Troubles meurtriers au Sénégal : la "grosse inquiétude" des guinéens…

Sénégal
Violences au Sénégal, un manifestant dans les rues de Dakar
Violences au Sénégal, un manifestant dans les rues de Dakar

DAKAR- Les troubles meurtriers qui secouent le Sénégal suite à l'arrestation de Ousmane Sonko, inquiètent les ressortissants guinéens vivant dans le pays de la Teranga. Evoluant principalement dans l'informel, les guinéens sont durement impactés. Certains que nous avons pu interroger, ont fait part de leurs inquiétudes.

Selon les estimations, le Sénégal accueille la plus forte communauté guinéenne à l'étranger. Les chiffres, c'est selon. Mais au bas mot, ce sont plus de deux millions de guinéens qui vivent dans ce pays, qui était jusque-là, connu pour sa stabilité. Mais les violences enregistrées ces derniers jours semblent avoir remis tout en question, car leur ampleur a un caractère particulier voire inédit. Casse, pillages, vandalise, incendie, guérilla urbaine…, le Sénégal traverse l'un des pires moments de son histoire contemporaine. Des guinéens qui ont énormément investi dans ce pays craignent le pire.  

 « Nous ne vivons que des prière pour être épargnés. Aujourd’hui les manifestants visent les multinationales et les biens des français comme les AUCHAN. Mais ce qu’il faut craindre, c'est qu'après les grosses sociétés est-ce qu’ils ne vont pas attaquer les petites boutiques ? Les sénégalais habituellement manifestent pacifiquement pour tout besoin, mais les pillages et le vandalisme, c’est une première de voir ça depuis que je suis au Sénégal il y a plus de 10 ans. Ce caractère VIOLENT me surprend.  La ville est méconnaissable, depuis mercredi nous n’avons pas ouvert nos boutiques de peur d’être attaqués.

Aux parcelles assainies, nous apprenons que certains particuliers ont été victimes de pillages, mais c’est difficile à confirmer parce que la situation reste confuse. Dans les mouvements de colère pour la libération de Sonko, les gens avaient un problème lié à la vie chère, maintenant tout est mélangé. Les gens en ont marre des couvre-feux, le manque d’emplois, la cherté de la vie, l’affaire de Sonko n’a été qu’une occasion pour être dans la rue. Les plaintes c’est partout.  Tout le monde a peur. Nous sommes inquiets pour les jours à venir » s’inquiète Amadou Diallo, vendeur d’alimentation générale dans un quartier populaire de Dakar.

A l'université Cheikh Anta Diop qui compte 140.000 étudiants venus de toute l’Afrique, les cours sont à l'arrêt. Et la vie estudiantine devient de plus en plus chère à cause de la fermeture de tous les services de transfert d’argent. Ce que confie Oumar Diogo Diallo, étudiant guinéen à la faculté des sciences juridiques et politiques de la même université.

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« A Cheikh Anta Diop ici, les guinéens nous ne sommes pas très nombreux. Nous sommes quelques centaines. Mais dans les universités privées, il y a des milliers à Dakar et à l’intérieur. Les cours sont à l’arrêt partout actuellement. Le jour où la manifestation a atteint l’université, nous étions là, chacun a cherché à se sauver. Depuis, il n'y a pas cours ici. Même une circulaire est sortie annonçant l’arrêt des cours pour le moment. C’est presque tous les services qui sont à l’arrêt ici, aujourd’hui étant étudiants ce n’est pas facile. Même si tes parents t’envoient de l’argent, tu ne pourras pas retirer depuis l’intensification des mouvements de colère. Au début, il y avait le minimum de service, mais depuis jeudi tout est fermé. Or, la vie est chère. Nous restons à la maison. