B.C, 34 ans : "Comment ma vie a basculé avec le SIDA…"

Guinée
Image d’illustration
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CONAKRY- Ce 1er décembre 2022 marque la 34ème journée mondiale de lutte contre le Sida. En Guinée, selon les statistiques fournies par les autorités, plus de 113 000 personnes vivent avec le VIH/SIDA.

A l’occasion de cette journée, votre quotidien en ligne a recueilli le témoignage d’une jeune femme qui vit avec VIH/SIDA depuis 5 ans. Nous la surnommons B.C, âgée de 34 ans aujourd’hui. Elle était à la fin de son cycle universitaire en 2017 dans la ville de Kindia quand elle a contracté le VIH. Cette jeune dame faisait partie d’un groupe qui aide à organiser des séminaires et des ateliers de formation dans la cité des agrumes.

Elle jouait le rôle d’hôtesse dans certaines cérémonies. Dans ses activités fréquentes dans cette région cosmopolite, B.C rencontre un homme porteur du VIH qui, à ses yeux était au-dessus de tout soupçon. Avant, cette fille ne croyait pas trop en l’existence de cette maladie à plus forte raison la contracter un jour.Africaguinee.com l’a interrogée. B.C partage son expérience dans l’espoir de sauver d’autres.

« C’est en 2017 que je me suis rendue compte que je suis séropositive. Tout au début, j’avais réfuté les résultats du diagnostic. C’est à la longue que je suis arrivée à la conclusion que je suis séropositive avec les signes. Pour revenir sur mon histoire, c’est à l’occasion d’un atelier de formation tenue à Kindia.  Il y avait des participants venus de tout le pays. Le plus grand nombre venait de Conakry. J’ai noué une relation avec homme adulte pendant les 5 jours de formation. Une relation qui a continué après la formation. Parce qu’il venait certains week-end à Kindia, et il m’a invité souvent à Conakry. C’est dans cette relation que j’ai été contaminée par le VIH. Il a fallu des mois pour que je me rende compte. J’étais dans mon village d’origine pour une cérémonie familiale quand la maladie a commencé à se manifester par un rhume. C’était sur le chemin de retour à Kindia à la veille de nos remises de diplômes de fin cycle. J’ai difficilement participé aux festivités. Le rhume s’est aggravé. Comme d’habitude, j’ai pris des calmants pensant que ça va se régler. Je ne pouvais pas imaginer que c’était plus grave tout ça.

J’ai perdu ma vie, ma vie n’a pas plus de sens (larmes)…

Au fur et à mesure que les jours passaient, je me sentais affaiblie. Voisine à un jeune médecin, je me suis confiée à ce dernier. Je lui ai décrit les signes. Il m’a conseillé de faire des examens en labo. Mais lorsqu’il me donnait ce conseil, c’est comme s’il a vu des choses qu’il ne voulait pas me dire directement. Je suis allée dans un centre où ils m’ont fait un prélèvement. Je suis venue prendre le résultat le lendemain, mais je ne pouvais l’interpréter. Le laborantin m’a dit de le donner au médecin. Quand le médecin a vu le résultat, après un moment de réflexion, il me dit qu’il préfère que j’aille dans un autre centre de dépistage et que ce n’est pas payant. Je suis partie avec une camarade.  

C’est trois jours après qu’ils m’ont dit de partir chercher le résultat. Je ne pouvais pas imaginer un seul jour que c’est le VIH. Ici, on me dit qu’ils préfèrent que je sois seule sans accompagnant parce que ça y va de mon intérêt. Après on me dit si j’ai quelqu’un ou un proche qui peut bien m’expliquer certaines choses ou à qui je peux me confier ? Je leur réponds : vous êtes mieux placés expliquez-moi de quoi il s’agit. C’est quand j’ai trop insisté qu’on m’a fait savoir de quoi il s’agit. Mais avant le médecin a fait assez de tournures pour me rassurer en me disant :  tout ce qui vous arrive dans la vie, il faut accepter. L’important c’est de ne pas être affecté, mais de tenir le coup. Il dit c’est Mme ou Mademoiselle ? Je réponds.

