Bras de fer entre le ministre Nagnalen Barry et la Chambre d’agriculture : Bobo Denken fait des révélations

Guinée
Mamadou Bobo Diallo dit "Bobo Denken"
Mamadou Bobo Diallo dit "Bobo Denken"

CONAKRY-Début juillet 2022, le ministre de l’Agriculture Mamoudou Nagnalen Barry, a pris une -Décision D/2022/0082/MAGEL/CAB- portant suspension des Bureaux et des Présidents des Chambres (Nationale, Régionale et Préfectorale) d’Agriculture de Guinée dont les mandats sont échus (voir documents en bas de l’article).

Cette décision suscite incompréhension et interrogation au niveau de la Chambre nationale d’Agriculture qui a décidé de saisir la Cour Suprême pour demander l’annulation des actes du ministre Nagalen Barry.

Joint par Africaguinee.com dans la soirée du jeudi 14 juillet, Elhadj Mamadou Bobo Diallo dit « Bobo Denken », -jusque-là président la chambre nationale d’agriculture-, a livré sa part de vérité dans ce bras de fer qui vient d’être engagé. C’est dans ce contexte que dans la journée du 13 juillet 2022 M. Ousmane Bereté (secrétaire général de la chambre) a été installé pour assurer la présidence de la chambre nationale d’agriculture.

AFRICAGUINEE.COM : Comment réagissez-vous face à la décision du ministre de l’Agriculture suspendant les Bureaux et les Présidents des Chambres -Nationale, Régionale et Préfectorale- d’Agriculture ?

ELHADJ BOBO DENKEN : Le ministre de l’Agriculture dit qu’il suspend les chambres, mais la question qu’il faille se poser est de celle de savoir est-ce qu’il est habilité à le faire? Et pourquoi ? Pour le moment, nous considérons que nous sommes les représentants des chambres qui existent et qui fonctionnent toujours. D’ailleurs, ce vendredi nous avons une assemblée. Donc, pour nous la vie continue. Nous ne considérons pas cette suspension parce qu’elle n’est pas légale. Il donne l’argument selon lequel nos mandats sont finis, alors qu’on ne suspend pas une chambre comme ça. Si le mandat est fini, qu’est-ce qu’on fait ? La chambre demande, ensuite on fait les élections. Ceux qui sont élus on leur fait la passation.

On nous colle aussi une accusation d’avoir refusé d’appliquer une décision. C’est-à-dire verser l’argent des engrais sur un compte orange money alors que nous avons fait un prêt bancaire à la banque pour acheter tout ça. Donc, la domiciliation des paiements est bien mentionnée dans la convention de crédit. Si je verse l’argent ailleurs, en dehors de la banque, je serai poursuivi pénalement pour abus de confiance. C’est écrit clairement dans la documentation, que tout versement ailleurs constitue un détournement susceptible d’être poursuivi pénalement.

Quel est le degré d’implication entre la chambre d’agriculture et le ministère de l’agriculture pour l’achat et la distribution des engrais ?

C’est toujours la chambre nationale qui prend un crédit à la banque pour acheter les engrais. Le ministère argumente en disant que c’est sur garantie de l’Etat, mais qui donne la garantie ? C’est le ministère des finances qui prend cette garantie auprès d’une banque, mais une garantie n’est pas un paiement. (…) J’ai pris le crédit à la banque, pourquoi le ministre se mêle ? Le ministère des finances qui a pris un engagement lui n’a rien dit. Or, il peut suspendre ou retirer sa garantie, il peut faire tout ça ou bien demander l’argent. Mais comment un ministère sectoriel de l’agriculture peut-il parler directement de l’engrais ? C’est là qu’ils font un raccourci en parlant de garantie alors que la garantie n’est pas un paiement. Ensuite, quand l’Etat achetait les engrais, il ne passait pas par une banque privée, il faisait sa commande et faisait les achats avec un fonds propre à l’Etat. Même ça, l’Etat ne vendait pas, il mettait à la disposition de la chambre.

