Lamarana Diallo, malvoyant admis au Bac : "Il faut savoir s’affranchir de son handicap pour affronter la vie..."

Guinée
Mamadou Lamarana Diallo
Mamadou Lamarana Diallo

LABÉ-Mamadou Lamarana Diallo, souffre d’un handicap visuel depuis son plus jeune âge. Il a entamé les études au Sénégal où il a passé une bonne partie de sans vie, avant de regagner la Guinée. Mais à Labé, sa région d’origine où vit ses parents, il n’y a pas une école spécialisée pour les malvoyants, alors qu’il brulait d’envie de poursuivre ses études et surtout réussir son bac. C’est dans ces circonstances que Lamarana décide de s’inscrire au Lycée général Lansana Conté de Labé pour préparer et affronter le Bac. Des difficultés, il en a traversé suffisamment.

Les professeurs ne sont pas initiés en braille (écriture pour aveugle NDLR) pour mieux l’encadrer, et lui ne peut pas écrire en noir pour noter ses leçons. Il trouve un moyen. Enregistrer les leçons dictées par le professeur dans un dictaphone. Ensuite, une fois à la maison, il retranscrit tout dans son ordinateur équipé d’un logiciel de ‘’REVUE D’ÉCRAN’’ destiné aux malvoyants. Un travail fastidieux certes, mais le lycéen ne s’est pas découragé. Ses évaluations se font orales.

C’est dans ces conditions qu’il a affronté le bac. Une première dans les villes de l’intérieur du pays. Lamarana Diallo est parmi les 9% d’amis en république de Guinée, option sciences sociales. Nous l’avions rencontré en pleine année scolaire, après son admission nous sommes repartis vers lui. Déjà Lamarana ambitionne de faire le journalisme à l’université ou devenir enseignant. Entretien.

Africaguinee vous félicite suite à votre réussite au Bac.  Vous avez suivi les cours dans des conditions assez particulières. Aujourd'hui vous êtes admis. Quels sont vos sentiments ?

MAMADOU LAMARANA DIALLO : Je considère cette réussite comme une grande fierté. C’est le couronnement d’une conjugaison d’efforts. Vous voyez la joie qui m’anime. C’est Vrai que ça n’a pas été facile de suivre les cours comme tous les autres dans une école ordinaire alors que les malvoyants devraient être dans des écoles spécialisées. Ça été vraiment difficile pour moi, mais avec le courage et l’aide du Dieu, de l’apport de tout un chacun, nous sommes arrivés enfin. On a réussi. Je suis content, je remercie tous ceux qui m’ont accompagné jusque-là. Il faut savoir s’affranchir de son handicap pour affronter la vie. Ce n’est pas parce qu’on est malvoyant que nous ne pouvons pas travailler et réussir comme les autres. J’ai montré un exemple qui a marché, je demande aux personnes vivant avec un handicap de surpasser ce cap et agir comme une personne qui ne manque de rien. Tout ce que les autres font, nous aussi pouvons le faire voire mieux.

On vous a suivi en classe quand vous prépariez le Bac. Comment avez-vous pu aborder les sujets qui sont écrits sur du papier noir sur blanc ?

Le travail a été plus difficile que je le croyais, le traitement des sujets aussi. J’ai affronté le Bac avec quelques particularités. Comme vous le dites, les sujets sont venus en noir, alors que moi je compose en braille. Surtout le premier jour, mon formateur en braille n’était pas au centre, c’est Mme la déléguée qui m’avait dicté les sujets, je transcrivais ensuite en braille, je mets à côté pour commencer à traiter les épreuves. Je travaillais avec un peu de retard par rapport au temps, mais grâce à Dieu je terminais chaque sujet. A partir du deuxième jour, mon formateur en braille venait me dicter le sujet, je recopie et puis je réponds petit à petit. Si c’est des questions, il dictait une à une et puis j’évoluais tranquillement.

Est-ce que vous avez eu des nouvelles sur la façon dont vos copies ont été corrigées à Conakry ?

Je pensais qu’un service spécialisé allait être mis en place pour corriger les copies des malvoyants comme c’est le cas dans les autres pays. Mais pour mon cas, on m’avait dit qu’une fois à Conakry, mes copies en braille seront transcrites en noir puis corrigées comme tous les autres candidats. Donc, les correcteurs désignés ont corrigé toutes les copies.

Désormais vous êtes admis pour fréquenter l’université guinéenne. Que comptez-vous faire à la rentrée prochaine ?

Je compte m’inscrire à l’ISSEG (institut supérieur des sciences de l’éducation de Guinée) de Lambanyi, j’ambitionne de devenir journaliste ou enseignant. Mais je mise surtout pour l’enseignement, mon souhait est de participer à la formation des jeunes notamment les malvoyants ou ceux qui ont des handicaps physiques. Il faut qu’on leur apprenne parce que la vie leur appartient aussi. Je m’inscris dans cette logique.

Comment vous conceviez vos leçons pendant l’année scolaire ?

J’ai suivi le cours normalement au lycée général Lansana Conté. En classe j’enregistrais les leçons dictées à travers le dictaphone, arrivé à la maison, je mets dans mon ordinateur équipé d’un logiciel de ‘’REVUE D’ÉCRAN’’ destiné aux malvoyants. Je transcris le son que j’écoute. S’il y a une erreur, un bruit particulier m’alerte et je corrige. Ce qui constituait mes cahiers de leçons. Pour réviser je prenais mon ordinateur. Le reste j’étais en classe comme tous les autres.

L’an dernier on vous a rencontré avec des jeunes collégiens malvoyants aussi dont une fille parmi eux. Certains feront le brevet l’année prochaine. Quel secret vous pouvez leur confier pour réussir ?

 Le vrai secret à leur donner, c’est de garder le courage, ne jamais abandonner. Il faut persévérer dans la vie et dire que c’est possible. Le brevet est à leur portée avec la détermination, après le BAC et des diplômes universitaires.

Est-ce qu’à un moment vous vous êtes sentis discriminés dans votre cursus scolaire à cause de votre handicap ?

Sans doute oui. A un moment ça a existé, mais j’ai pu gérer.  Ça ne m’a pas affecté en réalité.

Entretien réalisé par Alpha Ousmane Bah

Pour Africaguinee.com

Tel : (+224) 664 93 45 45

Créé le Mercredi 20 juillet 2022 à 18:30