Nzérékoré : A la découverte des braves teinturières de la "forêt sacrée "…

Nzérékoré
Des productrices de la "forêt sacrée"
Des productrices de la "forêt sacrée"

CONAKRY- La Guinée regorge d’immenses potentialités artisanales caractéristiques de chaque zone naturelle : sculpture pour la basse Guinée, tissu indigo (léppi) pour la moyenne Guinée, sculpture et bakha pour la Haute Guinée, tissu indigo (forêt sacrée) pour la Guinée Forestière. Selon l’office national de promotion de l’Artisanat, le secteur regroupe 8 domaines d’activités, à savoir : Métaux, Bois et des fibres végétales, Cuir Construction/bâtiment, Alimentation, Prestations de services, Activités diverse.

Selon l’Agence guinéenne de promotion des investissements privés (APIP), le secteur de l’artisanat fournit plus de 40% de la production manufacturière, occupe environ 25% de la population active guinéenne et plus de 30% de la population urbaine. Il contribue à la valorisation des matières locales, à la satisfaction des besoins essentiels des populations, a la création d’emplois, à la formation, aussi bien des jeunes déscolarisés que non scolarisés, par l’apprentissage traditionnel. Cependant, les acteurs de ce secteur rencontrent des difficultés de tout ordre. C’est le cas des artisans de N’Zérékoré, spécialisés dans la fabrication de la forêt sacrée. Cette tenue traditionnelle connait un succès national. Comment se prépare-t-elle ? Nous sommes allés à la rencontre des acteurs de la filière.

La « Forêt sacrée » est faite à la base d’un tissu ordinaire, des racines et d’écorces d’arbres, de noix de cola pulvérisées et du colorant. La forêt sacrée est souvent utilisée dans des cérémonies rituelles. Dans la région forestière, plusieurs autres citoyens l’utilisent pour couronner les étrangers, les chefs etc.

Rencontrée au centre d’exposition artisanal de Nzérékoré situé dans la Forêt du 1er mai au quartier Horoya commune urbaine de Nzérékoré, Martine Blémou, teinturière, raconte comment se passe la confection de cette tenue. 

 « Il faut d’abord préparer la boue qui constitue l’encre pour des dessins. Et cette boue se prépare à la base de plusieurs racines qu’on part chercher en brousse. Puis, nous partons acheter une quantité de noix de cola au marché. C’est ce que nous pilons très bien.  Nous mettons la poudre dans un bassin et nous mélangeons avec de l’eau. Ensuite, nous immergeons le tissu blanc dans cette eau colorée avec la poudre de noix de cola. Immédiatement, le tissu change de couleur. Après cette étape, nous étalons l’habit au soleil à trois reprises. Nous ajoutons un peu de soude qui renforce la couleur rouge. Après on étale au soleil. Nous avons des écorces d’un arbre qu’on appelle ‘’Gbazi’’, que nous partons chercher en brousse. Nous mettons l’écorce au feu en ajoutant de l’eau.

C’est dans cette eau que nous remettons le tissu puis nous étalons au soleil. Quand ça devient sèche, nous mettons des dessins dessus. On étale une fois de plus au soleil. Quand ça devient sèche, nous lavons avec de l’eau propre puis nous remettons au soleil. Après, nous filtrons l’eau de cola, dans laquelle nous mettons pour la dernière étape et nous étalons au soleil », explique Martine Blémou.

Selon nos informations, la forêt sacrée a été valorisée au temps de la révolution. C’est en 1984 qu’un accent particulier a été apporté à cette tenue traditionnelle. Cependant, il a fallu du temps pour que la confection de ce tissu soit modernisée, témoigne le représentant du centre d’exposition artisanal de Nzérékoré.

« Hier la teinture, comme nos parents le faisaient, n’était pas beaucoup développée. Parce que la manière dont les femmes imprimaient les dessins, sur la teinture, est archaïque. On a vu qu’il y a un retard parce que le tampon qu’elles utilisaient ne pouvaient pas les permettre de confectionner 20 à 30 complets par jours. Mais, nous avons vu qu’il faut les aider. Moi, personnellement, en tant que calligraphe de profession, il faut les aider à imprimer par une autre méthode pour leur faciliter la teinture. C’est pourquoi, nous avons trouvé un autre moyen pour imprimer la maquette. C’est le tapis qu’on achète au marché et moi-même je dessine et je leur donne. Cela leur facilite l’impression des dessins sur le tissu. Elles peuvent de nos jours faire au-delà de 20 jusqu’à 30 complets par jours. Mais hier c’était le contraire », explique l’artisan.

De nos jours, la forêt sacrée est convoitée de tous. Grace à l’amélioration apportée dans la confection de cet habit traditionnel, il attire la convoitise au-delà des frontières guinéennes.

« Aujourd’hui, la forêt sacrée rapporte beaucoup de chose. La manière dont est fabriqué est admiré partout. Il y a de nos clients qui se lamentaient pour dire que la forêt sacrée que vous faites coule un peu. Donc, nous avons eu à inventer une autre couleur pour ne pas que la couleur quitte. Donc aujourd’hui, nous utilisons le colorant bien que ce soit chère, mais c’est ce que nous utilisons pour satisfaire nos clients. De nos jours, beaucoup ont aimé la forêt sacrée. Un peu partout dans le monde entier, nous recevons de commandes, mais nous n’avons pas les moyens d’acquérir en gros pour ravitailler la population », soutient M. Théa, avant d’ajouter que la crise sanitaire qui frappe le pays a eu un impact sur la commercialisation de ces habits traditionnels.

« Elles ont fait 6 mois à la maison sans travailler. Avec la crise sanitaire, nos clients ne venaient pas. Elles étaient seulement à la maison. Beaucoup se sont permis de vendre même du charbon, de faire autre chose », confie l’artisan. Malgré tous les atouts de cette tenue, les acteurs du secteur sont confrontés à quelques difficultés, liées à un manque de soutien.

« Aujourd’hui, nous sommes confrontés à beaucoup de difficultés. Puisque nous n’avons pas eu un bailleur de fonds pour nous permettre d’acquérir les matières premières qui sont souvent en rupture dans les marchés », se plaint Antony Théa.

« Nous n’avons pas de grandes marmites, de gros bols. Nous n’avons pas aussi de l’eau. Les écorces, nous partons les chercher m en brousse. Mais les bols et les marmites, s’achètent au marché et nos moyens ne nous permettent pas de les avoir. Nous avons également besoin d’une machine presseuse de cola », ajoute Gobou Maomou, teinturière.

Par manque de soutien, les artisans de la forêt sacrée ont du mal à participer aux expositions auxquelles ils sont invités à l’étranger. C'est pourquoi, ils demandent à l’État guinéen de leur venir en aide pour leur permettre de valoriser le savoir-faire guinéen.

 

SAKOUVOGUI Paul Foromo

Correspondant régional d’Africaguinee.com

A Nzérékoré

Tél : (00224) 628 80 17 43

 
Créé le Lundi 01 novembre 2021 à 9:42