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L'Afrique du Sud se cherche en renommant ses rues
Depuis 10 ans la jeune nation sud-africaine tente de se construire une nouvelle identité. Le changement de noms de rues ou de lieux faisant référence au régime de l'Apartheid fait partie intégrante de ce processus long et controversé.
Depuis un an, "Johannesburg" a disparu des panneaux d'affichage de tous les aéroports de la planète. L'aéroport a en effet été rebaptisé O. R. Tambo International, du nom d'un ancien président de l'ANC (Congres National Africain). Une décision qui a créé une confusion de courte durée à l'étranger, mais qui cache un processus de grande ampleur en Afrique du Sud..
Depuis 1998, toute municipalité qui le désire peut proposer de renommer une rue, une place, un quartier voire une montagne ou une rivière. Il existe trois raisons majeures pour lesquelles un nom est susceptible de changer : s'il représente une déformation dun nom africain traditionnel, s'il est offensant pour une partie de la population ou s'il est directement lié au régime colonial. La décision doit ensuite être approuvée par le Conseil sud-africain des noms géographiques qui, depuis 2000, a accepté près de 900 changements. Ainsi, le village de Bolotwa dans la région du Cape Est a retrouvé son orthographe originelle de Bholothwa et le très embarrassant lieu-dit Kaffirskraal (le village des nègres) a été renommé.
La capitale, Pretoria (du nom du colon afrikaner Andries Pretorius) attend toujours dêtre rebaptisée Tshwane, du nom d'un chef précolonial qui signifie "Nous sommes semblables". Le débat fait rage entre défenseurs afrikaners de Pretoria, un nom qui fait partie de leur patrimoine, et partisans de Tshwane. Le ministre de la Culture a déjà repoussé plusieurs fois l'annonce officielle alors que la municipalité a déjà pris illégalement les devants en installant des panneaux Tshwane flambant neufs.
A Durban (3e ville du pays) le débat est plus politique que culturel. Des milliers de militants de l'Inkhata Freedom Party sont descendus dans la rue en mai dernier pour refuser que l'autoroute Mangosuthu Buthelezi (l'actuel président de l'IFP) soit rebaptisée. Selon une représentante locale de l'IFP, "les changements de noms n'ont rien à voir avec la volonté de se débarrasser des icônes de l'apartheid". Pour elle comme pour différents partis dopposition, l'ANC tente avant tout de "réécrire l'histoire" en privilégiant les candidatures de noms d'hommes politiques ou héros du Parti.
L'argument économique est également mis en avant par l'opposition qui estime que ces opérations souvent coûteuses (environ 20 par panneau signalétique) sont des dépenses superflues. "Il est plus facile d'apposer des plaques toute neuves sur nos écoles et cliniques délabrées plutôt que d'en construire de nouvelles", a récemment déclaré Tony Léon, l'ancien président du parti Alliance démocratique.
Pour Ciraj Rassool, professeur d'histoire à l'Université du Cape occidental, les arguments économiques et politiques doivent être dépassés : "Le changement des noms est un processus indispensable pour la construction de notre identité nationale, mais cela prendra du temps." C'est aussi l'avis de Paulos Nkomo, photographe du collectif Imguve, qui présente actuellement une exposition intitulée "N'habite plus à cette adresse", sur ce processus à Durban. "C'est bizarre, dit-il, mais je me sens mieux dans certaines des rues que j'ai photographiées depuis qu'ils ont changé les plaques !"
Le photographe a travaillé principalement dans Point Road, rebaptisée "Mahatma Gandhi" au grand dam de la communauté indienne car cette artère bruyante sert de refuge à beaucoup de prostituées et de sans-abri du centre de Durban. Paulos a peu à peu détourné son objectif des panneaux pour se concentrer sur les occupants de la rue. "Pour moi, cela fait sens de donner à cette rue le nom d'un grand homme qui s'est battu contre la pauvreté. Je suis sûr que ça va pousser les gens dici à essayer de s'en sortir."
Mémoire et patrimoine
Ce processus ne laisse personne indifférent puisqu'il touche à la mémoire et à l'histoire d'une nation hier divisée qui cherche encore son identité. Ainsi, dans le township de Gugulethu, la municipalité a pour projet de rebaptiser une série de route appelées NY, pour Native Yard, terme péjoratif utilisé sous l'Apartheid pour décrire les quartiers noirs. Si les habitants ne sont pas opposés au changement, ils craignent cependant que s'envole avec le nom une partie de leur passé, même douloureux, et donc de leur identité, affirme Chloé Buire, auteur d'un mémoire de géographie humaine sur les townships du Cap. "Mes enfants ont besoin de savoir ce qu'étaient les NY, affirme Siganda, habitante du quartier. NY 24, cest le nom de la rue de ma mère."
Au-delà des noms de rue, c'est tout un patrimoine qui est en jeu. De nombreuses initiatives ont récemment vu le jour pour célébrer et rendre visible l'histoire douloureuse du pays. Pour son 100e anniversaire, le journal Sunday Times a installé à travers le pays, 40 oeuvres d'art commémorant son histoire récente. Au Cap, deux bancs avec les inscriptions White only et Non white only ont été installés en pleine rue dans le centre-ville en souvenir de la législation raciale sous l'Apartheid. Aujourd'hui, ils accueillent indifféremment écoliers, touristes ou personnes âgées de toutes couleurs.
Clémence Petit-Perrot
Source: Syfia, partenaire de Africaguinee.com
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  Rubrique: News Afrique  date: 14-Nov-2007 à 23:09:14  Partager:   :  |
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