Présidentielles de 2010, Air Guinée Express : Les révélations choc de Me Abbas Bangoura…

Guinée
Maitre Fodé Abas Bangoura
Maitre Fodé Abas Bangoura

CONAKRY-Ancien commissaire à la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante) de 2010, Me Abbas Bangoura vient de revisiter un « pan » de l’histoire politique récente de la Guinée. La Présidentielle controversée de 2010 qui avait débouché sur l’arrivée d’Alpha Condé au Pouvoir. Dans un entretien accordé à Africaguinee.com, l’avocat qui est aujourd’hui en exil en France a levé un coin du voile sur les pages sombres. Me Bangoura revient aussi sur la procédure judiciaire dans le dossier Air Guinée Express. Qui a fait disparaître le dossier à la Cour d’appel ? Quid de la présidence de la République ? Il cite des noms. Pour lui, ce sont les mêmes personnes du système antérieur qui sont là encore. Entretien exclusif.

AFRICAGUINEE.COM : A un moment donné vous aviez défendu les travailleurs d’air Guinée express. Comment le dossier s’était-il terminé ?

MAITRE ABBAS BANGOURA : Il faut faire la différence entre le dossier Air Guinée et le dossier Air Guinée Express. Moi, j’avais défendu les anciens travailleurs d’air Guinée Express. A l’époque, un groupe de travailleurs était venu me voir parce qu’à l’époque ce n’était pas facile de défendre un dossier contre Air Guinée Express. D’abord, nous avions initié une procédure au niveau de l’inspection du travail. Nous avions tout fait pour régler cette affaire à l’amiable, en vain. Après l’inspection a fait son rapport et nous avions saisi le Tribunal du travail qui avait rendu une décision demandant à ce qu’une provision à hauteur de 30% des droits légaux soit payée aux travailleurs. A l’époque ça pouvait faire au moins entre 1 et 2 milliards. Je n’ai pas le chiffre exact. 

A l’époque, on disait que le groupe Futurelec avait des difficultés financières puisque cela avait coïncidé avec le crash d’un des avions de la compagnie. C’est vrai que le groupe avait des difficultés après le crash d’un des avions de la compagnie en Sierra Leone. Mais nous avions reçu des informations que l’assurance avait payé plus de 2 millions Usd à l’époque. Donc, il y a aussi possibilité d’indemniser les travailleurs ou bien acheter un autre avion. Mais avions demandé la provision cela n’a pas été fait. Air Guinée Express avait interjeté appel.

Qu’est ce qui s’était passé à la Cour d’appel ?

Après les élections présidentielles de 2010, j’ai suivi la procédure à la Cour d’appel et gratuitement parce que mes clients n’avaient même pas de salaire. A l’époque, il y avait La chambre civile et administrative. C’est à ce niveau que dossier a disparu et on n’a plus retrouvé le dossier. FUTURELEC qui avait interjeté appel n’a pas voulu suivre le dossier. Moi, j’ai voulu faire la diligence parce que, non seulement, j’avais une décision à exécuter, mais je voulais aussi avoir une confirmation de jugement du tribunal de Première instance. Je voulais en finir avec ce dossier. Chaque fois que j’allais à la Cour d’appel, le juge disait que le dossier n’est pas là. Nous nous étions renseignés et nous avions appris que le ministère de la Justice a demandé le dossier et il a été envoyé à la Présidence. Depuis cette date, personne n’a vu ce dossier à la Cour d’appel.

Je me suis battu et quand il y a eu un mouvement des magistrats, un autre président de la Chambre civile et administrative est venu. Il m’a demandé de reconstituer le dossier parce que le fond du dossier n’était pas au greffe pour qu’il essaie de le programmer. Nous avions reconstitué le dossier. Finalement, il y a une dame magistrate qui a eu l’honnêteté de me dire clairement que ce dossier est une affaire d’Etat, il y a trop de pression et qu’elle ne pouvait pas continuer. Je ne pouvais plus rien. J’ai dit à mes clients si vous avez des entrées à la Présidence allez-y. L’affaire est restée comme ça jusqu’à présent et aujourd’hui beaucoup de mes clients qui sont morts. 

Vous étiez commissaire à la Ceni lors des élections de 2010. Récemment, on a entendu Sidya Touré dire que les résultats avaient été falsifiés. Qu’est-ce que vous en savez ?

