Le fonds alloué aux handicapés détourné?: "Nous allons saisir la Crief…", prévient Moussa Bah

Guinée
Mamadou Moussa Bah, coordinateur national des personnes porteuses d’handicap
Mamadou Moussa Bah, coordinateur national des personnes porteuses d’handicap

CONAKRY-Le coordinateur national des personnes porteuses d’handicap vient de faire de graves révélations. Mamadou Moussa Bah qui dénonce un « détournement des fonds alloués » aux personnes handicapées annonce des poursuites judiciaires devant la Crief. Dans cet entretien il révèle aussi que sur les « 317 places attribuées » aux handicapées à la fonction publique, seulement 65 sont effectivement revenus aux personnes porteuses d’handicap. Le reste a été vendu par des cadres véreux, a-t-il déploré. Dans cette interview, Mamadou Moussa Bah est également revenu sur leur congrès du 13 mars, à l’issu duquel il a été élu coordinateur national des personnes handicapées de la République Guinée.

AFRICAGUINEE.COM : vous avez organisé un congrès dimanche 13 mars 2022. Parlez-nous-en !

MAMADOU MOUSSA BAH : Le congrès s’est passé au stade du 28 septembre. Il y avait comme candidats : Justin Bélia Camara de Matam, Bernard Tamba Teinkiano de Kaloum, Fanta Diané de Dixinn et moi Moussa Bah candidat de Ratoma. On a procédé au vote au terme duquel j’ai été élu coordinateur national. L’élection s’est passée en présence des représentants de Coyah, Dubréka, ainsi que ceux de Kindia, Labé. On a travaillé tous ensemble. Vue que le déplacement n’est pas facile, les autres délégués ont apporté leur confiance à ceux qui sont à Conakry. La coordination est composée de toutes les personnes porteuses d’handicap. A savoir : les albinos, les sourds, les muets, les non-voyants, les aveugles, les mans sourds, les unijambistes, les paralytiques etc. Notre premier objectif est de faire le recensement des toutes les personnes handicapées pour connaitre exactement leur nombre dans notre pays. Pour défendre une couche, il faut des statistiques fiables. Ensuite, nous allons rencontrer le Président de la République pour demander son accompagnement.

Qu’est-ce qui a motivé la mise en place de cette coordination ?

Ce qui nous a motivé, c’est d’abord parce que nous sentons que les droits des personnes handicapées sont bafoués. Nous avons demandé à ce que les droits des personnes porteuses de handicaps soient respectés. Nous interpelons le chef de l’Etat. En 2018, on a donné 317 places aux personnes handicapées au compte de la fonction publique. Au lieu de prendre les personnes handicapées à la fonction publique, ils n’ont pris que 65 personnes, les 250 autres places ont été vendues. Quand on a commencé de critiquer, ils ont dit que c’est des assistants sociaux. Comment est-ce qu’on peut employer un assistant social et laisser les handicapées qui sont instruits ? Il y a plus de 1000 handicapés qui sont instruits et qui sont dans la nature et qui ne travaillent pas. Imaginez, les parents financent un enfant handicapé pour qu’il aille à l’école, termine les études. Mais après les études avec toutes les difficultés, au lieu de l’employer, quand il y a des opportunités d’emploi qui se présentent, on prend ces places, on les revend. Ce diplômé se retrouve dans la mendicité. Si on veut lutter contre la mendicité, il faut donner des emplois aux diplômés. Nous voulons nous battre donc pour que cette corruption cesse.

En plus, il y a des centres qu’on avait.  De l’argent avait été octroyé aux handicapés qui n’avaient eu pas la chance d’aller à l’école. L’objectif était de leur permettre d’apprendre un métier et qu’ils quittent dans la rue pour qu’ils puissent vivre de leur métier. En 2013, 19 milliards de francs guinéens ont été donnés pour la réalisation de ces centres, mais aujourd’hui il n’y a qu’un seul centre qui a été construit à la cité solidarité. Selon la direction nationale, il y a un autre centre à Nzérékoré qui est à 70% d’exécution, celui de Labé est à 18% de réalisation, celui de Kankan 23%. Celui de Kindia, il n’y a même pas eu une pose de première pierre. Ça veut dire que depuis 2013 ils n’ont rien foutu. Et pourtant, l’argent a été débloqué pour que ces centres soient construits et que les personnes handicapées puissent apprendre un métier et subvenir à leurs besoins sans tendre la main à quelqu’un. Parce que pour lutter contre la mendicité il faut employer les diplômés et apprendre un métier à ces handicapés qui n’ont pas eu la chance d’aller à l’école.

