Kankan : ces femmes migrantes qui ont vécu "l’enfer"…

Migration féminine
Image d’illustration
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Parties de la Guinée à la quête d’une vie meilleure, de nombreuses femmes migrantes ont vu leur rêve brisé sur le chemin de la migration irrégulière. Elles ont pour la plupart, subi des abus sexuels, torturé ou encore vendus. Dans la foulée, certaines ont la chance de revenir au pays. Nous sommes allés à la rencontre de ces femmes migrantes retournées volontaires.

Aîssatou Condé la vingtaine, porte encore les séquelles de sa mésaventure. Elle qui est partie au Maroc pour des raisons de santé, s’est embarquée dans une aventure plus grande, convaincue par ses amies.

« Le motif de mon aventure était dans un premier temps par ma santé qui était vraiment dégradée. Je souffrais des extrêmes maux de ventre. Entre temps, j'ai appris la nouvelle à travers mes amies qui m'ont certifié que le Maroc était un pays où je pouvais trouver des remèdes. C'est ainsi je me suis mise à chercher des moyens pour m'y rendre. D’abord en Guinée l’obtention des papiers n’a pas été facile car il m’a fallu 6(six) bons mois de démarches pour les obtenir. Après mon opération au Maroc, j’ai décidé de continuer mon rêve vers l’Espagne avec des amies que j’ai rencontrées là-bas. », a confié Aïssatou Condé.

Malheureusement, le chemin ne sera pas aussi facile qu’elle le croyait. La jeune femme a même failli perdre la vie en tentant de rejoindre l’Europe.

« La première fois que nous avions été pris et envoyé dans un campement, il y avait toutes sortes de barbaries qu’on nous infligeait en longueur de journée : injures, humiliation, maltraitance pour ne citer que cela. Ils disaient que nous avons envoyé la COVID-19 dans leur pays. Une fois dans le bateau que nous avions emprunté pour la traversée, a fait naufrage. J’étais avec ma fille et cinq (5) amies. Seulement ma fille et moi étions sorties vivantes, toutes les autres sont restées dans l’eau.  Cela a été le moment le plus douloureux de ma vie. Chose qui m’a amenée à prendre la décision de revenir au pays », raconte la jeune dame entre deux sanglots.

Maïmouna FOFANA, migrante retournée d’Algérie, était-elle aussi partie dans l’espoir d’une vie meilleure. Elle raconte sa mésaventure.

« J’étais là et mes parents n’arrivaient plus à payer ma scolarité, du coup étant en contact avec les amis(es) sur les réseaux sociaux qui avaient déjà traversé, la vue de la belle vie de l’Europe sur la toile, le comportement des diaspos pendant les grandes fêtes et l’adhésion de mon mari à mon projet, m’ont poussé à voyager » 

Un petit matin, elle et son mari décident de partir sur le chemin de « l’Eldorado ». Mais très vite, Maïmouna va se rendre compte de son erreur. Contrairement à ses attentes, le couple va vivre l’enfer.

« En cours de route, mon mari et moi avons été capturés par les rebelles qui nous ont tout retiré : argent, nourritures, habits…avant de nous conduire dans un foyer où la vie fut très compliquée pour nous à un moment à la rentrée de l’Algérie. Car pour manger, sortir, émettre un appel ou même boire il fallait payer de l’argent or nous étions dépourvus. Une fois en Algérie mon mari avec son passeport expiré a été pris par un contrôle de papier, embarqué dans le bus de refoulement, ne voulant pas me laisser seule, il a sauté du bus pour échapper à la patrouille, mais malheureusement il fut gravement blessé et rendu l’âme dans mes bras quelques jours après », relate Maïmouna Fofana les larmes aux yeux.

La précarité de la vie et les traitements inhumains ont poussé beaucoup d’entre elles à solliciter le retour au pays.  Accompagné par l'Organisation Internationale pour les Migrations OIM, ces femmes au nombre de 19 femmes sur un total de 24, ont bénéficié d’une réintégration dans la ville de Kankan depuis Août 2017. Ces femmes évoluent aujourd'hui dans divers domaines comme : le commerce, la couture, la restauration….

Selon TOUNKARA Bakary, Assistant Support Psychosocial de l’OIM/ Kankan la plupart de ces femmes rentrent au pays dans un état psychologique assez fragile.

« La plupart des bénéficiaires vulnérables qui arrivent, viennent avec des besoins spécifiques, et pour les savoir nous procédons tout d’abord à un premier entretien : accueil -l’écoute -conseils -l’orientation -sensibilisation et au-delà, en fonction de chaque cas de la spécificité, soit on réfère le bénéficiaire vers une structure spécialisée ou on fait en sorte que son besoin soit satisfait. Cela inclus une orientation vers des projets communautaires existants ainsi que vers des services ou des programmes psychosociaux à même d’aider les vulnérables souffrant de problèmes de santé mentale ou confrontés à des défis à rétablir les liens avec leurs familles.

Pour les cas vulnérables, ou bien si la personne a un problème lié à la santé mentale, on fait un soutien émotionnel ou on réfère la personne à une structure spécialisée pour une meilleure prise en charge dont les frais de consultations, d’hospitalisation et de médicaments sont assurés par l’OIM ainsi que son suivi ».

A toutes ces personnes candidates à la migration irrégulière, surtout les femmes, Aïssatou Condé et Maïmouna leur demandent d’arrêter de croire à toutes les informations qui montrent les belles images de l’Occident. « Restons chez nous et profitons des opportunités de réussites locales », lancent-elles.

L’Organisation Internationale pour les Migrations accompagne également ces migrants retournés, à suivre des formations professionnelles et qualifiantes dans des filières porteuses pour faciliter leur réinsertion professionnelle. Ces formations visent à favoriser un renforcement de leurs capacités afin de leur faciliter l’accès au marché du travail et de l’emploi.

Dans la Préfecture de Kankan, les Centres de formation professionnelles (C.F.P. de Kankan, C.F.P de Bordo, le Centre de Formation et d’Autonomisation des Femmes ‘’C.A.F’ et le Centre TOROKO SERVICES) ont été ciblés pour assurer la formation professionnelle et technique de cent cinq (105) jeunes potentiels migrants identifiés dans les vingt-sept (27) quartiers dans les filières de leurs choix.

Ces 105 jeunes migrants potentiels dont 32 femmes bénéficieront de formations professionnelles et qualifiantes dans les filières porteuses (Mécanique auto, Electricité Bâtiment, Saponification, Couture, informatique -Comptabilité, Plomberie, Menuiserie, Agriculture et Elevage) afin de leur faciliter l’accès au marché du travail et de l’emploi.

Pour terminer le Consultant Terrain AICS/ADEL/OIM Kankan, sur le projet «Appui au Développement Economique Locale en République de Guinée (ADEL) »,  affirme que « cette nouvelle approche : Réinsertion des Potentiels migrants est salutaire, car soigner le mal avant qu’il ne naisse c’est-à-dire : Appuyer les migrants potentiels dans la formation socio-professionnelle et la mise en œuvre des Activités génératrice de revenu dans le but de dissuader lesdits migrants potentiels à l’idée de l’Eldorado, est à encourager et à vulgariser ».

Créé le Mercredi 22 septembre 2021 à 21:18