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Aboubacar Sylla, porte-parole de l'ADP: "Jean-Marie Doré qui s'autoproclame porte-parole de l'opposi

CONAKRY-Le porte-parole de l'alliance pour la démocratie et le progrès (ADP)hausse le ton!Aboubacar Sylla vient de rappeler l'opportunisme de Jean-Marie Doré "autoproclamé" porte parole de l'opposition, après la rencontre entre le président Condé et les acteurs politiques,mardi dernier!S'il reconnait que cette rencontre peut décrisper l'atmosphère politique en Guinée, le leader de l'Union des forces du changement est pourtant inquiet sur la volonté réelle du président Alpha Condé de renouer le dialogue avec l'opposition.Dans cet entretien exclusif qu'il nous a accordé, Aboubacar Sylla expose sa vision de la scène politique guinéenne ...Exclusif!
AFRICAGUINEE.COM : Bonjour M. Sylla ! En tant qu’acteur politique que pensez-vous de la démarche du président de la république qui a rencontré le 15 novembre dernier certains leaders politiques ?
ABOUBACAR SYLLA : Bonjour M. Souaré ! C’est une démarche dans son principe qui est une bonne chose puisqu’elle peut contribuer quelque part à décrisper le climat politique, à détendre un peu l’atmosphère, à créer une sorte de rapports de convivialité entre les acteurs politiques.Ceci de manière à restaurer un minimum de confiance entre eux pour que le dialogue politique qui va commencer, nous l’espérons très bientôt, se déroule dans les meilleures conditions de réussite. Cependant un observateur averti pourrait avoir une double lecture de cette cérémonie. La première lecture c’est qu’elle peut être une manifestation organisée tout juste pour amuser la galerie, pour redorer le blason du président de la République qui n’est pas considéré comme un homme de dialogue. Peut être que l’objectif recherché est de se présenter aux yeux de l’opinion nationale et de la communauté internationale comme un homme de compromis, comme un homme de consensus. Ça peut être aussi un moyen en quelque sorte d’ empiéter sur l’évolution de la mission de facilitation qui allait permettre très rapidement un dialogue réellement structuré entre la vraie opposition et le pouvoir.
La deuxième lecture qu’on peut en faire de la rencontre est qu’elle peut être le reflet d’un changement subit du Président de la République qui aurait pris conscience de la nécessité pour lui de restaurer le dialogue politique qui fait défaut depuis son élection.Et qu’il se soit rendu compte que la paix civile et la cohésion du pays ainsi que la poursuite du processus électoral ne sont pas possibles si tous les acteurs politiques ne sont pas associés aux différentes prises de décisions qui affectent la vie nationale et en particulier celles qui concernent l’organisation du scrutin législatif. J’espère que c’est cette deuxième hypothèse qui est la bonne. L’avenir nous édifiera.
AFRICAGUINEE.COM : Quelle appréciation faites-vous du choix des leaders qui étaient conviés à cette rencontre ?
ABOUBACAR SYLLA : Le choix de la première liste peut sembler quelque part cohérent et logique. Le président a voulu rencontrer quelques principaux leaders qui étaient membres du collectif même si M. Solano (président du Parti de l’Unité et du Progrès Ndlr) ne participe plus aux réunions de ce groupe politique mais il semblait cohérent qu’il (le président de la république Ndlr) veuille les rencontrer pour discuter avec eux des revendications qui étaient celles de l’opposition en général. On s’attendait à ce qu’il rencontre peut être plus tard aussi quelques leaders de l’Alliance pour la Démocratie et le Progrès (ADP) qui, avec le collectif, constituent les deux composantes de l’opposition guinéenne. Mais la deuxième liste nous a rendu plus perplexe, on a vu qu’il s’agissait tout simplement d’une rencontre qui était faite pour donner des autorités l’image d’un pouvoir ouvert à toute la classe politique dans toutes ses obédiences et qui serait donc prêt à tous les compromis, à tous les dialogues, à toutes les concertations possibles. Cela a fait ressembler cette initiative à plus une opération de politique-spectacle qu’à une tentative sérieuse pas d’ouverture d’un dialogue qui, de toutes les façons était en préparation. Nous avons entendu l’ancien premier ministre Jean Marie Doré qui s’est autoproclamé porte parole des partis politiques à cette occasion, parler d’un comité de dialogue sous l’égide du ministre de l’administration du territoire et de la décentralisation et qui serait chapeauté par le premier ministre.Alors que nous nous savons qu’il y a un comité de facilitation dirigé par Mgr Gomez et qui est composé de personnalités indépendantes et acceptées par l’opposition et par le pouvoir qui oeuvrent pour la levée des préalables au