Que comptez-vous faire face à tous ces maux que vous venez d’énumérer ?

Je suis prêt à défendre les personnes handicapées en commun accord avec les autres handicapés parce que ce sont eux qui m’ont élu. Je suis donc déterminé à me battre jusqu’à ce que les handicapées soient rétablies dans leurs droits. Il y a même un fonds qu’on appelle le fonds d’indigence qui est là pour les personnes handicapées en cas de maladies. Il y a beaucoup de personnes handicapées qui meurent comme ça à cause de manque d’assistance. La dernière fois, il y a eu cinq (5) albinos qui sont morts parce qu’ils sont tombés malades, ils n’ont pas eu de soutien pour se faire traiter alors que ce fonds est fait pour ça. Actuellement, nous avons des albinos qui doivent être traités sinon ils vont mourir. On ne comprend pas.  Il y a un fonds qui est dédié à cela mais on refuse de venir au secours des personnes handicapées. Ils gardent ces fonds jusqu’en fin d’année, ils montent des projets, mettent des rapports pour dire qu’ils ont fait ça et après l’argent disparait. On ne voit pas les impacts sur le terrain mais l’argent a été décaissé parce qu’il y a des rapports qu’ils font à chaque fin d’année alors ils n’ont fait aucun travail.

Comment comptez-vous lutter contre ces pratiques ?

Je compte le faire avec l’appui de mes amis handicapés qui ont eu confiance en moi. Donc, en commun accord avec eux, nous allons nous battre, nous allons faire en sorte que les droits des personnes handicapées soient respectés. Nous allons faire un mémorandum que nous allons déposer à monsieur le Président de la République, le Colonel Mamadi Doumbouya que nous voulons rencontrer. On ne veut plus d’intermédiaire parce que c’est des gens mafieux. Nous ne voulons plus des paroles mielleuses, nous voulons voir les actes. Le Président de la République a lui-même dit qu’on ne peut pas prendre les produits qui soignent les maux de tête pour le ventre.

On ne peut pas accepter que des gens qui ne connaissent pas de quoi souffrent les handicapées, soient nos défenseurs. C’est ce qui nous met en retard. On en a marre. Nous voulons que ça soit comme au Congo qui a un ministère des personnes handicapées qui sera dirigé par les handicapées. Nous savons que nous ne pouvons pas travailler seuls, il faut qu’il y ait des valides parmi nous, mais que les décisions viennent de nous parce nous, nous savons ce que nous traversons. Dans les écoles, dans les universités, les handicapés sont parmi les meilleurs, les plus intelligents de leurs promotions.  Malgré tout, nous sommes les laissés pour compte. On est dans les oubliettes. Il faut que ça cesse.

Vous accusez des gens d’avoir détourné de l’argent qui devrait revenir aux handicapées. De quelles preuves disposez-vous ?

Nous avons mené des enquêtes, nous avons obtenu des preuves. Nous sommes en train d’aller jusqu’au bout. Parce que les gens qu’on a engagé à la fonction publique comme des soi-disant handicapés, nous avons déjà les preuves dans nos mains. Pour ce qui est de l’argent destiné au soutien aux handicapées malades nous sommes là-dessus. Nous allons saisir la CRIEF pour que tout cela soit élucidé. Pour les 317 places attribuées aux handicapées à la fonction publique, nous avons les arrêtés parce qu’ils n’ont pris 65 chez les handicapées et les autres places ils les ont revendues. 

 Entretien réalisé par Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

Tel : (00224) 655 311 114

Créé le Mercredi 16 mars 2022 à 13:29