pouvaient se venger
Selon l'accusation, à l'atterrissage de l'avion à Roissy, un bagagiste se chargeait d'extraire la valise et la remettait à une autre personne, qui disposait d'un véhicule pouvant circuler sur les pistes et était autorisée à sortir de la zone aéroportuaire. Pour rassurer les narcotrafiquants avant qu'ils ne touchent leur dîme, Boubacar Bah leur désignait, parmi les membres de son réseau en Colombie, "une garantie humaine". En d'autres termes, si la drogue se perdait, les Colombiens pouvaient se venger en éliminant cette personne.
C'est ce qui semble être arrivé en août 2008. Une valise est alors saisie par les douanes. En représailles, les narcotrafiquants colombiens exécutent leur otage, dont le corps sera découvert quelques mois plus tard dans la banlieue de Bogota. Quand une autre livraison est dérobée, cette fois en France, le réseau se charge de donner une correction à l'arnaqueur. Torturé, celui-ci aurait rendu la drogue et se serait évaporé dans la nature. Des peines de 30 mois à 18 ans de prison ont été requises contre Boubacar Bah et ses 15 coprévenus. Décision le 13 décembre.
AFP
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  Rubrique: Diaspora Guinéenne  date: 01-Dec-2011 à 15:08:49  Partager:   :  |