Bah Oury : "Que les adeptes de la violence sachent que les guinéens en ont marre…"

Guinée
Bah Oury, leader du Union des démocrates pour la Renaissance de la Guinée (UDRG)
Bah Oury, leader du Union des démocrates pour la Renaissance de la Guinée (UDRG)

CONAKRY-Une délégation du cabinet du chef de file de l'opposition, Mamadou Sylla a rendu visite, dimanche 25 juillet, aux quatre responsable de l'UFDG, libérés récemment. Dans quel cadre se situait cette démarche ? L'opposant Bah Oury, un des conseillers d'Elhadj Mamadou Sylla a apporté des précisions.

Dans cette interview, le président du parti Udrg revient aussi sur la récente déclaration de l'ambassade américaine à Conakry, interpellant le régime Alpha Condé sur des violations des droits humains notamment et la détention de leaders politiques. Aux « adeptes de la violence », Bah Oury prévient que les Guinéens en ont marre. Alors que le camp de Cellou Dalein Diallo, projette des manifestations après les examens soclaires, le leader de l'UDRG (Union des démocrates pour la Renaissance de la Guinée) préconise un changement de méthode.

AFRICAGUINEE.COM : Vous avez rendu visite aux responsables de l'UFDG qui ont bénéficié d’une liberté conditionnelle. Dans quel état vous les avez trouvés ?

BAH OURY : C'est la continuité par rapport à ce que nous avions déjà fait. Au mois de mars dernier, nous étions allés à la Maison Centrale les rendre visite. Nous avions fait également un memo dans le cadre des activités du chef de file de l'opposition pour indiquer des pistes permettant à une décrispation politique dans le pays. La question de l'élargissement des détenus politiques était le point central. Nous avons salué la libération conditionnelle des quatre dirigeants de l'UFDG, nous les avons réconfortés et exprimé notre solidarité. J'ai trouvé des personnes relativement en bon état physique. Peut-être du fait de l'âge, Elhadj Chérif Bah a une canne, en dehors de cela, nous avons trouvé des personnages relativement en bonne santé. Ils vont bien et le moral haut. Comme nous ne sommes pas médecins, nous ne pouvons dire que ce que nous avons vu.

Que pensez-vous de la déclaration de Washington dénonçant la poursuite des arrestations et la réduction au silence d'opposants en Guinée ? 

Je souhaite que la Guinée en finisse avec cette question des prisonniers politiques et des tensions politiques, il faut que l'ensemble de la classe politique, celle qui est à l'opposition et celle qui se trouve en situation de responsabilité, sache que la question de responsabilité et de la paix en Guinée est un enjeu essentiel à l'heure actuelle. On peut assumer son rôle et son statut d'opposant sans pour autant rentrer dans une dynamique qui peut aller dans le sens de la détérioration du climat sécuritaire. Il faut que les gens changent de méthode, il faut que les gens se rendent compte que la stabilité n'est pas une affaire seulement du gouvernement mais de nous tous. Aussi, il faut que les autorités aient plus de pédagogie, ne pas utiliser seulement la démarche répressive croyant qu'il suffit d'enfermer ou d'arrêter quelqu'un pour l'empêcher de penser comme il veut penser.

Il faut que ceux qui dirigent indiquent le cap de la manière dont l'opposition va se comporter. Un gouvernement soucieux du respect des principes des droits des citoyens aura nécessairement une opposition qui fera beaucoup plus attention dans l'exploitation de certaines initiatives susceptibles de créer un désordre. Si nous voulons que les choses aillent dans le bon sens, aussi bien ceux qui sont dans l'opposition et ceux qui sont du côté du pouvoir, doivent changer de paradigme et mettre la question de la stabilité comme une question qui leur ait propre. Je suis tout à fait d'accord avec les Etats-Unis, lorsqu'il y a des violences des droits, qu'il faut les condamner, il faut les sanctionner c'est cela qui permettra à ceux qui sont au pouvoir d'être beaucoup plus attentifs dans le cadre du respect des droits des citoyens. 

Justement sur cette question, la représentation diplomatique américaine appelle aussi le Gouvernement guinéen au respect des droits humains et d'organiser rapidement les procès des personnes en détention mais le gouvernement guinéen a répliqué tout en soulignant qu'il n'est pas un obstacle au respect des droits humains. Votre lecture ? 

Je pense que vaut mieux agir dans les faits que de faire des déclarations qui risquent d'être considérés comme des déclarations à caractère polémistes. Il y a des détenus politiques, que la justice accélère la procédure judiciaire, ça c'est une question qui est de la responsabilité des autorités guinéennes. Les Etats-Unis ne peuvent que souhaiter que les procès judiciaires soient accélérés pour permettre de libérer ceux qui ne seront pas retenus dans un motif de culpabilité et nous permettre en tant qu'opposant, d'utiliser des moyens politiques pour les faire libérer comme nous sommes en train de le faire actuellement. Il faut que le processus judiciaire puisse être accéléré, cela est tout à fait normal et souhaitable. 

Que répondez-vous à ceux qui estiment que le constat des États-Unis lié au sort des opposants, réconforte ceux qui veulent reprendre les manifestations après les examens scolaires ?

Je ne pense pas. Il ne faut pas lier l'un à l'autre. Mais de toutes les façons, un, les Etats-Unis ont reconnu la réalité comme quoi monsieur Alpha Condé est le président de République de Guinée, qu'ils ont des relations cordiales avec les administrations et les institutions issues des dernières élections. Donc, de ce point de vue, ceux qui sont du côté de la mouvance ne doivent être frileux par rapport aux déclarations des autorités américaines. Lorsqu'il y a la violation des droits, il va de soi qu'un pays soucieux du respect des droits de l'homme ne peut que les sanctionner et les dénoncer. Il ne faut pas voir comme si c'est un encouragement à la manifestation, mais le droit de manifester est aussi un aspect qui est dans le cadre des libertés publiques et des libertés fondamentales dans un environnement multipartite. 

Quelle solution pour un apaisement durable envisageriez-vous ?

Il faut que les autorités guinéennes assument leurs responsabilités que la sécurité, la stabilité et la paix en Guinée l'incombent avant tout. Engager de manière sérieuse la dynamique d'un véritable dialogue politique qui permettra de résoudre les crises qui sont en train de nous étrangler. Cela est essentiel, primordial et incontournable parce que c'est la manière de restaurer la quiétude et la sécurité. Maintenant, ceux qui sont des adeptes de la violence, qu'il va de soi qu'il faut qu'ils se rendent compte que la société guinéenne en a marre de cela. Les gens aspirent à la tranquillité, à un débat politique fécond, créatif, innovant. Les gens ne veulent plus voir leurs enfants tuer ou leurs biens détruits. Il faut que chaque responsable politique sache cela, quelle que soit sa position et quel que soit son statut à l'heure actuelle. 

 

Interview réalisée par Oumar Bady Diallo 

Pour Africaguinee.com 

Tel: (00224) 666 134 023

Créé le Lundi 26 juillet 2021 à 14:09