 Il rajoute encore : chacun d’entre nous a une maladie qu’il gère à vie, que c’est rare de voir un citoyen qui ne vit pas avec une plainte liée à la santé. Le mot SIDA ne venait toujours pas. Il me parle de diabète, d’hypertension en précisant que les porteurs de ces maladies vivent des décennies sans problèmes avec le suivi d’un traitement à vie sans arrêt. Même des sidéens sont partout aujourd’hui, avec les ARV (antirétroviraux), tu ne peux pas sentir en eux s’ils ne te le disent pas. Il poursuit en disant que d’ailleurs les sidéens suivent des soins gratuits avec une prise en charge de l’Etat et les partenaires et que personne ne s’en inquiète contrairement aux diabétiques et aux hypertendus qui se prennent en charge. C’est après tout qu’il me dit que je suis séropositive du Sida (larmes NDLR). Il m’a montré une longue liste des personnes qui se traitent contre le VIH.

Prédestinée à tout sauf au Sida

Je lui ai dit que ce n’est pas vrai, je suis prédestinée à tout sauf au Sida. Je lui ai dit que je ne suis pas prostituée, je ne vends pas mon corps. Je ne me livre pas à n’importe qui, qu’il doit cesser de rêver. D’explications en explications, avec lui nous avons remonté mes relations. Il me dit que ton partenaire s’il est seul, tu dois le vérifier avec lui. Je lui ai dis-lui c’est un homme très propre et de la grande classe et bien responsable. Il me dit que c’est avec ce dernier que je dois vérifier ça dans l’intimité en attendant il me conseille de prendre les rétroviraux sans crainte. J’ai profité de mon retour à Conakry auprès de la famille, avec le conseil du médecin à Kindia, j’ai expliqué à mon partenaire que je compte faire un test avec lui.

Lui aussi n’a pas refusé, selon ce que j’ai compris il ne savait pas aussi qu’il était séropositif mais ce n'était manifesté encore chez lui mais les résultats se sont avérés positifs. Vous savez on peut contracter la maladie et vivre longtemps sans que cela ne se manifeste chez certains alors d’autres c’est dès le début. Mon cas par exemple c’est après 9 mois seulement de relations, alors que lui-même après il n’avait rien senti. Pour le moment nous sommes là, on suit le traitement dans la clandestinité de peur d’être stigmatisé dans la société.

Mon partenaire ne vit pas avec sa femme et ses enfants, depuis 2010, ils sont en séparation de corps. Nous avons accepté ce qui nous est arrivé.  J’ai expliqué cela pour sauver la société du VIH. C’est plein partout. Si nous ne pouvons pas être fidèle, protégeons-nous. Évitez de faire confiance aux gens à la première rencontre(larmes). Voici comment ma vie a basculé », raconte B.C.

Des chiffres en hausse à Kindia

Docteur Mamadou Houdy Bah, inspecteur régional de la Santé de Kindia a confié à Africaguinee des chiffres inquiétants.

 « 2400 malades étaient répertoriés et suivi à Kindia. Présentement, c’est 718 malades qui sont sur la file active. Cela veut dire que ce sont les 718 qui viennent régulièrement se traiter et prendre leurs dotations en médicaments. Les autres parmi les 2400 certains ont transféré vers Conakry. Il y a aussi des cas de décès aussi. Étant proche de Conakry, beaucoup préfèrent se rendre dans la capitale pour se faire traiter. Ce qui fait que nous n’avons pas la situation au total ici sur le taux de prévalence », précise l’inspecteur régional de la santé de Kindia.

 

Alpha Ousmane Bah

Pour africaguinee.com

Tel. (+224) 664 93 45 45

Créé le Jeudi 01 décembre 2022 à 12:47

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