De Kouramangui à Kaoulack "Sénégal" : le parcours inspirant de Korka Diallo, 16 ans…

Sénégal
Fatoumata Korka Diallo
Fatoumata Korka Diallo

KAOLACK- Fatoumata Korka Diallo est une élève très brillante au Sénégal ! Née dans le district de Bouroudji, commune rurale de Kouramangui, cette élève a dû quitter la Guinée contre son gré pour poursuivre les études au Sénégal. Son départ de la Guinée a été accéléré par les grèves de 2018. Ne voulant pas perdre l’année scolaire, elle décide alors de rejoindre la ville de Kaoulack (Sénégal) où elle sa famille. Bien qu’arrivée en milieu d’année scolaire l’adolescente rattrape rapidement le retard et se classe 2ème de sa classe au second semestre.

L’année suivante, elle a décroché le BEPC avec 16 de moyenne. Aujourd’hui élève dans un lycée de Kaolack, région située à 422KM de Dakar, Korka Diallo ne manque pas d’ambition. Elle rêve de devenir médecin. Dans sa famille, il n’y a que doués. Son frère-ainé a été récemment décoré par le président Macky Sall pour ses brillants résultats.

AFRICAGUINEE.COM : Depuis votre arrivée au Sénégal en 2018 vous ne cessez d’impressionnez vos encadreurs. Dites-nous comment avez-vous quitté la Guinée ?

FATOUMATA KORKA DIALLO : Je suis née à Bouroudji il y a 16 ans. J’ai fait mes premiers pas à l’école en Guinée où j’ai étudié jusqu’en 8eme année. Mon cursus scolaire a connu beaucoup de perturbations dans les écoles guinéennes. Avec ces grèves répétées, mes parents m’exhortaient à aller au Sénégal pour avoir une formation sereine et de qualité. Je ne tenais pas du tout. Sinon pendant les vacances j’allais souvent au Sénégal, on me disait de rester, mais j’ai toujours refusé. Mais en 2018, je suis revenue des vacances sans pouvoir reprendre les cours à cause des grèves du SLECG (syndicat libre des enseignants chercheurs de Guinée) menées par Aboubacar Soumah. Ce sont ces grèves qui ont accéléré les choses pour moi.  Nous avons passé du temps sans cours au village d’ailleurs dans toute la Guinée. Donc, je n’avais pas le choix, je suis venue à Kaolack, parce que les études sont prioritaires pour moi.

Parlez-nous de vos conditions d’études au village avant votre départ pour le Sénégal ?

A l’élémentaire, nous avons eu la chance d’avoir d’éminents instituteurs qui ont contribué à forger nos premiers pas vers l’excellence. Parmi ces maitres, je rends hommage à mon cher maitre Abdoulaye N’doye Diallo qui m’a particulièrement aidé à avoir le niveau que j’ai aujourd’hui. J’ai connu des amis qui ont vraiment brillé partout grâce à la formation de base qu’on a reçue.

Les perturbations ont commencé au collège surtout. En plus des grèves, les professeurs n’étaient pas au complet. Les professeurs des autres matières se sacrifiaient pour nous donner des cours qui n’étaient de leur spécialités. Ils éprouvaient des difficultés énormes. Je loue vraiment leur courage.

L’élève guinéen en général a souvent un esprit « d’infériorité » vis-à-vis des autres. Comment vous vous êtes intégrées ?

Oui cet esprit de faiblesse hante souvent le guinéen qui sort pour des études. En venant au Sénégal, j’avais le même esprit dans ma tête. Je ne pensais pas que je pourrais être éligible pour des cours. Justement à mon arrivée, j’ai vu que le système éducatif est totalement différent de celui de la Guinée. C’est diamétralement opposé.

Mais je suis battue, je me suis dit que rien ne justifiera mon échec, il faut que je réussisse. Je suis venue pour ça. J’ai réuni les conditions pour que je sois parmi les meilleurs. Je sais que beaucoup se contentent d’avoir la moyenne, de passer en classe supérieure, de mon côté j’ai dit que le tableau d’honneur n’est pas fait pour une catégorie de personnes. Toute personne qui fait le nécessaire, qui travaille sérieusement, pourrait s’y retrouver. C’est la vision que j’ai mise devant.

