La colère de certains citoyens à Conakry : « Observez la situation...c’est de la merde »

Covid-19
Des citoyens rassemblés au Palais du peuple pour la vaccination contre la civid-19
Des citoyens rassemblés au Palais du peuple pour la vaccination contre la civid-19

CONAKRY-Lancée au mois de mars 2021, la campagne de vaccination contre le coronavirus se poursuit à Conakry où 85% des malades sont enregistrés. Si l’agence nationale de la sécurité sanitaire (Anss) a réussi, manifestement, à briser la chaîne de réticence chez la population face au vaccin, cette opération de vaccination constitue désormais un casse-tête pour les citoyens. Les couacs sont nombreux et certains citoyens sont exténués. Reportage.

Depuis quelques temps, ils sont nombreux ces jeunes, femmes et vieilles personnes qui décident volontiers à aller prendre leur première ou deuxième dose de vaccin au niveau des sites de vaccination retenus à cet effet.

Selon Sory 2 Keira, responsable communication de l’agence nationale de sécurité sanitaire, il existe une dizaine de sites retenus pour cette opération pour toute la capitale guinéenne où l’Anss compte vacciner un million de personnes. Avec la mobilisation, ces sites sont pris d’assaut par des citoyens qui souhaitent se faire vacciner. C’est le cas du site situé à l’esplanade du palais peuple dans la commune de Kaloum.

 

 Ici, ils étaient nombreux ce jeudi 26 aout à rejoindre les lieux pour prendre leur injection. Sur place, une anarchie qui ne dit pas son nom règne. Corruption, favoritisme et népotisme, c’est l’ambiance dans laquelle nous avons trouvé les candidats à la vaccination.

A quelques mètres des lieux, la première des choses qui attire l’attention, c’est cette longue file d’attente de personnes. Serrés les uns contre les autres, le port de masque, la distanciation, mesures sanitaires préventives contre la covid-19, sont ignorées. Le vaccin, c’est la préoccupation de tous. Un véritable parcours de combattant. Malgré la présence de quelques agents de forces de l’ordre, certains ne portent pas de bavettes. Mais ce n’est pas une préoccupation.

Etre parmi les premiers arrivants ne garantit pas forcément avoir le vaccin le même jour, parce qu’il faut encore s’enregistrer sur une liste de présence, puis rester à l’écoute d’un agent chargé de faire appel. C’est tout un combat.  

Fatigué de s’arrêter dans le rang entre des jeunes surexcités et sous un soleil de plomb, Mohamed Camara, la quarantaine a trouvé refuge sur les bars de fer du château du palais en attendant l’arrivée de son tour. Il déclare être inquiet avant d’interpeller l’Anss.

« On a vraiment beaucoup d’inquiétude présentement au palais du peuple. Quand on vient le matin, il faut rester toute la journée, de 6h jusqu’à 18h. Sous le soleil, la pluie, c’est vraiment fatiguant tout ça. L’Agence nationale de la sécurité sanitaire devrait multiplier les sites de vaccination, ça allait beaucoup nous soulager », lance Mohamed, encore dans l’attente e observant la file indienne.

Visiblement triste de cette anarchie, Abdoulaye Mariame Soumah, venu pour se faire vacciner a la rage contre les autorités sanitaires, notamment l’Anss. Devant notre micro, il déclare : « c’est de la merde. Inutile de me demander comment je me sens, observez vous-même la situation, relatez ce qui passe ici, c’est de la merde », a hurlé ce citoyen.

« C’est très mal organisé, observez seulement. Moi-même je vais rentrer et quand je vais tomber malade, je vais revenir me faire soigner », enfonce-t-il avant de nous snober.

Lamarana Barry suit le rang, son tour n’est pas loin, il attend, marche dare-dare dans l’espoir d’être enregistré. Problème : selon lui, « il n’y a pas suffisamment de médecins pour faire la vaccination. Depuis le matin je suis là à l’attente de mon tour, mais le personnel est minime par rapport à ceux qui se veulent se faire vacciner. Je demande à l’Anss d’augmenter le nombre d’agents sur le terrain afin d’accélérer le processus de la vaccination », lance Lamarana Barry.

« Depuis 6h je suis là, il est 14 h déjà. Lorsque vous venez, vous restez dans le rang pendant longtemps afin de vous faire inscrire sur la liste. Après cette étape, vous êtes obligés de rester arrêter pendant des heures pour qu’on appelle, c’est très mal organisé. Ça fait trois jours que je quitte Sangoyah, (commune de Matoto) pour venir me faire vacciner mais, c’est tout un problème. L’Anss devrait augmenter le nombre d’agents sur le terrain ou à défaut, multiplier les sites de vaccination », plaide Rouguiatou Camara.

Il faut noter depuis son lancement le 5 mars 2021, pour la première dose, 735 397 personnes ont été vaccinées contre 364 781 qui ont reçu leur deuxième dose de vaccin, selon les chiffres actualisés par l’agence nationale de la sécurité sanitaire, à la date du 27 aout. La Guinée compte vacciner 70% de sa population d’ici fin 2021. 

Face au flux de plus en plus grandissant, l’ANSS a pris des dispositions pour répondre à la demande de la population. A savoir : augmenter les sites de vaccination dans la ville de Conakry et à l’intérieur du pays ; réorganiser les sites de vaccination et de leur approvisionnement pour diminuer les files d’attente et maintenir le système d’enregistrement des données de vaccination.

Pour faciliter la mise en application de ces dispositions, l’ANSS avait décidé de fermer les sites de vaccination le Samedi 28/08/2021. Les activités reprendront ce lundi 30 Août 2021. Reste à savoir si les mesures prises vont permettre de corriger les écueils et autres couacs constatés sur le terrain.

 

Reportage réalisé par Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

Tel: (00224) 664 72 76 28    

Créé le Lundi 30 août 2021 à 12:15