Dr Oussou Fofana interpelle Mory Condé : "Quand Alpha Condé a accepté…"

Guinée
Dr Fodé Oussou Fofana, vice-président de l'UFDG
Dr Fodé Oussou Fofana, vice-président de l'UFDG

CONAKRY-Comment réagit l’UFDG par rapport à l’annonce du ministre Mory Condé concernant le fichier électoral ? Que compte faire la classe politique après l’adoption du chronogramme de la transition par le CNT ? Dr Fodé Oussou Fofana, vice-président de l’UFDG a brisé le silence. Entretien.

 

AFRICAGUINEE.COM : Le Conseil National de Transition (CNT) a finalement adopté le chronogramme de la transition malgré les mises en garde du G58 et du RPG arc-en-ciel. Quelle est votre réaction ?

FODÉ OUSSOU FOFANA : C’est en violation de toutes les règles que le CNT (conseil national de transition) a pris cette décision.  Au sein de cette institution, il y a quand-même des gens du droit et des magistrats de renom qui savent ce qu’ils font et devant l’histoire chacun assumera ses responsabilités. En ce qui nous concerne, nous avons pensé honnêtement qu’au tour de la table de dialogue, dans un cadre bien formalisé nous pouvons nous retrouver, discuter arguments contre arguments et trouver un consensus. Quand nous avions proposé 15 mois, nous l’avions fait en tenant compte de toutes les procédures concernant la transition.

Nous avons tous les moyens et tous les éléments pour démontrer qu’on peut organiser les élections en 15 mois. La charte y est très claire, elle stipule que c’est de commun accord que la durée de la transition sera fixée. Ce commun accord était de se mettre d’accord et de définir ensemble les tâches à accomplir dans le délai. Mais ce pays est un pays très spécial. Certaines personnes connues, les mêmes qui étaient en train de tromper le capitaine Dadis sont les mêmes qui sont en train de tromper les responsables du CNRD.

Les partis politiques sont connus. Certains savent qu’ils sont partis politiques par le nom. Ils ne sont pas capables de mobiliser même dans leurs propres villages. Il y a des partis politiques qui n’ont même pas de structures de base ni de responsables. Ils ne sont partis politiques que par les agréments. Si ce genre d’individus se lèvent pour définir la durée d’une transition, nous nous demandons sur quelles bases ils se fondent.  Nous avions pensé aussi que le CNT allait dans la bonne direction mais ils ont failli à leur mission.

Je dois vous avouer : ce problème de 36 mois n’a pas été une surprise pour nous par ce que depuis quelques jours nous avions appris que ce CNT allait dépêcher quelques conseillers pour aller vers les partis politiques qui n’étaient pas présents pour voir comment les faire accepter les 36 mois.

Que comptez-vous faire ?

La décision ne va pas être celle d’un parti politique.  Le G58 élargi au RPG-arc-en-ciel, certainement nous, nous retrouverons pour examiner l’attitude du CNT et de tirer les conséquences sur ce comportement qui est en dehors de toute procédure légale.

Comment rapprocher les positions et ouvrir ce dialogue ?

Ce pays a souffert pendant plus de dix années de la gouvernance de Alpha Condé. On peut tout reprocher à cette gouvernance comme les cas de morts, nous avions été empêchés de sortir du pays, d’autres parmi nous et nos militants ont été emprisonnés mais ce que nous avions constaté à cette période, il y avait la possibilité de créer un cadre de dialogue. On se retrouvait, parfois il y avait même des facilitateurs internationaux. Nous avions eu le premier ministre Mamadi Youla qui avait conduit un cadre de dialogue où on s’était accordé sur assez de points.  A l’époque, le problème était Alpha Condé lui-même qui maintenait dans ses tiroirs les conclusions et les résolutions issues de ces conclaves. Mais au moins on parvenait à dialoguer.

Ce qui reste clair on ne peut pas organiser un dialogue dans le brouhaha. Personne ne connait le nombre de partis politiques en Guinée, je défi d’ailleurs le ministre de l’administration du territoire de me donner le nombre de partis politiques en Guinée. Toutefois, on sait quels sont les partis qui ont participé à une élection dans ce pays, et le poids de chaque formation politique. Donc, si on veut que les choses se normalisent, il faut appeler autour de la table les partis politiques représentatifs. Honnêtement c’est ce qu’il faut faire.

On ne peut faire appel à un parti politique qui n’a participé à aucune élection, n’a ni de base ni une structure. Une transition a pour rôle de conduire le pays dans un ordre constitutionnel normal. Le désordre, c’est quand on confond tout (…), ici tout le monde connait les cinq partis majeurs de ce pays. Nous connaissons des soi-disant leaders politiques ici qui ne peuvent pas payer la caution de leur parti, ils passent toujours par des politiques pour les aider.

Toutes ces personnes ne veulent pas que le pays avance. Ils n’ont aucun intérêt à ce que des élections soient organisées dans une année ou dans 15 mois. C’est tout simplement parce qu’ils ne sont prêts et ne peuvent même pas avoir mille personnes sur toute l’étendue du territoire national guinéen. Ce sont ces mêmes types qui trompent le CNRD et qui racontent des histoires au colonel Mamadi Doumbouya.

Le ministre de l’administration du territoire a annoncé qu’un nouveau fichier sera extrait du recensement général de la population à caractère administratif et d’Etat civil. Comment réagissez-vous ?

J’invite le ministre de l’administration du territoire de se rapprocher au niveau de la CENI pour voir le matériel qu’il y a parce qu’on confond tout dans ce pays. Le recensement général de la population consiste à connaitre la population guinéenne c’est-à-dire tous ceux qui vivent sur le territoire national. Cela n’a rien à voir avec un fichier électoral. Nous avons un fichier électoral qui a permis d’organiser des élections. Mais il ne faut pas oublier que lorsqu’on l’a contesté, ils ont enlevé deux millions cinq cent mille personnes problématiques.

Quand Alpha Condé a accepté qu’on élimine ces deux millions cinq cent mille personnes, il s’est rendu compte que si les élections étaient organisées avec ce fichier, le RPG-arc-en-ciel risquait de perdre (…). Si on veut faire un travail sérieux pour le recensement général de la population, on aura pour quatre ans au moins. Le MATD doit revenir à la raison et savoir que nous avons des élections majeures en jeu. D’abord il y a la constitution, il y a le fichier qu’il faut absolument faire maintenant. Il faut faire le referendum après la constitution. Nous avons des élections majeures parmi lesquelles nous citerons les élections locales, les législatives et la présidentielle. D’ailleurs quand on donne le délai de la transition, il faut tout de même dire qu’elle commence quand.

J’invite le ministre Mory Condé à aller voir les experts de l’Organisation International de la Francophonie (OIF). Il n’a qu’à demander qu’on audite lui-même ce fichier électoral. Il faut qu’on lui explique qu’il y a eu des millions de dollars qui ont été investis. Des gens ont travaillé sur ce fichier, le matériel est là, ce que nous demandons au ministre de l’administration du territoire c’est de se rapprocher de ces gens. Nous ne pouvons pas faire un éternel recommencement.

A suivre…

 

Bah Boubacar Loudah

Pour Africaguineec.com

Créé le Lundi 16 mai 2022 à 10:55