A votre arrivée à Kaolack en 2018, aviez-vous été soumise à un test ?

Beaucoup d’élèves guinéens à l’arrivée sont rétrogradés d’une classe. D’autres sont même rétrogradés de deux classes pour leur permettre de se réadapter. Heureusement pour moi, on ne m’a pas rétrogradé. J’ai continué en 9èmeannée alors qu’ils étaient au milieu de l’année presque parce qu’ils étaient en fin du premier semestre.  La 9ème année correspond au niveau 4ème. collège au Sénégal. C ’est le retard de quelques mois-là qui m’a beaucoup perturbé. Au-delà des cours, j’avais des leçons à rattraper, des cours à revoir pour être au même niveau que mes amis de classe et les compositions étaient proches, il fallait participer. J’étais presque sur-ménagée.  Mais je me suis rattrapée vite. A la composition j’ai pu surmonter les défis, je me suis classée 3ème de la classe. Un résultat qui été apprécié par tous les encadreurs, sachant que je suis arrivée en dernière position.

Pour le second semestre, j’ai été 2eme de la classe avec assez d’efforts.  Mais quelque chose me manquait toujours parce que dans mon village en Guinée durant tout le cycle jusqu’en 8ème année, j’occupais la première place. On ne me déclassait pas souvent

Quel est votre secret ?

Il n’y a aucun secret.  Il faut être animé par la force de la conviction, avoir l’amour de réussir dans les études. C’est ce qui s’impose en moi. Je voulais vraiment avoir mon brevet au Sénégal, mais je ne souhaitais pas être seulement admise. Mais je tenais aussi à l’avoir avec une moyenne de 16, avoir la mention. Je ne comptais pas sur le rang mais la moyenne de 16. C’était un défi. Et dès le premier semestre, j’ai eu 15,99, il me restait 1 virgule pour les 16.

Je ne me suis pas découragée j’ai fourni encore d’effort pour que j’obtienne une moyenne de 16,58 au second semestre. Mais bon j’ai juste continué sur la lancée que j’avais commencé. Cette année, je fais la 11ème année en série scientifique. C’est difficile, mais par la grâce de dieu je m’en sors un peu bien.

Que voulez-vous devenir à la fin de vos études ?

J’ai un objectif à atteindre : celui de réussir mes études et d’être médecin généraliste. Mon rêve actuellement, c’est d’avoir mon bac avec mention.

Récemment un de vos frères a été décoré par le président Macky Sall. C’était dans quel cadre ?

C’est mon frère il s’appelle Abdourahmane Diallo. Il a été parmi les meilleurs élèves du Sénégal cette année. Il fait franco-Arabe, il était parmi les 5 premiers dans tout le Sénégal. Cela a été un grand honneur pour toute la famille et tous les guinéens. Même s’il n’était pas de notre famille, entendre qu’un guinéen a eu cette distinction, ça nous aurait flatté, à plus forte raison il est de notre sang.

Ce frère avait commencé par l’école coranique en Guinée à bas âge, il était venu au Sénégal dans le but de continuer la mémorisation du coran. Après avoir bouclé la mémorisation du coran avec imam Aliou Ndao, il a été inscrit à l’école franco-arabe. Malgré son retard, il a fini par être dans les 5 meilleurs élèves du Sénégal. Et il me dit Korka : il faut apprendre encore et encore.  Tu ne peux imaginer combien de fois ça fait plaisir d’être honoré par un président à travers les études. Ça me réconforte beaucoup.

En Guinée, des jeunes filles sont souvent données en mariage précocement. N’avez-vous pas cette crainte ?

Je mets le mariage de côté d’abord.  Ma priorité ce sont les études.  Je préfère attendre après l’obtention du Bac pour me marier. C’est vrai certains membres de ma famille le veulent, mais mon père et mes frères tiennent à ce que j’avance un peu dans les études.

Interview Alpha Ousmane Bah(AOB)

Pour Africaguinee.com

Tél. (+224) 664 93 45 45

Créé le Mardi 15 mars 2022 à 23:39

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