Takana Zion assène ses vérités et interpelle les guinéens: "Si tu insultes un Peulh..."

Guinée
Takana Zion
Takana Zion

CONAKRY-Alors que le récent concert organisé au palais du peuple au nom de la paix fait polémique, le célèbre artiste reggae man guinéen Mohamed Mouctar Soumah, alias Takana Zion a brisé le silence.

Dans un entretien accordé à Africagiuinee.com, Takana Zion a assené ses vérités de manière crue, évoquant de passage la symbolique de cette initiative. Dans la première partie d’une interview qu’il nous a accordé, l’artiste flétrit l’ethnocentrisme et appelle à l’unité des guinéens. C’est sans langue de bois.

 

AFRICAGUINEE.COM : Vous avez participé à un concert dénommé "concert de la paix" le 28 et le 29 janvier 2022 à Conakry. Quel message avez-vous voulu envoyer ? 

TAKANA ZION : (prière), J'ai toujours délivré le même message : La paix. Tous les guinéens sont les mêmes. Il n'y a aucun guinéen qui peut se lever aujourd'hui pour dire : moi je suis soussou à 100%, Peulh à 100%, Malinké à 100% ou bien forestier 100%. Tout guinéen que tu vois est mélangé avec un autre sang. Il y a des soussous qui ont, depuis 100 ans, fait des enfants avec des femmes Peulhes et il y a des Peulhes, qui, depuis 100 ans ont fait des enfants avec des Malinkés et des Forestiers. Nous sommes une société métissée. On est tous mélangé maintenant. J'ai compris cela parce que dans mon village ici, il y a des Camara, des Bangoura, des Soumah et des Sylla. Mais eux tous ont des enfants avec les uns et les autres. Donc, une personne venant de ces villes cosmopolites ne peut combattre une autre personne à cause de son ethnie.

Si tu insultes un Peulh, tu auras insulté ta grand-mère parce que celle-ci était Peulh. Si tu insultes un Malinké, tu auras insulté ton grand-père parce que celui-ci était Malinké, si tu insultes un Soussou, tu auras insulté ton arrière-grand-père etc. Nous sommes comme ça. Toutes les ethnies sont mélangées. Voilà, le jeune Colonel Mamadi Doumbouya dit "qu'il faut combattre l'ethnie" en Guinée. C'est l'ethnie qu'on doit combattre parce que c'est l'ethnie qui nous a mis en retard. La Guinée est un beau pays, Dieu nous a tout donné. Si on ne s'aime pas, malgré notre intelligence, malgré notre force, malgré notre pouvoir, on ne va partir nulle part. Donc, il faut qu'on s'aime les uns les autres, qu'on se considère et qu'on se respecte. Il y a beaucoup des cultures différentes, chaque culture est belle. C’est notre richesse. Dans tout ça c'est la Guinée qui gagne.

Tiken Jah Fakoli, Sidiki Diabaté…étaient-ils les mieux indiqués pour parler de la paix en Guinée alors qu'on a beaucoup d'artistes talentueux chez nous ?

Il y a beaucoup d'artistes en Guinée, c'est vrai tout le monde devait être invité mais mon rôle n'est pas de condamner une organisation. Sinon Ibro Diabaté c'est un "dieu" vivant de la musique guinéenne tout comme Yaya Bangoura, Bras Cassé, Fodé Kouyaté, Bambino…la liste est longue. Quand on parle de la paix en Guinée, on doit appeler toutes ces personnes-là parce que nous, nous sommes trop jeunes et nous venons d'arriver. Il y a des choses à propos de la Guinée que nous ne connaissons pas, c’est seulement notre opinion qu’on peut avancer. Donc, si vous appelez tous ces anciens, eux aussi ils pourront apporter leurs témoignages pour dire ce qu'ils pensent de la Guinée et comment on peut aller à la paix. 

Mais appeler les autres artistes qui viennent de l'étranger aussi n'est pas mal. Il ne faut jamais oublier : c'est grâce à Tiken Jah que moi je suis parti en France pour la première fois dans ma vie. S'il a fait ça pour moi, c’est comme s’il a fait pour toute la Guinée. Donc les gens ne doivent pas se fâcher pour dire Tiken Jah est venu, Sidiki Diabaté est venu, tel autre est venu. Ce sont des artistes africains, il n'y a pas de barrière en Afrique, laissons tomber les affaires de pays, nous nous sommes dans une affaire de continent, nous nous parlons au nom du continent. Sélassié, tout le peuple noir, nous sommes les mêmes. Si tu es Peulh ou Soussou quand tu pars en Europe et qu’on t'arrête, on va dire c'est un noir.

Donc, il faut que les guinéens comprennent cela. Sinon nous allons souffrir toute notre vie en croyant qu'on se bat pour une cause alors que cette cause n'est pas facile à obtenir. Parce que le noir ne veut pas se voir noir, le noir veut se voir comme Soussou, comme Peulh, comme Malinké et de se mettre supérieur par rapport à l'autre. Aimer sa culture c'est une très belle chose, mais, croire que tu es supérieur à une personne, ça c'est une fantaisie et c'est une folie. Que Dieu bénisse les guinéens.

Que le Dieu de Abraham, le Dieu de Zacob, le Dieu de Issa, le Dieu de Muhammad (paix et salut sur lui) bénisse les guinéens. Que les dieux de nos ancêtres bénissent l'Afrique, bénissent les guinéens. La Guinée est déjà bénie, on a la mer, les meilleurs fruits, on a tout ce qui est mieux plus que partout en Afrique, mais nous ne sommes pas unis. C'est ce qui fait que les enfants pleurent et cela fait mal aux Rastas Mans. 

Est-ce qu'il est prévenu que vous vous rendiez tous au Mali pour faire un autre concert similaire ? 

A ma connaissance, je ne suis pas invité au Mali. Mais si on m'invite j'irai parce que c'est au Mali que j'ai sorti mon premier album français. Beaucoup de personnes dans le monde entier pensent que je suis malien. J'ai eu beaucoup de bonheur grâce au Mali. Donc tout ce qui se passe au Mali que ce soit vrai ou faux, moi je m'en fous de ça, je vais partir au nom de toute l'Afrique.

A suivre…

 

Entretien réalisé par Oumar Bady Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le Mercredi 02 Février 2022 à 15:14