Bah Oury parle : "Lorsque Cellou était premier ministre, Kiridy ministre de l'intérieur…"

Guinée
Bah Oury, leader du Union des démocrates pour la Renaissance de la Guinée (UDRG)
Bah Oury, leader du Union des démocrates pour la Renaissance de la Guinée (UDRG)

CONAKRY-Alors que l'opposition reste divisée par rapport au dialogue politique, Bah Oury vient de faire un rappel historique. Dans une interview accordée à notre rédaction, le leader de l'UDRG (Union des démocrates pour la Renaissance de la Guinée)  interpelle les dirigeants actuels et l'opposition de tirer les leçons du passé pour  éviter au pays de sombrer. Dans cet entretien, l'opposant fait aussi d'autres confidences.  

 

AFRICAGUINEE.COM : Où en êtes-vous avec le processus de concertation pour le choix de vos représentants au sein du cadre permanent du dialogue ?

BAH OURY : La dynamique continue toujours. A partir du moment où le chef de l'opposition a pris contact avec les dirigeants des autres partis politiques, le processus est en marche. Il y a des déclarations qui sont faites par certains dirigeants politiques du 1er rang, mais je considère, comme la lettre était bien explicite, on devra se retrouver dans les premiers jours du mois de septembre pour que de manière concertée, on puisse affiner la stratégie. Et à partir de ce moment, dans le cadre d'une dynamique de participation au dialogue, il y a des points qu'il faudra relever.  Il y a des suggestions qui devront être faites, ceux qui sont intéressés devront se retrouver pour statuer sur la question et arrêter une position que je souhaite concertée et consensuelle pour nous permettre de faire avancer les lignes politiques et enclencher un processus de dialogue fructueux et constructif.

Certains pensent que c'est le dialogue comme par le passé du fait des querelles électorales. Mais la situation actuelle est devenue plus grave que par le passé. Nous sommes confrontés à des crises de vaste ampleur et qui englobent la globalité de toutes les politiques en cours. Ce n'est pas seulement le Gouvernement ou le parti au pouvoir ou la Présidence qui est en question, c'est la gouvernance totale du pays qui est en question aujourd'hui. Il y a une crise politique visible, vous avez aussi une crise de la représentation (…). Donc cette crise de représentation est à tous les niveaux : social, politique, institutionnel. Parce qu'il y a un décalage entre ces élites et ceux qui sont représentés. Cela crée un divorce profond qui fait qu'il n'y a pas de confiance entre ceux d'en haut et ceux d'en bas. Il est difficile de bâtir quoi que ce soit dans cette situation.

Vous avez aussi une crise économique plus profonde où le mode de fonctionnement de l'Etat et de la gouvernance économique nécessite un changement profond des paradigmes. Et ça, certains qui sont dans l'opposition peuvent dire que ceux qui sont au pouvoir gouvernent mal, mais en d'autres termes sans remettre en cause le mode de gouvernance économique. Les mêmes effets conduiront aux mêmes conséquences. Nous avons besoin de changer notre façon de faire. 

Vous pensez que tous ces problèmes que vous venez d'évoquer pourront être réglés au sein d'un cadre de dialogue ?

Les gens sous estiment la nécessité du dialogue tel qu'on souhaiterait qu'il s'engage dans ce pays. C'est une refondation de l'Etat en tant que tel qu'il faudra engager et la refondation de la société avec l'affirmation de la citoyenneté de tous. Donc, ce processus de dialogue tel qu'il est indiqué devrait être un début de réflexion, de réforme et de remise en cause de la manière dont notre pays a fonctionné depuis ces 60 dernières années. Si on ne va pas dans ce sens, on ira de crise en crise et nous rejoindrons la liste des pays en faillite tel que nous le constatons au niveau du continent. Nous ne souhaitons pas qu'on en arrive là. Il n'y a pas d'autres alternatives que d'engager un dialogue profond, large, inclusif pour nous permettre d'envisager un nouvel ordre politique dans notre pays. 

Comment surmonter cet obstacle avec le retrait de l'UFDG et de l'UFR dans ce processus  ?

