Bah Oury réagit suite au coup d’Etat : "Alpha Condé s’est muré dans un entêtement…"

Guinée
Bah Oury
Bah Oury

CONAKRY- C’est la toute première réaction, au sein de la classe politique guinéenne, suite au coup d’État intervenu, ce dimanche 5 septembre 2021 en Guinée. Bah Oury, l’une des figures importantes de l’opposition guinéenne, s’est exprimé sur les derniers développements politiques, survenus à Conakry et qui ont conduit au renversement du régime d’Alpha Condé. Dans une interview accordée à notre rédaction, l’opposant a indiqué que ce qui est arrivé était prévisible.

AFRICAGUINEE.COM : Comment expliquez-vous le coup d’Etat intervenu ce dimanche 5 septembre 2021 en Guinée ?

BAH OURY : Ce qui est arrivé aujourd’hui était prévisible. Parce que tous les facteurs objectifs permettant d’aboutir à ce dénouement tragique sur le plan institutionnel a été mis en place par le régime du Président Alpha Condé. Ils ont délibérément et obstinément refusé de respecter les dispositions d’intangibilité de la constitution de 2010. De manière cavalière sur le plan constitutionnel, ils ont mis cela de côté en complicité avec la Cour Constitutionnelle pour permettre un changement de la constitution et l’organisation d’un référendum en mars 2020.

En plus de cela, cette constitution de mars 2020 souffre d’une double illégitimité. La première est consécutive à la violation des dispositions d’intangibilité, la deuxième est le fait que le texte qui a été proposé au référendum n’a pas été celui qui a été promulgué comme constitution de la République de Guinée. Au regard de cela, la Guinée était dans une situation inédite, d’absence au point de vue juridique, d’un véritable texte fondamental. La communauté internationale, notamment la CEDEAO et l’Union Africaine ont fermé les yeux sur les violations de la charte de la Gouvernance, de la démocratie et des élections de l’Union Africaine, qui aurait dû sanctionner l’État guinéen, l’organisation d’élections par des manipulations juridiques, pour changer la constitution de la République de Guinée.

La deuxième chose, c’est la situation économique et sociale. Malgré les recommandations de la communauté internationale et de la communauté nationale dans sa représentation la plus large des diversités du pays, le Président Alpha Condé, s’est muré dans un entêtement à organiser un référendum couplé à des législatives et une présidentielle, avec selon lui, les deniers publics. Cette hémorragie financière qui a coïncidé avec la pandémie de la covid-19, a aggravé les déficits publics de la République de Guinée. Ce qui a fait qu’en 2020, le trésor public s’était endetté auprès de la Banque centrale de près de 5000 milliards de francs guinéens.

En 2021, la nécessité de rétablir les comptes avec les pressions fiscales qui se sont accrues, de part et d’autre, ont abouti à l’aggravation de la crise sociale qui affectait sérieusement la population guinéenne. Sans se contenter de cela, de manière politicienne, les autorités ont fermé les frontières de notre pays, avec des pays limitrophes avec lesquels le commerce transnational était le plus important. Ce qui a anéanti depuis bientôt un an l’économie national et l’économie rural, pour ne citer que cela.

L’exacerbation de la colère a été telle qu’on n’oublie la corruption endémique avec des milliards de francs guinéens détournés alors que la population croupit dans la misère. L’un dans l’autre, a amené à ce que le Groupement des Forces Spéciales soit intervenu ce dimanche 5 septembre 2021 pour mettre fin au régime du Président Alpha Condé.

N’est-ce pas un retour à la case départ au plan démocratique pour notre pays ?

C’est relatif ! L’élan démocratique a été très fort durant la période 2005, 2006, 2007, 2008 et les guinéens dans leur très grande majorité, espéraient qu’avec la transition de 2010, sous la Direction du CNDD, une sortie de crise efficace et durable pour ne plus revenir aux situations antérieures. Malheureusement, les habitudes ont la vie dure, les mentalités politiques sont rétives aux changements de gouvernance, de comportement et de relation avec les citoyens. Nous avons eu, au lieu d’une avancée démocratique, une régression démocratique qui a fait que la période de 2010 à maintenant a été jalonnée par une succession de crises politiques avec beaucoup de tueries, beaucoup de violations des droits de l’homme et beaucoup d’incertitudes par rapport à la stabilité de la République de Guinée. Le comble a été atteint ces derniers temps. C’est tout à fait compréhensible qu’il y ait eu cette rupture, entre-guillemets, de l’ordre constitutionnel, qui n’en était pas un en réalité.

Êtes-vous rassurés par le premier discours tenu par le Colonel Mamady Doumbouya ?

Je dois dire que tous les communiqués qui ont été faits dans cette journée, à titre personnel, je peux les signer puisque ça correspond fondamentalement à notre point de vue et à notre vision de la nécessité de faire en sorte que les changements politiques se traduisent dans le concret dans notre pays. Mais il ne faut pas perdre de vue qu’une déclaration n’est pas suffisante. Il faut des hommes et des femmes pétris dans une volonté de résister, de changer en profondeur la Gouvernance, pour faire barrage à toutes les velléités de confiscation, de consolidation des pratiques antidémocratiques. En d’autres termes, de renforcer des élans novateurs pour l’affirmation des droits des citoyens et des droits de l’homme.

A suivre…

Africaguinee.com

Créé le Lundi 06 septembre 2021 à 3:21