Cette affaire m’a coûté une partie de ma carrière. Franchement, si c’était à refaire, j’allais refaire la même chose. D’abord, il faut que je rappelle qu’aucun leader politique ne m’a envoyé à la Ceni. Je suis allé à la Ceni sur recommandation des membres du Conseil de l’ordre des avocats qui m’ont désigné pour représenter le Barreau via la Société civile. Tout le monde sait que les résultats ont été falsifiés.

On avait même omis un candidat, le leader du RDIG, Jean Marc Telliano. Il avait fait une revendication tout à fait légitime puisque ses résultats ont été confondus aux résultats de M. Alpha Ibrahima Keira. Deux jours après, la Ceni avait corrigé. J’avais organisé une conférence de presse à la Maison de la presse à Coleyah, j’ai expliqué que les résultats ont été changés. Je n’étais pas à la Présidence de la République, je ne sais donc pas ce qui s’est passé là-bas. Mais les résultats ont été changés, tout le monde le sait. Si aujourd’hui je suis en exil c’est à cause de ce dossier. On ne voulait pas que je m’exprime là-dessus, mais j’avais pris ma responsabilité devant l’histoire.

Comment se présentait ces résultats ?

A l’époque, j’ai été convoqué devant le Conseil de l’ordre ce qui n’était pas normal parce que j’étais commissaire. Celui qui était à la tête du conseil de l’ordre à l’époque, c’est l’actuel Agent judiciaire de l’État. Je comprends comment la Guinée fonctionne aujourd’hui parce que c’est les mêmes acteurs qui se sont reconstitués encore. Selon les résultats, le président Cellou Dalein Diallo était premier, 2e Sidya Touré, le 3e c’était entre le candidat du RPG et celui du Pedn. Pourquoi ? Parce que les résultats de Matoto ont été sabotés. A Ratoma aussi, il y a eu de vol et certains avaient été condamnés. Il y a eu des problèmes partout à Conakry sauf à Dixinn où j’étais. J’ai alerté sur la modification des résultats.

Qui étaient les commissaires complices de cette mascarade ?

A l’époque, un des commissaires en l’occurrence Elhadj Baldé représentant de l’UPR de Bah Ousmane m’a dit Me Abbas on ne peut pas laisser ceux qui ont pillé ce pays prendre le pouvoir. Je lui ai demandé quels sont ceux qui ont pillé ce pays, il m’a dit les anciens Premiers ministres. Je lui répondu tant mieux, je ne suis pas venu pour ça et que je suis venu pour organiser des élections. Il m’a dit ne t’en fait pas. Il ne savait pas que j’allais démissionner. Quand j’ai démissionné, il m’a taxé de partisan. Tout le monde sait quand j’ai démissionné, j’ai rendu les véhicules, les ordinateurs. Ce qu’on ne vous a pas dit, le gouvernement d’alors dirigé par Jean Marie Doré a ordonné à ce que tous les commissaires reçoivent entre 300 et 400 millions Gnf, j’ai décliné. Ils sont allés me voir pour me demander de revenir sur ma décision, j’ai dit non. Il ne faut pas que les Guinéens continuent à se mentir entre eux.

C’est le représentant du président Blaise Comparé qui avait géré, colonel Honoré Traoré qui était installé dans les cases de Bellevue. Il m’avait même appelé après, mais il y a des choses que je ne peux pas vous dire. Je préfère me taire parce que ça m’a coûté ma carrière, mais franchement je ne regrette rien, je l’assume. Et jusqu’à présent c’est les mêmes acteurs. A l’époque, le bâtonnier par défaut c’est l’actuel Agent judiciaire de l’État, Me Mohamed Sampil. Il m’a convoqué pour demander de démentir Sidya Touré qui avait parlé dans Jeuneafrique. J’ai refusé. C’est les mêmes qui sont là aujourd’hui pour tenter d’éliminer certains candidats potentiels. Vous allez faire semblant d’être surpris un jour quand la même chose va se répéter. C’est comme si nous sommes des aveugles.

Interview réalisée par Abdoul Malick Diallo 

Pour Africaguinee.com 

Tel : (00224) 669 91 93 06

Créé le Samedi 26 Février 2022 à 12:05