dialogue et nous avions bon espoir que ces préalables allaient être levées parce que ce comité fait un travail remarquable et enregistre des avancées significatives. Donc nous nous attendions à ce qu’un vrai dialogue structuré s’organise autour des points de revendications de l’opposition pour qu’un consensus puisse être dégagé et qu’on aille enfin aux élections dans les meilleures conditions de délai et de transparence. Mais nous craignons que cette rencontre avec le président de la république qui implique des personnes qui n’ont rien à demander au pouvoir comme ceux de la mouvance présidentielle, qui sont d’accord de toute façon avec le processus électoral tel qu’il est organisé actuellement, qui n’ont donc rien à contester, qui n’ont rien à réclamer ne transforment le cadre de dialogue en une foire aux empoignes. Nous nous inquiétons que toutes ces personnes là ne nous enferment dans une tour de Babel où chacun prêcherait pour sa petite chapelle, ce qui va noyer les vrais problèmes posés par l’opposition et parasiter ainsi le dialogue politique. Je crois que s’il doit y avoir un dialogue, il doit s’organiser entre l’opposition qui a exprimé des revendications et le pouvoir qui est en mesure de les satisfaire.
AFRICAGUINEE.COM : La semaine dernière votre alliance ADP a rencontré la représentante de la CEDEAO en Guinée. Peut-on connaître quel était l’objet de cette visite ?
ABOUBACAR SYLLA : Nous avons reçu non seulement la représentante de la CEDEAO mais elle était aussi venue accompagner au siège de l’UFC (son parti Union des Forces du Changement Ndlr) l’envoyé spécial du président de la CEDEAO, le président du Nigéria M. Goodluck Jonhattan, M. Edem Kodjo ancien premier ministre togolais, ancien secrétaire général de l’OUA, qui étaient venus nous écouter pour échanger avec nous sur la situation politique en Guinée. Nous lui avons développé l’appréciation qu’on avait de cette situation. Un dialogue fécond s’est donc engagé et nous avons passé plus de deux heures de temps à évaluer la situation politique du pays et nous lui avons fait des recommandations dont il a semble t-il tenu le plus en compte et qu’il va insérer dans le rapport qu’il va présenter au président en exercice de la CEDEAO. Notre souci était surtout d’impliquer de nouveau la communauté internationale sous une forme ou sous une autre dans la finalisation de cette transition car tout le monde est unanime à reconnaître que le groupe international de contact qui, lors de ses sessions servait de cadre de concertation pour toute la classe politique autour de la transition. Ce groupe ayant été dissout et remplacé par une structure informelle pratiquement sans mandat « le groupe des amis de la guinée » mais nous risquons de tomber dans une impasse politique qui est lourde de menace pour la paix civile. Nous espérons que l’implication sous une forme à définir de la communauté internationale dans le processus électoral va permettre de rassurer les différents acteurs de mettre en place un système de caution et de garantie d’application des accords ou des conclusions du dialogue éventuel.
AFRICAGUINEE.COM : En tant que porte parole de l’ADP quelle est votre réaction après la sortie médiatique de Jean Marie Doré qui a affirmé que « le dialogue n’a jamais été rompu entre votre alliance et le gouvernement » ?
ABOUBACAR SYLLA : Jean Marie Doré parle pour lui-même ! Depuis que le collectif et l’ADP ont fait ensemble une déclaration conjointe lue au ministère de l’administration du territoire lors d’une journée de dialogue qui avait été organisée par ce département, depuis ce jour là l’ADP n’a eu aucun contact avec les autorités.Puisque ces contacts étaient subordonnés à la levée des deux préalables que les deux groupes politiques avaient présenté dans le cadre de cette déclaration, à savoir la libération des prisonniers détenus à l’occasion de la marche du collectif du 27 septembre et le gel total des activités de la CENI jusqu’à l’aboutissement du dialogue. Au jour d’aujourd’hui ces deux préalables n’étant pas entièrement levés il n’était pas question pour l’ADP d’aller autour d’une table de négociation à moins de se dédire. Donc Jean Marie Doré a parlé pour lui-même, il ne parlait pas pour l’ADP. Ceci dit M. Jean Marie Doré depuis une quinzaine de jours avait décidé de quitter l’ADP, nous lui avons répondus que comme l’ADP n’est pas une structure informelle, c’est une alliance politique qui est régie par un protocole d’entente, qui est signé en bonne et dû forme et paraphé par les six leaders politiques membres de cette alliance et que pour quitter une telle alliance, le minimum de courtoisie et de logique voudraient quand même qu’on adresse un courrier à l’alliance pour formaliser de départ.
