Mohamed Tall prévient : "Aujourd'hui c'est la survie du pays qui est en jeu…"

Guinée
Mohamed Tall
Mohamed Tall

CONAKRY-Le Directeur de Cabinet de Sidya Touré, Président de l'UFR -Union des Forces Républicaines- est inquiet de la tournure que prend la transition en cours en Guinée. Dans cet entretien accordé à Africaguinee.com, Mohamed Tall livre son analyse sur les sujets brûlants de l’actualité sociopolitique du moment, marquée par la dissolution du FNDC et des arrestations.

AFRICAGUINEE.COM : Quelle est votre réaction par rapport à la décision du gouvernement annonçant la dissolution du FNDC ?

MOHAMED TALL : C'est une décision assez surprenante parce que ce genre de plate-forme n’est pas une première en Guinée. On a connu ce genre de plate-forme au temps du feu Général Lansana Conté. En 2006, lorsqu'on a créé les forces vives, c'était au palais du peuple, je rappelle que c'est un Général qui était au pouvoir à l'époque. Mais ces forces vives n'ont jamais été dissoutes. C’est pareil avec la création du FNDC sous Alpha Condé, pour lutter contre le troisième mandat. Ça n'a jamais été dissout non plus. Cette plate-forme est composée d'entités légalement constituées qui agissent en toute légalité dans la revendication de leur droit.

Mais en réalité, la tendance actuelle est très inquiétante dans la mesure où nous constatons un rétrécissement des espaces de liberté. La junte en place veut faire taire à l'évidence toute voix discordante. C'est d'autant plus surprenant que c'est une période de transition. Et qui dit transition dit une période de recherche de consensus pour essayer de fixer les règles ensemble pour sortir de la transition. Il faut l'écourter le maximum possible, et la manière de conduire une transition apaisée, c'est de rechercher le consensus. 

Est-ce que vous allez vous soumettre à cette décision ?

Nous avons constitué le volet politique du FNDC. Et comme le disent les acteurs pro démocratie, le FNDC ne peut pas être dissout. C'est un état d'esprit. C'est une structure qui bénéficie d'une très grande légitimité populaire. Et je précise que c'est une première en Guinée. Cette décision s'inscrit à la suite d'une série d’actes visant à faire taire les voix discordantes..

L’ancienne résidence de Sidya Touré a été attribuée au Bureau Guinéen du Droit d'auteur. Comment réagissez-vous ?

C'est une décision très regrettable. Elle est d'autant regrettable que l'affaire est pendante devant la justice. Cette même justice avait été déclarée le 5 septembre dernier par le Président du CNRD le colonel Mamadi Doumbouya, comme étant la boussole de la transition. Sur ce coup aussi, je suis désolé de constater qu'on a maltraité la boussole. J'espère que les autorités vont se ressaisir et inscrire leurs actions dans le cadre de la légalité.

Le secrétaire exécutif de l'UFR est détenu depuis le 1er août dernier. Comment comprenez-vous cette arrestation ?

C’est une situation révoltante. Saikou Yaya, Foniké et Ibrahim ont été simplement victimes de l’arbitraire et je pense que de telles pratiques ne pourront qu’attiser des tensions en réveillant des rancœurs. Nous demandons la libération sans condition de personnes arbitrairement arrêtées. Franchement, au vu des agissements du CNRD, on est en droit de se poser des questions sur ses véritables intentions

Face aux agissements de la junte que vous dénoncez, que doivent faire les acteurs politiques à votre avis ?

Aujourd'hui, c'est la survie du pays qui est en jeu. Le problème n'est pas d'ordre politique exclusivement. L'ensemble des guinéens qui souhaitent l’instauration d’une démocratie véritable dans notre pays, qui soit capable de garantir les droits humains et les libertés de chacun, tous ces guinéens-là devraient se mobiliser. La meilleure manière de le faire en Guinée, c'est de renouer avec le processus du retour de l'ordre constitutionnel. Parce que ce sont les institutions légitimes qui fonctionnent régulièrement, qui sont aptes à défendre et à protéger les libertés et les droits de chacun. 

Entretien réalisé par Siddy Koundara Diallo 

Pour Africaguinee.com 

Tel: (00224) 664 72 76 28

Créé le Jeudi 11 août 2022 à 2:50