Guéasso : Quatre agents pour sécuriser 34 000 habitants… "même une bicyclette nous n'avons pas ici"

Reportage
Marché central de Guéasso
Marché central de Guéasso

LOLA-La sous-préfecture de Gueasso, la plus grande de Lola souffre le martyr. Cette localité où l’élevage et l’agriculture sont les deux principales activités des populations, manque presque de tout. 

Située à la frontière Guinéo-ivoirienne, cette zone distante de 60 km du chef-lieu de Lola ne compte de nos jours que deux (2) gendarmes et deux (2) policiers pour sécuriser une population de 34 348 habitants avec une superficie de 975km².

Le local qui abrite la gendarmerie et la police se trouve dans un état piteux. Pire, les agents ne disposent d'aucun moyen de déplacement pour effectuer une quelconque opération. Reportage de notre correspondant dans la région de N’Zérékoré.

"Gueasso est la sous-préfecture la plus vaste à Lola. Mais en matière de sécurité, ce n'est pas facile alors que nous sommes à la frontière. Même une bicyclette, nous n’avons pas. Il n’y a aucun moyen de déplacement. Quand nous voulons effectuer des missions, il faut qu'on déplace les taxis moto. En deuxième lieu, vous-mêmes vous voyez nos bureaux, vous voyez comment nous sommes. Ici, je suis avec un margis-chef plus mes bénévoles. Il y a deux gendarmes et deux policiers. Nous sommes en manque d'agents. Je demande aux autorités de nous venir en aide pour avoir les moyens de déplacement, rénover le bureau et augmenter le nombre d’agents", lance Commandant Mossou Vouloir, commandant de la brigade frontalière de la gendarmerie de Gueasso.

Créée en 1978, la sous-préfecture de Gueasso était un ancien canton à l'époque coloniale. Sa population vit principalement d'agriculture. Malheureusement la production a considérablement diminué à cause dit-on de l'effet des herbicides abusivement utilisés par les agriculteurs. Plus dramatique, l’eau se trouve polluée par ces produits toxiques. Récemment d’ailleurs, Gueasso a été touchée par le choléra, une épidémie qui avait fait plusieurs victimes.

« Notre principale activité, c'est l'agriculture. Mais nous n'avons vraiment pas de moyens. Si on pouvait avoir des tracteurs, Gueasso pouvait ravitailler toute la préfecture en denrées. Mais l'usage abusif des herbicides a gâté le sol, la terre ne donne plus comme avant. Nous cultivons du riz, du manioc, du maïs, du taro », explique Ibrahima Diawaty Doré, maire de la commune rurale Gueasso. 

La sous-préfecture de Gueasso est également confrontée à d’autres difficultés, liées notamment au manque d'infrastructures routières, le manque d'eau potable, mais aussi le manque de personnel médical et d'enseignants de qualité. 

"Nous avons des difficultés en matière d’infrastructures routières, scolaires et hospitalières.  Le personnel enseignant et soignant est insuffisant. Le plus compliqué, c’est la problématique de l’eau. L’eau que nous sommes en train de consommer n’est pas potable. Nous sommes conscients qu’elle va nous créer des problèmes dans le futur. Aujourd'hui l'herbicide a été utilisé partout. L'eau est polluée. Nous sommes en manque criard de forages. Dans 40 secteurs, c’est seulement six (6) ont des forages.

Cela constitue une source des maladies. Les forages étaient annoncés ici avec l'appui de la BID (Banque Islamique de Développement), nous ne savons pas pourquoi ça n'a pas vu jour alors que tous les documents ont été établis. Soudain, le projet a été arrêté, nous ne savons pas pourquoi.

En plus l'enseignement souffre beaucoup. A Gueasso, l'éducation est prise en charge à 50% par la communauté. Parce que les enseignants qui sont là, beaucoup sont des contractuels. Ils sont financés par la communauté. Mais tous les bons enseignants ont quitté", se plaint le maire.

A Gueasso, certaines femmes en état de grossesse parcourent des kilomètres à bords de motos pour bénéficier des soins appropriés. Interrogé, Dr Lucien Lamah, explique les difficultés auxquelles son service est confronté.

« Nous ne faisons pas la chirurgie ici. Je suis le seul titulaire. Si ce n'est pas parce qu'il y a des stagiaires, je ne peux rien moi seul. Quand il y a des cas de complication, je réfère la personne (à Lola). Et il y'a un problème d'ambulance pour transporter les cas compliqués. L’autre facture, les gens n’ont pas de moyens. En plus, nous sommes dans l'obscurité ici. On utilise des torches pour faire les soins. Nous avons 12 panneaux installés mais les batteries sont grillées. Elles ne fonctionnent plus. Le plus compliqué dans tout ça, nous n'avons pas d'eau au centre ici », déplore Dr Lucien Lamah, chef de centre de santé de Gueasso. 

De retour de Gueasso,

SAKOUVOGUI Paul Foromo

Correspondant régional d'Africaguinee.com

A Nzérékoré.

Tél : (00224) 628 80 17 43

Créé le Vendredi 09 septembre 2022 à 14:01