Enquête Bac 2021 : Comment des agents enrôleurs s'enrichissent sur le dos de pauvres élèves?

Conakry

CONAKRY-Le ministère de l'Education a lancé à la veille du début des examens nationaux, le processus de vérification d’identité et de la prise des empreintes des candidats. Cette opération "gratuite" qui entre dans le cadre de la digitalisation du système éducatif guinéen, ne se passe pas sans anicroches.

Elle est devenue une occasion pour certains agents enrôleurs de se livrer à la corruption. Alors que l'opération est gratuite, ils se permettent de s'enrichir sur le dos de pauvres élèves, en les faisant payer de l'argent. Africaguinee.com a enquêté.

L’enrôlement des candidats a été initié et lancé par le ministère de l’éducation nationale et de l’alphabétisation à quelques jours du lancement des épreuves du baccalauréat unique session 2021. Cette opération de prise d’empreinte est une façon pour le ministère de compléter le processus d’identification des adresses des élèves dans ses bases de données.

Cependant, beaucoup d’élèves candidats n’ont pas pu passer devant la machine pour la prise d’empreintes avant le démarrage de l’examen.  L’opération étant obligatoire, même après le BAC, certains ont entamé des démarches pour se faire enrôler. Et c’est là que des agents enrôleurs sont en train de profiter pour gagner de l’argent.  A.B a fait le baccalauréat session 2021. Elle affirme avoir payé une somme d’argent pour son identification devant la machine. Elle n’arrive pas à comprendre.

« Je suis élève et j’ai fait le bac cette année. Je n’avais pas pu me faire enrôler avant le lancement des épreuves. Hier, une amie m’a appelée pour me dire d’aller à Kagbélen pour qu’on puisse se faire enrôler, mais c’était payant. L’agent enrôleur nous a réclamés chacun 30 mille francs guinéens. On était au nombre de 15 élèves candidats à vouloir se faire enrôler et c’est ce que nous avons payé. Est-ce vraiment normal ?» s’interroge A.B.

« Je lui ai demandé si l’enrôlement est obligatoire, il m’a dit oui. Mais il m’a dit que le ministre leur a ordonné d’arrêter l’enregistrement de ceux qui ont fait le BAC et de se focaliser sur les enfants (...) Mais il le fait pour aider les gens car le ministre aurait dit que ceux qui ne le feraient pas seraient ‘’foutus’’. C’est ainsi que je lui ai remis la somme des 30 mille pour me faire enrôler», a témoigné la candidate qui a souhaité s’exprimer sous anonymat.

Nous avons réussi à joindre à l’agent enrôleur pour vérifier cette information. Il répond au nom de Mohamed Camara. Au bout du fil, nous sommes présentés comme un parent d’élève voulant faire enrôler son enfant.  ‘’Nous avons un enfant qui n’a pas pu participer à la vérification d’identité et de la prise des empreintes des candidats avant le BAC, nous voudrions que vous nous aidiez. C’est à combien vous le faites ?", avons-nous sollicité.

Sa réponse est sans équivoque : « Tu es où ? mais il pleut présentement là encore. Quand je sortirai, je vais te donner ma position. Je suis à Dubréka ville mais nous le faisons à 30 mille francs guinéens pas de réduction », nous confie l’agent avant de raccrocher. Quelques minutes plutard, le même monsieur nous envoie un message écrit pour nous donner rendez-vous au « rond-point Kagbélen », dans la préfecture de Coyah. C’est à cet endroit que la candidate a indiqué avoir payé de l’argent pour se faire identifier.

Au ministère de l’éducation et de l’alphabétisation, le porte-parole que nous avons contacté affirme que le département n’est pas au courant de tels agissements car le processus de vérification d’identité et de la prise des empreintes est gratuit.

« Le processus d’enrôlement n’est pas du tout payant. Et s’il y a des gens qui le font payer, nous souhaiterions votre collaboration afin de les démasquer parce qu’il y a toujours des individus indélicats », a déclaré Mamadi Sidiki Camara, porte-parole du MEN-A.

Selon lui, le processus de vérification d’identité et de la prise des empreintes est le début de digitalisation. « C’est juste les empreintes digitales que nous prenons parce que tous ces candidats sont dans nos bases de données. Cette prise d’empreinte est une façon de compléter le processus pour nous rassurer que les adresses qu’on possède des uns et des autres étaient compètes. C’est un processus qui va se poursuivre même après les examens, après les élèves, il y aura aussi les enseignants et même l’administration » a-t-il rappelé.

 

Enquête réalisée par Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

Tel : (00224) 664-72-76-28

Créé le Jeudi 29 juillet 2021 à 14:03

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