AFRICAGUINEE.COM : Vous pouvez donc nous confirmer qu’il a complètement quitté l’ADP ?
ABOUBACAR SYLLA : Absolument ! Il me l’a confirmé mais jusqu’à maintenant il n’a adressé aucun courrier à l’ADP et chaque fois il me l’a promis mais je ne l’ai toujours pas vu. Mais il a affirmé publiquement à la télévision qu’il n’est plus membre de l’Alliance, ce que nous savions déjà puisqu’il ne participait plus à nos réunions.
AFRICAGUINEE.COM : Est-ce que M. Jean Marie Doré vous a donné les raisons de son départ de l’ADP ?
ABOUBACAR SYLLA : La seule raison qu’il m’ communiquée verbalement c’est notre proximité à son avis avec le collectif. Il estime que notre alliance devait prendre toutes ses distances avec le collectif des partis politiques pour la finalisation de la transition au sein duquel il estime qu’il y a des partis extrémistes. Pour lui l’UPG serait est un parti centriste et qu’il n’est donc pas possible pour lui de s’asseoir autour de la même table que des partis qu’il considère comme n’étant pas de la même obédience que lui.
AFRICAGUINEE.COM : Est-ce un signe de division qui s’annonce au niveau de l’opposition en général et au niveau de l’ADP en particulier ?
ABOUBACAR SYLLA : Vous savez que M. Jean Marie Doré est coutumier des faits. Il n’est jamais resté dans une alliance à laquelle il a appartenu dans le passé. Il a pratiquement figuré dans toutes les alliances qui ont été créées en Guinée. Nous qui avons suivi l’histoire politique de ce pays nous le savons. Donc le départ de M. Jean Marie Doré peut ne gênera en rien l’évolution de l’ADP, au contraire, ceci permet de clarifier les choses, de renforcer le personnalité de l’Alliance et de donner plus de lisibilité à notre action. Nous sommes persuadés que notre alliance va continuer à aller de l’avant en se fortifiant par l’implantation des partis qui en sont membres, par la qualité des hommes qui la composent ainsi que par leur l’imagination, leur ouverture d’esprit et leur aptitude à réunir et à convaincre.
AFRICAGUINEE.COM : Est-ce qu’on peut s’attendre un jour à une fusion collectif-ADP ?
ABOUBACAR SYLLA : Une telle fusion n’est pas possible parce que l’ADP est une alliance politique qui va évoluer probablement vers une alliance électorale. Le collectif est juste un regroupement circonstanciel de partis qui se retrouvent de façon conjoncturelle pour discuter des questions de finalisation de la transition. Donc il ne s’agit pas du même type d’organisation. Par contre des éléments du collectif peuvent parfaitement venir adhérer à l’ADP dans le cadre d’une alliance politique ou électorale pour autant qu’ils en remplissent les critères d’admission. Il n’y a pratiquement aucune incompatibilité.
AFRICAGUINEE.COM : Mardi dernier vous avez interpellé le gouvernement sur l’augmentation des prix des produits pétroliers sans mesure d’accompagnement vis-à -vis des populations. Concrètement qu’est ce que vous attendez des autorités actuelles du pays ?
