Cacophonie au sommet de l’Etat autour du CNT : A quoi joue le CNRD?

Guinée
Colonel Mamadi Doumbouya, président de la transition guinéenne
Colonel Mamadi Doumbouya, président de la transition guinéenne

CONAKRY-Pour justifier le retard de la mise en place du conseil national de transition (CNT), le président de la transition Mamadi Doumbouya et son équipe ont toujours brandi l’argument de la pléthore de candidatures (706 pour 81 postes à pourvoir). « L’abondance de candidatures a retardé la mise en route (du CNT) que j’aurais souhaitée plus rapide », disait-il le 31 décembre dernier, assurant dans la foulée que le CNT sera constitué très bientôt et proposera un chronogramme consensuel (de la transition). Sauf que plus de deux semaines après cette annonce, aucune avancée concrète n’est visible. L'on est toujours à la case départ.

Face à ce manque de lisibilité, la classe politique a réclamé un dialogue structuré avec le CNRD pour discuter de la transition. C’est dans ce contexte, qu’en milieu de la semaine écoulée, le gouvernement a annoncé lors d’une rencontre informelle avec la classe politique, qu’un travail d’arbitrage est en cours au MATD pour désigner les 81 membres devant siéger au CNT. Mais la dernière sortie de Mamadi Doumbouya devant les acteurs politiques, qu’il a reçu samedi au Palais Mohamed V soulève des interrogations.  Il a déclaré citation : « La mise en place du Cnt ne peut être pris en otage par vos antagonismes. Je vous demande de vous retrouver et de m'apporter des solutions dans un délai très bref à travers le ministère de l’Administration du territoire et de la décentralisation ».

Cette déclaration du président de la transition adressée à la classe politique guinéenne minée par des dissensions, a laissé de nombreux guinéens circonspects. Tant, elle contraste avec les attentes mais aussi avec les récentes annonces du Gouvernement sur ce sujet (le CNT) devenu manifestement un véritable serpent de mer. « L’on a l’impression qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond. C’est la cacophonie totale…on se demande réellement à quoi joue le CNRD », commente un acteur politique.

En Guinée près de 200 partis politiques sont répertoriés au ministère de l’administration du territoire et de la décentralisation. Sachant les clivages qui minent le landerneau politique guinéen, il faut dire d’emblée que Mamadi Doumbouya pose une équation impossible à la classe politique. L’unanimité qu’il cherche, il est fort à parier qu’il ne l’obtiendra pas.  C’est du moins l’avis de cet autre acteur politique qui ne se fait pas d’illusions.

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« L’unanimité qu’il cherche, ils ne l’auront pas. Ce n’est pas possible. Pour une fois et contre toute attente, des partis politiques représentatifs jadis très opposés sont parvenus à une unanimité. L’UFDG, le RPG arc-en-ciel, l’UFR, le PEDN… sont tombés d’accord sur un modèle de partage, ils ont fixé des critères et ont déposé leur liste commune au MATD depuis le 25 novembre dernier. Près de deux mois après, il nous retourne la balle en nous demandant de nous entendre. C’est incroyable et ce n’est pas possible. Il cherche des prétextes pour gagner du temps », dénonce une autre figure politique guinéenne.

A propos toujours de cette cacophonie au sommet de l’Etat concernant la mise en place du CNT, il faut dire qu’elle n’a pas commencé aujourd’hui. En décembre dernier, Mohamed Béavogui avait été désavoué sans ménagement par la junte après avoir mené rondement une offensive diplomatique à la veille d’un sommet de la CEDEAO.

Porteur à l’époque d’un message de Mamadi Doumbouya, il avait assuré aux dirigeants de la CEDEAO que le CNT (Conseil national de transition), organe législatif de la transition allait être mis en place avant fin décembre. Patatras, de retour à Conakry, le CNRD avait pris un communiqué indiquant n’avoir pris aucun engagement par rapport au délai de la mise en place du CNT. Le sujet est toujours renvoyé aux calendes grecques.

Ce désaveu et d’autres faits contribuent à amplifier les doutes mêlés d’inquiétudes sur les véritables intentions de la junte, qui avait juré dès les premières heures de sa prise du Pouvoir n’avoir pas l’intention de s’éterniser. Accusé de « manœuvres dilatoires » pour retarder le démarrage réel de la transition, à travers la mise en place des organes nécessaires à sa bonne marche, Mamadi Doumbouya doit cesser de tâtonner et prendre ses responsabilités pour trancher au lieu de demander « l’impossible » à la classe politique.

A suivre...

Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

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Créé le Lundi 17 janvier 2022 à 2:28