Jules K. Mami : « Comment j’ai perdu mon enfant à l’INSE de Donka… »

Conakry
Julien K MAMI
Julien K MAMI

CONAKRY-Mariés en décembre 2020, Julien K. MAMI et son épouse attendaient avec joie leur 1er garçon quand leur espoir s'est brusquement effondré ce mardi 31 août 2021 à l'Institut de Nutrition et de Santé de l'Enfant à Donka (INSE). Son histoire est déchirante. 

Dans cet entretien qu'il a accordé à la rédaction Africaguinee.com, ce père de famille dont l'enfant n'a vécu que 11 jours.  Mis dans une couveuse à l'hôpital Donka, le nouvea-né n'a fait que 24Heures. Encore sous le choc, M. Mami nous a expliqué dans quelles conditions il a perdu son premier fils. Sur les réseaux sociaux, son témoignage a suscité une avalanche de réactions de soutiens.  Près de 5000 commentaires sur son post, sans compter le nombre de partages. Africaguinee.com l’a rencontré. 

AFRICAGUINEE.COM : Dans quel état êtes-vous après avoir perdu votre bébé ?

JULIEN K. MAMI : Je suis totalement meurtri. Personnellement mon état d'âme se comprend mais mon épouse est totalement dévastée parce que ces genres de blessures ne guérissent jamais. A chaque fois qu'elle y pense, elle replonge dans le remord. C'est vraiment terrible pour elle. On est vraiment attristé. Je me suis marié en décembre 2020 et comme tout père on attendait cet heureux évènement qui allait faire notre fierté et la fierté des nôtres. Vous savez, on est en Afrique, c'est tout un honneur quand vous avez l'aîné qui partage ce bonheur avec grand-père et grand-mère et tout le monde. Malheureusement, il s'en est suivi ce que vous savez. C'est dommage. 

Racontez-nous dans quelles conditions vous avez perdu votre enfant ?

Comme dans les conditions des autres mères qui sont passées là-bas avant nous. Dans les mêmes conditions que les parents trouvent l'Institut de Nutrition et de Santé de l'Enfant à Donka. Vraiment c'est dans les conditions inimaginables. L'on se croirait vraiment dans un pays qui n'a pas de dirigeants. Imaginez au XXIème siècle, un hôpital national qui manque d'entretien. Dans un centre national où les enfants sont abandonnés à eux-mêmes, dans lequel les médecins qui sont censés s'occuper des enfants commencent à dormir dès qu'il est 1h ou 2h du matin. Un centre où les enfants devaient être dans le maximum de propreté se retrouvent exposés face aux cafards et fournis. Quand vous rentrez dans salle d'urgence, la salle 1 de cet hôpital vous trouverez des fourmis monter sur les enfants. Il faut le voir pour le croire. 

Envisagez-vous de saisir la justice ?

Je reçois beaucoup d'appels de soutien. Il y a des personnes qui ont souffert des mêmes maux dans ce même Centre que je ne connaissais pas auparavant qui m'ont contacté. Mais pour le moment je ne saurais être tranchant sur cette question. Nous réfléchissons, si nous sommes contactés par des personnes de bonne volonté ou des personnes très engagées à nos côtés pour mener ce combat, je pense qu'on ira jusqu'au bout. Ce n'est plus une question de monsieur Mami, nous avons perdu notre petit ange, qu'il repose en paix, mais il faut qu'on soit sûr que les autres parents qui sont là-bas s'en sortent. Ils ne pourront jamais s'en sortir si on ne se constitue pas en collectif ou si des personnes ne se lèvent pas pour dénoncer. Il faudrait une action commune des victimes mais aussi des personnes qui sont prêtes à nous soutenir dans cette lutte, sinon une seule plainte d'un simple monsieur Mami n'aboutirait à rien surtout dans ce pays ou les gens ne vous écoutent pas quand vous souffrez. 

Êtes-vous prêts à mobiliser toutes les victimes de ce Centre pour mener une lutte afin de sauver d'autres vies ?

Il y a des luttes qu'on ne choisit pas. Par fois on se retrouve dans un combat qu'on n'a jamais cherché. Mais lorsque vous êtes face à des difficultés énormes c'est là où vous faites une petite rétrospection pour vous remettre en question, pour savoir quel est votre but dans cette vie. Et franchement, cette épreuve m'a fait voir énormément de choses. Je ne promets pas ciel et terre en ce qui concerne mon engagement mais nous irons très loin pour cette histoire, nous irons très loin non seulement pour que justice soit faite pour tous ces enfants disparus dans les mêmes conditions. Par ce qu'il y a beaucoup de victimes, il y a des parents qui n'en parlent pas parce qu'ils se disent que ça n'ira jamais loin. Alors, aujourd'hui moi je me suis mis devant et nous allons porter très haut cette lutte. Parce que nous allons nous faire entendre par qui voudra nous entendre. 

Quel message avez-vous à lancer à l'endroit de toutes les victimes de ce Centre ?

Une dame m'a dit une chose que j'ai envie de dire à toutes ces victimes. Cette dame m'a dit : « monsieur Mami, surtout si vous avez envie de pleurer, pleurez ! Que personne ne vous dise que ça va aller, ça ira ». Je pense qu'elle a totalement raison. Parce que pleurer c'est une thérapie. De même, j'ai envie de dire à toutes ces victimes de toujours continuer de pleurer leurs morts, c'est vrai que les pleures ne vont pas les faire revenir mais si vous pensez que pleurer peut vous consoler alors continuez toujours les pleures tout en gardant en esprit que rien ne dure de façon éternelle. De toutes les façons, grâce à votre lutte, tôt ou tard d'autres personnes seront sauvées de l'amateurisme de ceux qui ont juré malheureusement du serment d'Hippocrate. Prenez courage chères victimes, j'imagine aujourd'hui vos peines, j'imagine la douleur que vous pouvez ressentir. Tôt ou tard tout ira bien. 

 

Entretien réalisé par Oumar Bady Diallo 

Pour Africaguinee.com 

Tel : (00224) 666 134 023

Créé le Jeudi 02 septembre 2021 à 10:18

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