Migration : Ces jeunes qui préfèrent la moto à la migration irrégulière

Guinée

Pendant que le manque d’emploi pousse certains jeunes à suivre le chemin de la méditerranée, d’autres par contre, vivent leur rêve en Guinée. Ils sont nombreux, ces jeunes qui conduisent des taxis motos, pour subvenir à leurs besoins. Plusieurs d’entre eux se disent satisfait de leurs situations actuelles.

La conduite des taxis motos est de nos jours l’une des activités favorites de bon nombre de jeunes. Pour la plupart diplômés des universités guinéennes, ils se reconvertissent en conducteur de taxi moto. Cette activité qui se révèle génératrice de revenus considérables.

Près de 4.000 en 2017, nous comptons aujourd’hui jusqu’à 5000 et quelques à Conakry nous confie Alexandre Loua, étudiant diplômé sans emploi et membre du syndicat des taxis moto.

Le nombre de diplômé sans emploi impliqué dans la conduite des taxis motos est estimé à près de 70% dans le grand Conakry selon Ibrahim membre du bureau des syndicats des taxis motos sur la ligne de Sonfonia/Ratoma. Tout de même il est à souligner que certains pratiquants sont des sans métier. Leurs attachements à cette activité leur font oublier la voie de la migration irrégulière au profit des recettes journalières.

Robert LENOH est de ceux qui préfèrent rester dans leurs pays. Aujourd’hui, il se fait de l’argent dans la conduite des taxi motos.

« Je me suis lancé dans la conduite des taxis motos quand je faisais la première année à l’université. La moto fut pour moi un père et une mère, disons un tout et un véritable soutien dans mes études. Aujourd’hui plus rien ne peut me pousser à abandonner la conduite de la moto à part la fonction publique. La plupart de mes camarades avaient quitté l’école dès la deuxième année des études supérieures pour aller chercher le bonheur de l’autre côté de la méditerranée. Moi j’ai opté pour l’auto emploi avec ma pauvre moto. Nombreux sont ceux-là qui ont trouvé la mort et d’autres sont revenus les mains vide. Pendant ce temps, moi j’accrois mon économie petit à petit. »

Mohamed DIALLO lui, en évaluant sa recette journalière n’éprouve aucune envie de gâcher son temps en voulant partir sur l’autre rive de la méditerranée.

« Je ne dirai pas que ceux qui cherchent à traverser la mer ne veulent pas travailler, mais ils sont chercheurs de la facilité. Certains peuvent se mettre en route avec 20.000.000 dès fois 30.000.000GNF. Avec ce montant je peux me trouver quatre motos. La recette journalière d’une moto est de 45000GNF. Avec quatre motos j’ai 160 000GNF par jour et par mois je comptabilise 4.800.000GNF. Au bout d’une année imaginez combien je peux encaisser. Chacun à sa façon de voir les choses. Pour ce qui est de mon point de vue, ça ne sert à rien de prendre un risque à deux branches, mon économie et ma vie. Perdre tout mon avoir en vain ou perdre ma vie seulement pour quitter mon pays pour aller chercher le bonheur ailleurs. »

Cet autre Migrant retourné, qui a préféré garder l’anonymat, pense pour sa part que la plupart de tous ceux qui sont sortis avec de forte somme, dans l’espoir de s’offrir la belle vie retournent le plus souvent les mains vides sans espoir et reprennent la vie à zéro.

« J’ai tenté une fois en vain. Maintenant je trouve refuge dans la conduite des taxis motos. J’ai gâché de fortes sommes sans succès mais j’ai pris conscience et je ne commettrai plus les mêmes erreurs. Si j’avais su très tôt je me trouverais des motos et là j’aurais fait un grand pas vers l’obtention d’une économie consistante. Présentement, je cherche à trouver plus de motos afin accroitre ma recette journalière. Je n’encourage aucun frère à utiliser ses fonds pour seulement traverser la mer. En restant chez soi, il est aussi facile de se faire de l’argent qu’ailleurs. »

Jean Claude HABA un autre étudiant, est aussi conducteur de taxi. Cette activité lui permet de financer son master.

« J’ai fini l’université il y a deux ans et j’ai envie de passer mon master. Dans la famille il n’y a personne qui puisse me soutenir. Donc la moto va m’aider à me faire un peu d’argent afin de financer mon master. Ceux qui pensent que l’occident est un monde tout fait, se trompent. Mieux vaut étudier et se former pour être en mesure de donner quelque chose de soi. Plus vous êtes capable de faire quelque chose d’important plus les gens s’intéressent à vous. Et plus vous vous donnez de la valeur intellectuellement, plus vous trouver de quoi vivre. »

Patrice KOIVOGUI rapatrié une fois, conseille ses frères jeunes à rester sur place au lieu de se faire des illusions suicidaires qui ne leur apportera rien d’autre que le désespoir et une vie troublée parce que dépourvue de tout leur avoir.

« A tous les jeunes qui éprouvent une forte ambition et bien motivé à partir en Europe, nous avons un moyen plus sûr avec lequel nous pouvons nous faire de l’argent et même créer de petits projets : la conduite des motos taxis. Au lieu de mettre votre vie en danger sur des terres inconnues mieux vaut rester chez soi. Lancer vous simplement dans la conduite des taxis motos et vous y prendrez goût en attendant d’autre opportunités. »

La conduite des motos taxis reste pour le moment l’une des pièces maitresses de l’économie de bon nombre de jeune. Ceux qui sont accrochés à cette activité pensent pour la plupart que la recette journalière est une base économique à ne pas négliger. 

 

Appolinaire Souwla THEA

Créé le Mardi 21 septembre 2021 à 15:31