Ousmane Kaba : "C’est inacceptable de mettre les hommes politiques en prison…"

Guinée
Dr Ousmane Kaba
Dr Ousmane Kaba

CONKRY-Dr Ousmane Kaba, plaide pour la Libération des prisonniers politiques. Dans la dernière partie de l'interview qu'il nous a accordée, l'ancien candidat à la présidentielle de 2020, demande au chef de l’Etat de réduire les tensions dans le pays en libérant, les détenus politiques conditions sine qua none d’un dialogue politique inclusif. Le leader du parti PADES évoque la fermeture prolongée des frontières avec le Sénégal et ses conséquences.

 

AFRICAGUINEE.COM : Comment appréhendez-vous la situation sociopolitique actuelle du pays ?

DR OUSMANE KABA : Aujourd’hui on est dans une situation tendue. Le président de la République a été élu très difficilement, mais il a été élu. Et quand c’est comme ça, normalement, il devrait faire appel à toute l’opposition sans exclusion afin d’apaiser et de gouverner en paix. Malheureusement, cela a été une suite de répression politique. Je ne pense pas que cela soit de nature à faciliter le dialogue quel qu’il soit, à faire réduire les tensions pour que lui-même puisse travailler dans la paix. Ce n’est même pas son propre intérêt, à mon avis. Ce qui est inacceptable, pour moi, c’est de mettre les hommes politiques en prison pendant très longtemps, sans jugement, sans faire la part des choses. (…) Le Dialogue va dépendre de l’atmosphère et des conditions que le pouvoir va mettre en place. C’est au pouvoir de faire le premier pas, détendre l’atmosphère pour que ce dialogue puisse déboucher sur des propositions concrètes et un apaisement de la vie politique en Guinée.

Avant même d’avoir composé le cadre permanent de dialogue conformément au décret, des négociations ont été entamées avec les transporteurs. Beaucoup estiment que c’est une façon de mettre la charrue avant les bœufs. Es-ce votre lecture aussi ?

La crise actuelle en Guinée, n’est pas une crise de transport, elle est politique. Je pense qu’il ne faut pas noyer le poisson. En ce qui concerne la composition de ce cadre, tout ça c’est des détails. A mon avis, l’essentiel c’est de créer les conditions, commencer par relâcher de tous les prisonniers, mettre dans le pays un climat de sérénité. En ce moment, les dialogues seront sincères et pourront déboucher sur quelque chose.

Alpha Condé a accordé de la grâce à certains détenus. N’est-ce pas un premier pas ?

C’est déjà une bonne approche, il faut l’encourager. Mais, il faut qu’il aille beaucoup plus loin en jugeant très rapidement les détenus et en les libérant s’ils sont innocents. Il ne s’agit pas de faire par la mansuétude, il faut la justice, c’est-à-dire faire organiser le jugement pour identifier les vrais coupables et ceux qui sont victimes d’injustice.  

Que pensez-vous des velléités de l’Ufdg de reprendre les manifestions de rue ?

Je n’en sais rien, c’est trop tôt pour moi de me prononcer. Il y a juste 48 heures depuis que j’ai appris cette information. Nous, nous allons discuter au sein de notre nouvelle plateforme et nous allons prendre une décision.

La multitude des plateformes politiques n’affaiblit-elle pas l’opposition face au pouvoir ?

Je pense que non. Ça dépend des objectifs. Nous, on a créé une plateforme bien avant celle du chef de file de l’opposition. On a commencé les discussions, ils se sont précipités pour faire ça pendant que nous étions en discussions. Nous avons été les premiers à initier parce qu’après plusieurs élections en 2020, il est temps de recomposer le paysage politique guinéen. Nous avons mûri cette réflexion et on s’est mis d’accord sur des objectifs très précis. L’un des premiers objectifs, c’est d’être un lieu de discussion des questions essentielles sur la Guinée. Ensuite, nous devons approfondir la démocratie, préserver l’unité nationale et la paix dans notre pays, tout ça c’est très important. On s’est dit également qu’il faudrait que l’on pèse sur le processus électoral pour le rendre plus transparent et finalement participer à tous les grands débats et au dialogue si possible, si les conditions sont réunies.

