Bah Oury : "Parlant du carburant, le Président Alpha Condé nous a dit …"

Guinée
Bah Oury, leader du Union des démocrates pour la Renaissance de la Guinée (UDRG)
Bah Oury, leader du Union des démocrates pour la Renaissance de la Guinée (UDRG)

CONAKRY-Après avoir rendu visite aux détenus politiques à la maison centrale quelle sera la prochaine étape pour le Chef de file de l'opposition et son cabinet ? Dans cette interview, le Président du parti Union des Démocrates pour le Rennaissance de la Guinée (UDRG), annonce une nouvelle rencontre entre Elhadj Mamadou Sylla et Alpha Condé.  Bah Oury s'est aussi exprimé sur la récente sortie de Kassory Fofana sur la situation économique du pays. A propos, l'opposant dit n'avoir pas été surpris. Il fait une confidence sur ce que le Président Alpha Condé leur avait dit lors d'un tête-à-tête au palais Sékhoutoureya.

 

AFRICAGUINEE.COM : Après la rencontre avec les prisonniers politiques à la maison centrale, quelle va être la prochaine étape ?

BAH OURY : Quelle que soit l’attitude de leurs avocats, nous continuerons notre démarche qui consiste à œuvrer pour que cette question soit réglée dans l’intérêt de tous. Parce que nous estimons que cela peut contribuer à créer un climat d’apaisement et du renforcement de la cohésion nationale surtout dans une période aussi difficile que celle que nous vivons.  Le chef de file de l’opposition va rencontrer, à une date qui n’est encore indiquée, le chef de l’Etat à ce sujet pour lui faire des remarques et des suggestions qui sont liées à la question de ces personnes en détention.

Le chef de file de l’opposition a déclaré lors votre d’une visite qu’il faut attendre que ces détenus soient condamnés pour entamer des actions auprès du Chef de l'Etat. Des propos qui ont provoqué assez de réactions. Est-ce une boutade de sa part ?

Elhadj Mamadou Sylla a, maintes fois, indiqué son souci par rapport à cette question. Mais il suffit que dans le cadre d’une phrase qui n’est pas dans des circonstances particulières ou complètes, on en fait quelque chose pour ternir l’action qui est en train d’être menée. Sinon quelqu’un qui se déplace pour visiter des personnes en détention, vous croyez que son objectif est de dire qu’on attend qu’elles soient condamnées pour voir ce qu’on fera après ? C’est parce qu’au-delà de cela, il y a beaucoup d’approches qui indiquent que dans le cadre de la séparation des pouvoirs, il y a l’action judiciaire qui doit être menée en conformité avec les principes de droit.

Mais, dans le cadre de l’ensemble de ce processus, il y a des conditions qui peuvent être aménagées avec une action judiciaire bien précise pour mettre les gens dans des meilleures conditions. Et ce n’est qu’après le verdict ou un procès -que nous souhaitons le plus rapidement possible-, que le président de la République peut être interpellé directement par rapport à la suite à donner à la situation de certaines personnes qui pourraient éventuellement être condamnées. C’est l’idée qui est tout à fait en conformité avec le droit.

« Les mois à venir vont être durs… », a déclaré le Premier ministre Dr Ibrahima Kassory alors que de nombreux guinéens tirent déjà le "diable par la queue". Comment appréciez-vous ses propos ?

Déjà, le Président a tenu le même langage lorsqu’il a reçu la délégation du chef de file et de son cabinet en disant que les mois à venir vont être difficiles en évoquant la question du prix du carburant et du ramadan. La déclaration du Premier ministre est une confirmation que la situation économique de notre pays n’est pas du tout bonne. Ce n’est pas quelque chose de nouveau. Les prémices étaient déjà là bien avant le début de l’année 2020 et la pandémie de covid-19 a renforcé cela avec les récessions économiques sur le plan international. Mais également, sur le plan interne avec l’arrêt de beaucoup d’activités que les entreprises et autres structures ont payé excessivement lourd.

En plus de cela, l’année 2020 a été particulièrement marquée par des tensions politiques du fait du double scrutin législatif et référendaire et la présidentielle. Jusqu’à présent, la Guinée, en plus des autres facteurs de crise que nous connaissons, il y a la fermeture des frontières. Cette crispation identitaire fait que dans ce contexte, les gens qui veulent investir ne viendront pas investir en Guinée. Et ceux qui ont des ressources internes ici vont être prudents et vont se dire que le moment n’est pas propice pour faire des investissements pour la création des nouvelles richesses. Donc, tout le monde est impacté sévèrement par la détérioration du climat économique que qui n’est qu’une conséquence de la détérioration du climat politique, en plus de la pandémie de Covid et d’Ebola.

Le premier ministre vante la performance et la résilience de l’économie guinéenne d’une part et d'autre part, il alerte sur des lendemains difficiles. Ce langage dichotomique peut-il être compris par les populations ?

La réalité est que la situation est difficile. La population vit une période qui est l’une des plus difficiles dans ces 10 ou même 30 dernières années. Il faut que les gens prennent conscience de cela. C’est ce qui me motive personnellement pour indiquer consciencieusement que dans un contexte aussi préoccupant, toute la classe politique devrait faire preuve de responsabilité quel que soit le bord où il est pour se rendre compte qu’il faut résoudre les problèmes de ce pays, apporter des solutions idoines.

Il y a des situations que nous avons créées nous-mêmes (les acteurs politiques, ndlr). De par notre faute, nos populations sont en train de subir sévèrement les conséquences avec tous les drames sociaux et tragédie qui corroborent avec tout cela. Maintenant, si on est incapable de prendre de la hauteur pour résoudre les problèmes que nous-mêmes avons créés, on veut s’attaquer aux autres problèmes structurels qui sont plus complexes, il va de soi que le pays va plonger, la société va se disloquer et nous risquons de tomber dans une situation qui sera ingérable.

C’est le moment d’attirer l’attention de tous. Ce n’est pas une question de personne, c’est une question d’intérêt national, de la stabilité et de la paix en Guinée, mais aussi d’une certaine capacité de faire face à une conjoncture économique qui pourrait être désastreuse surtout dans les zones rurales où les gens ont de la peine parfois à trouver de quoi vivre.

A suivre…

 

Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguine.com

Créé le Jeudi 25 mars 2021 à 16:07