Bah Oury "désapprouve" la démarche du Fndc : "Il doit avoir une attitude de neutralité..."

Guinée
Bah Oury, leader de l'UDRG
Bah Oury, leader de l'UDRG

CONAKRY- Bah Oury, ancien ministre de la réconciliation nationale vient d'interpeller le FNDC (Front national pour la défense de la Constitution) qui appelle à des manifestations à partir du 28 juillet prochain.

Le leader du parti UDRG demande aux dirigeants de ce mouvement citoyen qui veut porter le flambeau pour un retour à l’ordre constitutionnel, d’adopter une attitude de neutralité par rapport aux enjeux politiques en cours.  Il a répondu aux questions d’Africaguinee.com.

AFRICAGUINEE.COM : Le FNDC qui appelle à de nouvelles manifestations dans le pays a obtenu le soutien de plusieurs formations politiques dont l’UFDG, l’UFR, le RPG arc-en-ciel. Comment comprenez-vous cette vague de solidarité contre la junte ?

BAH OURY : Je considère que ceci confirme que la motivation essentielle n'est pas liée fondamentalement à la question de la transition politique. Pour la plupart, ces forces sont gênées par l'action de la CRIEF (Cour de Répression des Infractions économiques et financières). Et, le RPG a eu l’honnêteté de le dire ouvertement en demandant la libération de ses responsables en détention préventive et l’arrêt des travaux de la Crief. Ça a le mérite de la clarté.

Mais comme vous le savez, c'est difficile pour la Guinée de fermer les yeux sur plusieurs années de détournement des deniers publics. Ce ne sont pas seulement les personnes incriminées ou interpellées actuellement qui posent problème. Il faut que la Guinée fasse la rupture avec cette culture de mauvaise gouvernance, cette culture d'accaparation des deniers publics et de la confiscation du patrimoine public.

Si on ne lutte pas contre ça avec efficacité, cela veut dire qu'on sacrifie l'avenir alors qu’on a déjà sacrifié le passé et une bonne partie du présent. Donc, c'est une question de salubrité publique et d'un devoir public que la question d'une meilleure gestion des affaires du pays soit la priorité des priorités.  Cela passe par la sanction des déviations qui ont eu lieu par le passé. C'est la seule manière d’empêcher les nouveaux dirigeants de commettre les mêmes dérives. 

Mais le FNDC qui appelle à ces manifestations n’est pas comptable de ces dérives que vous venez de décrire…

Le FNDC lorsqu'on s'est mobilisé pour empêcher le 3ème mandat, on était tous solidaires. Comme c'est une organisation qui se revendique de la société civile, elle doit avoir une attitude de neutralité par rapport aux enjeux politiques en cours. Parce que la question de la durée, c'est une question d'appréciation d'un programme, d'un contenu de la transition. Il n'est pas dit que leur façon de voir les choses est la meilleure pour qu'on ait une transition réussie. Je peux leur dire le contraire. La transition de 2009-2010 a capoté parce que nous avions précipité les choses. Tout n'a pas été fait en conformité avec les intérêts de la population et du pays. Faut-il qu'on recommence les mêmes fautes pour aller à des élections alors que le système pour nous permettre d'aller à des élections correctes n'existe pas ?

Le peu qui a été mis en place a été littéralement corrompu. Donc, il faut que la Guinée se dote de réels instruments en termes de fichier électoral, en termes de fichier d'identification national pour que nous puissions avoir les moyens dans un premier temps, d'avoir des élections acceptables et acceptées. Et, dans un second temps avoir des leviers pour une meilleure gouvernance du pays pour le futur. Mais s'ils disent que ceci est inutile, il va de soi que c'est une manière de sacrifier l'avenir et l'avenir de la jeunesse. Il faut que les gens revoient leurs attitudes et faire preuve de plus de responsabilité et oublier les querelles entre différents blocs de la société civile. 

Il y a environ 3 semaines, la RPG arc-en-ciel annonçait qu'ils n'allaient jamais s'associer aux actions du FNDC. Patatras, il vient d’adhérer aux manifestations projetées par ce même FNDC. Comment comprenez-vous ce revirement spectaculaire ? 

Je n'ai aucun doute sur le fait que la CRIEF mobilise contre elle des forces qui étaient hier antagoniques. C’est la seule raison qui explique cela et ceci est prouvé par la convergence par rapport à l’organisation de manifestations de rue dans un contexte particulièrement trouble pour le pays. Or, toute personne responsable, au regard de ce qui se passe dans la sous-région, des difficultés économiques et sociales que les populations endurent, devraient en tirer la conclusion et avoir une attitude qui soit beaucoup plus en conformité avec les intérêts du pays. 

Le médiateur de la Cedeao a bouclé une mission en Guinée sans rencontrer la classe politique. N’est-ce pas une médiation au goût inachevé ?

Pour le moment, je pense que la question essentielle, c'est la durée de la transition. Et cette question interpelle directement la responsabilité du CNRD, du gouvernement et les instances de la CEDEAO beaucoup plus que la classe politique en tant que telle. La classe politique guinéenne devrait être beaucoup plus intéressée par rapport à la manière dont il faudra organiser la transition. Par exemple, comment organiser le recensement général, quelle sorte d'application, quel système d'information, quelle durée ?

Oumar Bady Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le Mardi 26 juillet 2022 à 17:56