Ceci dit, je pense que ce n’est pas la multitude des coalitions qui divise l’opposition, c’est l’absence de ces coalitions puisque nous sommes 150 partis. Si vous faites des coalitions, ça veut dire vous commencez déjà à réduire le nombre d’interlocuteurs. Les gens se trompent souvent en disant qu’il y a une multitude de coalitions. Mais si ce n'est pas cela, on a une multitude de partis politiques. 

 Peut s’attendre éventuellement à une unité d’action des différentes plateformes ?

Tout dépendra du contenu des discussions, mais il faut éviter de penser que les coalitions sont faites les unes contre les autres. C’est un non-sens. Ceux qui partagent les mêmes avis vont évoluer ensemble.

Que pensez-vous de la signature de l'Accord entre la Guinée et le Sénégal en vue de la réouverture des frontières ?

Je n’ai pas encore vu cet accord. Le jour où je le verrai, je dirai ce que je pense. Par contre, il y a un problème général de la fermeture des frontières que nous avons désapprouvé. Chaque pays, peut, surtout à l’occasion des élections présidentielles lorsqu’on sent que la sécurité est menacée, généralement les pays ferment leurs frontières. Mais c’est pour les rouvrir quelques jours après. Moi-même, j’en ai été victime, mes t-shirts de campagne en provenance du Sénégal ont été bloqués à l’aéroport. Ce n’est pas seulement les t-shirts de l’UFDG. J’étais obligé de les ramener à Dakar et les faire envoyer par avion. Ça coute beaucoup d’argent. Lorsqu’on ferme les frontières avec ses voisins, dont le Sénégal, la Sierra Leone ou la Guinée-Bissau pendant très longtemps, qu’est-ce qui se passe ?

D’abord, il y a un impact très négatif sur le transport et l’emploi sur les zones frontalières. En plus, lorsqu’on prend le cas du Sénégal, la Guinée importe beaucoup de produits à partir de ce pays. Ces produits vont manquer et les coûts vont augmenter et ça participe à l’inflation. Troisième élément, il y a des milliers de Guinéens qui travaillent dans l’agriculture pour exporter des fruits, des légumes vers le Sénégal, ceux-ci vont perdre leurs revenus. Donc, ça aggrave la pauvreté chez nous. Même quand ils vont reprendre les exportations, ils n’auront plus de marché au Sénégal parce que ça trouvera que ce pays a déjà trouvé d’autres fournisseurs. Ce qui deviendra une pauvreté à long terme. C’est pourquoi, il faut faire des analyses objectives et éviter des situations comme celles que nous vivons qui étaient peut-être justifiées, mais qui ne le sont plus depuis très longtemps.

Dr Ousmane Kaba est-il toujours intéressé par la primature?

Qui vous a dit que j’étais intéressé ? Pas du tout. C’est de l’imagination. Moi, je n’ai jamais demandé à être Premier ministre, le président ne me l’a jamais demandé. Simplement, il y a eu un institut indépendant qui a fait un sondage après les élections et qui a révélé la préférence des Guinéens lorsqu’on leur a demandé qui a le meilleur profil pour être Premier ministre. Parce que j’avais un programme à défendre. Sur le plan politique, ils ont élu le professeur Alpha Condé et la plupart des Guinéens ont estimé si, au moins, Dr Ousmane Kaba est Premier ministre, le pays va avoir des infrastructures de base, c’est aussi simple que ça.  

 

Interview réalisée par Abdoul Malick Diallo

Pour Africaguinee.com

Tel : (00224) 669 91 93 06

Créé le Lundi 05 juillet 2021 à 16:33