Il y a déjà un problème. Et lorsque vous dialoguez, cela ne veut pas dire que vous cessez de combattre. Les deux doivent aller de pair. Lorsque vous vous engagez dans un processus de négociation, il faut savoir comment avoir le dessus pour obtenir ce que vous voulez. Il y a des aspects prioritaires, des aspects secondaires, il y a des préalables. Tout cela, c'est une question stratégique qui nécessite de penser et de réfléchir. Mais chacun a sa lecture de la situation. Personnellement, je trouve que beaucoup de revendications qui sont formulées par-ci et par-là peuvent être inclues dans le processus de discussion pour amener à ce que le dialogue puisse être inclusif, large et constructif. Cela dépend de la stratégie et les moyens à mettre en œuvre pour aboutir à cela. Mais si vous restez de l'autre côté de la rive et dire : Tant que les conditions idéales ne sont pas réunies je ne vais pas dialoguer, je pense qu'à tout moment il y aura des conditions défavorables qui vous empêcheront de traverser la rive. Donc il faut savoir ce qu'on veut. 

Est-ce que vous êtes en train de faire ce travail de lobbying pour amener ces leaders à s'inscrire sur ce que vous venez d'expliquer ?

Du fait déjà, que j'en parle publiquement, ça veut dire qu'on est en train de leur dire qu'ils ont tort de penser et d'agir comme ça. En 2002-2003, nous avions suggéré devant l'impasse politique sur le plan électoral, de faire en sorte qu'il y ait une candidature unique de l'opposition qui pourrait être un prétexte pour dire à tout le monde dès le 1er tour, de faire ce que le Madagascar avait fait à l'époque. Mais vous avez les mêmes dirigeants qui sont aujourd'hui sur la sellette qui avaient dit non, eux, ils n'étaient pas d'accord, croyant que le Général Lansana Conté avait atteint sa limite. Malheureusement au lieu de finir en 2002 ou 2003, le Général Lansana Conté a survécu pendant un mandat entièrement. Cela a amené à ce niveau-là un retard pour le pays.

Un autre exemple, par rapport aux élections communales de 2005, beaucoup de personnes qui ne sont pas des moindres dans l'opposition d'aujourd'hui, étaient Premier ministre et d'autres qui sont toujours en situation de responsabilité était ministre de l'intérieur. Monsieur Cellou Dalein Diallo était premier ministre et monsieur Kiridi Bangoura était ministre de l'intérieur du Gouvernement du Général Lansana Conté. Les négociations pour ramener l'opposition à s'engager dans le processus électoral alors que pendant 5 ans une bonne fraction de l'opposition avait boycotté les élections, la communauté internationale s'était mobilisée. Et ces discussions et dialogues avaient abouti à un consensus, à des accords pour que les élections communales de 2005 puissent servir de test pour permettre de déclencher un autre processus politique pour le pays.

Mais le jour des élections, le PUP  (parti de l'unité et du progrès) avec ses responsables avaient bourré toutes les urnes et ne voulaient pas du tout partager le pouvoir communal avec qui que ce soit. Le RPG s'était battu pour conserver Kankan, Kouroussa et Siguiri, nous nous sommes contentés de Dinguiraye et de Bourouwal Tappé (...). Les dirigeants croyaient qu'ils avaient gagné comme alors qu'ils précipité le pays dans une désobéissance systématique avec l'émergence des forces sociales qui ont fait qu'à la fin des années 2005-2006, le pays a sombré dans la crise.

Pratiquement depuis lors, il y a quelques répits mais le pays n'est pas tout à fait sorti de la crise.  Donc, c'est pour dire aujourd'hui aux dirigeants actuels, il ne faut pas jouer au plus malin, vous croyez gagner en refusant l'inclusivité, mais vous risquez de perdre parce qu'il y a des faits qui sont là, il y a des réalités qui sont là. Et il faut qu'on règle les problèmes de ces réalités-là. 

A suivre…

 

Oumar Bady Diallo

Pour Africaguinee.com

 
Créé le Mercredi 18 août 2021 à 14:17