ABOUBACAR SYLLA : Disons que cette augmentation des prix des produits pétroliers a été présentée par le gouvernement comme une fatalité, comme si c’était une mesure qui ne dépendait pas du gouvernement.Une mesure dans laquelle le gouvernement n’avait aucune responsabilité et que c’était des facteurs exogènes qui dictaient cette augmentation du prix des hydrocarbures. Ce qui est absolument faux ! il n’ y a pas eu de hausse importante des cours mondiaux de pétrole, il y a plutôt eu une inflation qui se maintient à un niveau élevé en Guinée et qui fait que le franc guinéen ne parvient pas à s’apprécier par rapport aux devises étrangères et c’est ce qui oblige le gouvernement à augmenter le prix des hydrocarbures pour mettre ce prix à peu près au niveau de celui pratiqué dans les pays limitrophes, limiter de cette façon non seulement les hémorragies financières en Guinée mais aussi l’exportation frauduleuse du carburant. C’est tout simplement parce que jusqu’au jour d’aujourd’hui l’inflation se maintient entre 20 et 22% ,c’est le fait d’avoir encore une inflation à deux chiffres un an après l’investiture du nouveau président de la république que le Gouvernement s’est vu obligé de réajuster les prix à la pompe des produits pétroliers. Aucun effort sérieux n’a été fourni, aucun résultat n’est obtenu sur le terrain de la lutte contre l’inflation, d’où l’incapacité du gouvernement à gérer cette inflation, à raffermir le franc guinéen et à nous sortir de cette spirale de hausse continue des prix. Donc nous estimons que la responsabilité n’est pas qu’externe, elle est surtout due à la mauvaise gouvernance économique à l’intérieur du pays. Ceci dit nous avons déploré qu’aucune mesure, pas la moindre n’ait été prise pour pouvoir atténuer l’impact négatif de cette hausse sur le pouvoir d’achat sur les populations guinéennes en particulier sur le pouvoir d’achat sur les fonctionnaires d’Etat puisque c’est là que l’Etat a la possibilité de prendre des dispositions qui peuvent impacter directement sur le niveau de vie de ses employés. Aucune mesure n’a été prise dans ce sens et on n’a même pas daigné attendre qu’une société de transport public digne de ce nom s’installe en Guinée pour augmenter ces prix des hydrocarbures en sachant très bien que cette augmentation allait avoir une répercussion catastrophique sur les couts de transport et sur les prix pratiqués dans tous domaines en République de Guinée.
AFRICAGUINEE.COM : Quelle est votre réaction après le choix porté sur Ibrahima Kassory Fofana comme tête de liste de votre région la basse côte ?
ABOUBACAR SYLLA : Je sais que cela a provoqué une grande levée de boucliers. Je sais que plusieurs organisations qui se réclament également être des coordinations régionales de la Basse Guinée se sont opposées à ce choix et nous en tant que Union des Forces du Changement, nous avons réservé notre opinion à la consultation de notre base. A l’UFC les décisions importantes sont toujours prises par voie démocratique après consultation de la base ou des responsables politiques. Nous allons incessamment tenir une réunion à Conakry à laquelle nous ferons participer les principaux responsables de toutes les fédérations de l’UFC à Conakry et à l’intérieur du pays et à cette occasion nous discuterons de cette question importante et d’autres. En cette occasion nous essayerons de parvenir sur ce sujet à un consensus qui va être la position du parti par rapport à cette importante question.
AFRICAGUINEE.COM : Un dernier mot…
ABOUBACAR SYLLA : Mon dernier mot c’est que j’espère vivement que le vrai dialogue qui était en cours de préparation et qui devait grâce à la levée des préalables figurant dans la déclaration conjointe ADP-Collectif s’ouvrir avec la participation de toute l’opposition d’une part et d’autre part des autorités en gestion du processus électoral. Nous espérons vivement que ce vrai processus va aller à son terme et ne pourra pas être torpillé par cette initiative de dernière minute qui risque de brouiller les pistes, de diviser l’opposition politique et de permettre ainsi à un système contre lequel nous nous battons de s’installer de façon définitive, bref nous amener à des élections législatives dont les résultats ne refléteraient pas les suffrages exprimés par les guinéens. J’espère de tout mon cœur que cette manifestation qui vient de se dérouler va permettre au contraire à rapprocher les idées, d’ ouvrir les cœurs des uns vis-à -vis des autres et de permettre aux guinéens de s’asseoir autour d’une table pour pouvoir décider de l’avenir politique de leur pays.
INTERVIEW REALISEE PAR SOUARE Mamadou Hassimiou
Chef de Bureau AFRICAGUINEE.COM
Guinée-Conakry
Tél. : (224) 62 65 75 74/ 60 36 80 12
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  Rubrique: Interview  date: 19-Nov-2011 à 13:12:21  Partager:   :  |
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