Doumbouya au Pouvoir : Des "tops et flops" d’une année de gestion

Guinée
Colonel Mamadi Doumbouya, président de la transition guinéenne
Colonel Mamadi Doumbouya, président de la transition guinéenne

CONAKRY-Il y a un an jour pour jour, le colonel Mamadi Doumbouya, déposait Alpha Condé, arrivée au pouvoir en 2010, puis réélu deux fois à la tête de la Guinée. Justifiant ce putsch, l’ancien commandant du Groupement des Forces Spéciales (GFS), invoquait les tares qui minaient le régime en place, jugé autoritaire. Parmi elles, le pourrissement de la situation sociopolitique du pays, le disfonctionnement des institutions républicaines, l’instrumentalisation de la justice, le piétinement des droits des citoyens, l’irrespect des principes démocratiques, la politisation à outrance de l’administration publique, la gabegie financière, la corruption…etc. Quel bilan faut-il dresser de ces 365 jours de gestion ?

En effet, il faut dire que l’arrivée de Mamadi Doumbouya au pouvoir a été applaudie par l’écrasante majorité des guinéens. Son discours, ses premiers actes ont rassuré une bonne partie de ses compatriotes, exaspérés par des années de crises sur fond de violences et de morts. Parmi ces actes salués dès les premières heures de sa prise du pouvoir, il faut noter la libération des prisonniers politiques, la démilitarisation de l’axe, la levée des restrictions de mouvement qui frappaient certains hommes politiques, l’ouverture des sièges des partis politiques qui étaient fermés. Ces actions ont largement contribué à apaiser les cœurs de ces guinéens qui languissaient de chagrin dû à l’emprisonnement des leurs.

L’autre fait marquant de l’arrivée du CNRD au pouvoir et qui mérite d’être mentionné, c’est bien entendu la réouverture des frontières guinéennes qui étaient fermées avec certains pays voisins. Notamment le Sénégal, la Sierra Léone. Cette fermeture avait étouffé l’économie et contribué à aggraver la paupérisation. Plusieurs opérateurs économiques ont vu leur activité tomber en berne. La réouverture des frontières a été un ouf de soulagement pour cette autre catégorie des guinéens.

Après avoir prêté officiellement serment le 01er octobre 2021, en tant que président de la Transition, Mamadi Doumbouya a ouvert plusieurs chantiers placés sous le prisme de la refondation de l’Etat. Lutte contre les crimes économiques, récupération des domaines de l’Etat, réconciliation nationale, infrastructures etc. Mais avant, il a proposé une Charte concoctée unilatéralement par le CNRD, texte qui sert de Constitution, pendant la Transition. S’en suivent la mise en place du Gouvernement et du CNT (conseil national de Transition), organe législatif de la Transition.

Depuis, plusieurs actions, quelquefois controversées, ont été entreprises par la junte pour donner corps aux engagements pris. L’un des faits saillants de cette dynamique, il faut bien entendu noter la mise en place d’une Cour Anti-Corruption, la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF). Cette juridiction spéciale a lancé une vaste opération mains-propres, visant des cadres considérés comme présumés fossoyeurs des deniers publics. Dans ce cadre, plusieurs anciens dignitaires, accusés de détournement de deniers publics, ont été arrêtés et inculpés. Une dizaine d’entre eux sont incarcérés encore à date sans jugement. Mais les actions de cette Cour, aujourd’hui accusée par certains d’être instrumentalisée, ont été écornées notamment par la mort en détention de Lounsény Camara. Dans le même sillage de la lutte contre l’impunité, la junte a ouvert un autre front à travers l’ouverture des enquêtes sur les crimes de sang commis sous le régime d’Alpha Condé. Mais sur front, il n’y a pas d’avancées significatives. Certains parlent même d’effet d’annonces.

En venant au Pouvoir, Mamadi Doumbouya avait promis que la justice allait être la boussole qui guidera l’action de chaque citoyen. Cette promesse a-t-elle été tenue ? NON, dirait-on, sinon, pas comme les guinéens l’attendaient. Plusieurs décisions prises par la Junte trahissent cet engagement. C’est notamment le cas de la récupération des domaines de l’Etat lancée sur des chapeaux de roues. Cette opération a fait couler beaucoup d’encres et de salives. En raison, en partie, de son caractère, souvent jugé, expéditif et surtout exécuté alors que dans certains cas, des procédures judiciaires étaient en cours. Le cas de la démolition de la maison de Cellou Dalein Diallo en est un exemple frappant.

L’autre flop du CNRD, qu’il faille mettre en exergue est bien entendu la restriction des libertés. En mai dernier, au mépris de l’article 8 de la charte de la transition, les autorités de la transition ont pris une décision unilatérale d’interdire les manifestations. Cette décision a exacerbé les tensions dans le pays. Le point d’orgue de cette montée des tensions est la reprise des manifestations, fin juillet dernier. Comme au temps d’Alpha Condé, cette manifestation a été réprimée dans le sang. Déjà huit morts sont signalés alors que certains acteurs de la société civile et un cadre d’un parti politique sont incarcérés depuis début août à Conakry. Le climat de défiance et de méfiance actuel est similaire à celui d’avant le coup d’Etat du 05 septembre.

Les défenseurs des droits dénoncent des arrestations extra-judiciaires et des expéditions punitives dans des quartiers réputés favorable à la contestation anti-junte. L’autre ratée, sinon, l’autre promesse non tenue par le CNRD, c’est celui de fédérer les guinéens autour du chantier devant aboutir à la réconciliation nationale.

Les nouveaux hommes forts du pays ont entrepris des actions solitaires, prenant des décisions clivantes. Conséquence, ils ont contribué à réveiller les mauvais souvenir du passé.  La rebaptisation de l’aéroport de Conakry du nom du premier président Ahmed Sékou Touré fait partie de ces actions. Cette action a provoqué une déchirure profonde. La junte s’est mise à dos d’une bonne partie des guinéens, victimes de la répression du premier régime. De sorte que les assises nationales sensées réconcilier les guinéens, n’ont été qu’en réalité une « mascarade », parce que boudées par une bonne partie des guinéens.

Après un an d’exercice, tout n’est certes pas noir, mais tout n’est pas non plus rose. A écouter l'avis du citoyen lambda, préoccupé par le coût de la vie devenu de plus en plus cher, un sentiment se dégage. La désillusion. Un an après la chute d’Alpha Condé, la Guinée est toujours dans une situation d’incertitude, engluée dans la crise. Nul ne sait ce que l’avenir réserve au pays.

Focus Africaguinee.com

Créé le Lundi 05 septembre 2022 à 18:35