Maintenant comment un ministère peut-il venir s’impliquer dans un prêt obtenu par une chambre d’agriculture alors que nous sommes sous la tutelle du ministre et non sous celle du ministère ? Aucun de ses cadres ne doit se mêler du fonctionnement de la chambre. Nous sommes un organe consultatif. Ce qui explique la différence être sous tutelle du ministre et du ministère. Nous faisons notre devoir auprès des paysans.

A combien s’élève ce montant de prêt ? Est-ce un prêt revolving ou carré ?

Le montant est de 14 millions de dollars. De l’autre côté, l’équivalence est de 5 MILLIONS dollars. En tout, il faut considérer 20 millions de dollars us. Mais les marchandises disponibles sur place couvrent tous les frais là. Le prêt est remboursable sur une échéance de 3 ans, c’est en forme de revolving, renouvelable ou à reprendre encore. C’est un moyen qui soulage les paysans plus souvent sans ressources suffisantes. Parce que si l’Etat à travers son budget n’achète pas l’engrais, le prêt revolving est presque qu’à l’infini. Après 3 ans, il est renouvelable automatiquement.

Est-ce le seul motif qui vous oppose au ministère de l’agriculture ?

Nous avons pris un crédit que nous devons rembourser vaille que vaille. Le mot perte, une banque ne l’entend pas. C’est nous chambres qui avons fait un prêt et le remboursement nous incombe toutes seules. Quiconque veut l’engrais vient vers nous se procurer tranquillement. Le ministère de l’agriculture nous a demandé de l’engrais plus de 4000 tonnes. J’ai livré 1500 tonnes et quelques, c’est quand j’ai demandé de payer que les histoires ont commencé. C’est ce qui explique tous les bruits que vous avez entendus : fermez les magasins, ouvrez-les.

Je croyais que cette affaire n’allait pas atteindre ce niveau. Mais comme c’est arrivé là, la banque risque d’ester sa part, parce qu’elle connait à qui elle a fait des prêts. La banque m’a prêté de l’argent, j’ai demandé à la même banque d’acheter la marchandise c’est-à-dire les engrais pour être dans toute la forme. Et puis un bon matin quelqu’un vient dire que c’est sa marchandise à lui, il a fallu que j’explique à la banque la réalité qui se présente. La banque n’a d’interlocuteur que moi, elle me dit qu’elle ne connait pas l’intéressé qui se réclame propriétaire de la marchandise. Donc, pour la banque elle n’a que moi en face.

Que comptez-vous faire pour désamorcer la crise qui mine le secteur agricole, alors que les paysans sont inquiets pour les prochaines campagnes agricoles ?

Les paysans doivent savoir que nous sommes toujours face à eux. Nous sommes dans une république où on peut attaquer toutes les décisions. Nous sommes dans ce processus. Ils n’ont pas droit dans ce sens, ce n’est pas leur engrais. Il y aura toujours des arbitres pour le bon voisinage, nous faisons recours à ces arbitres. Sachez que si c’est pour les élections, ils peuvent les tenir même demain ça n’a rien à voir avec la suspension d’un élu pour une affaire d’engrais. Plus de 60% des élus sont des éleveurs, des pécheurs et d’autres acteurs qui font des plantes qui relèvent de l’environnement. Ceux-là n’ont rien à avoir quoi avec une suspension pour affaire d’engrais ? Qu’est-ce qu’un éleveur fait avec une histoire d’engrais ? Les clauses de la convention de crédit sont claires là-dessus. C’est ce que nous appliquons. Nous devons verser l’argent dans un circuit normal à la banque, si une décision demande de verser ailleurs même 10.00GNF, je ne pourrais le faire.

Nous y reviendrons !

Interview réalisée par Alpha Ousmane Bah

Pour africaguinee.com

Tel : (+224) 664 93 45 45

Créé le Vendredi 15 juillet 2022 à 3:42