Gouvernance économique : Ce que le FMI "recommande" à la Guinée...

Guinée
La délégation du FMI reçue au ministère de l'économie, des finances et du plan, le 1er juin dernier
La délégation du FMI reçue au ministère de l'économie, des finances et du plan, le 1er juin dernier

WASHINGTON-Une mission du Fonds Monétaire International (FMI), vient de boucler une mission en Guinée. Dirigée par Mme Clara Mira, l’équipe du FMI a discuté avec les services techniques du pool économique, entre autres sur la -situation des comptes nationaux, de l’exécution du budget et de la balance de paiements-.

Dans ses conclusions au terme de cette mission d’une semaine (du1er au 7juin 2022), la délégation de cette institution de Bretton Wood a noté trois remarques principales.

  • L'activité économique devrait rester résiliente en 2022, tirée par la production minière. La reprise du secteur non minier devrait être plus progressive en raison de la hausse de l'inflation déclenchée par la guerre en Ukraine et les incertitudes internes.
  • L'appréciation du taux de change et le remboursement par le gouvernement des avances de la Banque Centrale devraient partiellement compenser les pressions inflationnistes supplémentaires.
  • L’atténuation de l'impact du choc des prix des denrées alimentaires et du carburant sur les populations les plus vulnérables à travers la mise en œuvre des mesures ciblées et temporaires devrait être une priorité essentielle.

Mme Mira et son équipe ont aussi rencontré le Président de la Transition, le colonel Mamadi Doumbouya, le Ministre Secrétaire Général de la Présidence Amara Camara, le Gouverneur de la Banque Centrale Karamo Kaba. Ils ont eu des discussions sur la nécessité de renforcer la mobilisation des recettes intérieures, en particulier dans le secteur minier, poursuivre le remboursement des arriérés et éviter d'en accumuler de nouveaux et atténuer l'impact du choc des prix des denrées alimentaires et du carburant sur les plus vulnérables grâce à des mesures temporaires bien ciblées.

Sur le plan de la politique monétaire, les discussions ont notamment porté sur la nécessité de continuer à limiter le financement du budget par la banque centrale et de gérer activement la liquidité si les pressions sur les prix intérieurs s'intensifient. Les autorités ont réitéré leur engagement à utiliser les ressources de l'allocation de DTS (Droits de tirages spéciaux) avec prudence et transparence en investissant dans les infrastructures productives et les secteurs sociaux.

« L'économie guinéenne reste résiliente dans le contexte d'un environnement difficile. Le secteur minier continue de faire preuve de résilience, avec une production d'or et de bauxite en plein essor. Bien que renforcée par l'atténuation des perturbations liées au Covid et le remboursement partiel de la dette intérieure de l'État, la croissance du secteur non-minier devrait être plus lente que prévu initialement, affectée par la détérioration de l'environnement extérieur en raison de la guerre en Ukraine et de l'incertitude liée à la situation politique intérieure », a déclaré la cheffe de la délégation Clara Mira au terme de la mission dans un communiqué publié par le FMI.

Augmentation des prix

Les prix ont augmenté de 11 % en glissement annuel en avril 2022, reflétant l'impact des pressions préexistantes et de la guerre en Ukraine, note la fonctionnaire du FMI. Elle ajoute que l'appréciation du franc guinéen, le remboursement par le Gouvernement des avances de la Banque Centrale plus tôt dans l'année et le non-recours au financement de la Banque Centrale contribuent à juste titre à compenser certaines des pressions exercées par la hausse des prix internationaux des matières premières.

Afin d'atténuer davantage les effets de la hausse des prix des denrées alimentaires, les autorités ont signé un protocole d'accord avec la chambre de commerce, réduisant les droits de douane pour des produits de première nécessité tels que le riz et le sucre et fixant des plafonds de prix.

« Les prix des produits pétroliers à la pompe ont augmenté de 20 % le 01 juin 2022. Cette augmentation a ramené à environ 2,3 % du PIB, l'estimation projetée par les services du FMI du manque à gagner dû à la subvention des prix du carburant. Moins de 2 % de cette subvention bénéficiera directement aux 20 % les plus pauvres de la population.

Pour madame Mira, l’atténuation de l'impact des hausses de prix grâce à des mesures de soutien bien ciblées et axées sur les populations les plus vulnérables - y compris, par exemple, des transferts monétaires ou des programmes de cantines scolaires - reste une priorité essentielle, en particulier dans un contexte d'insécurité alimentaire croissante.

Points positif et négatif

« La collecte des recettes a été globalement positive au cours des premiers mois de l'année (hors recettes liées au carburant en raison de la hausse des subventions), ce qui semble indiquer une amélioration des efforts de conformité et de numérisation dans le secteur non minier. Du côté des dépenses, les autorités ont rationalisé les dépenses courantes et se sont concentrées sur l'exécution du budget d'investissement financé sur ressources intérieures. Les autorités ont également commencé à rembourser une partie des arriérés intérieurs accumulés en 2021.

Subvention élevée de l’électricité

Néanmoins, les subventions à l'électricité restent élevées, selon madame Mira qui relève qu’en avril 2022, les autorités ont émis leurs toutes premières obligations à échéance de cinq ans (Obligation du Trésor, OdT). « Les obligations contribueront à allonger le profil d'échéance de la dette publique, ce qui devrait réduire le risque de refinancement à court terme et contribuer à l'approfondissement des marchés financiers nationaux », indique la cheffe de mission du FMI.

Une synthèse de Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

Créé le Dimanche 12 juin 2022 à 16:03

TAGS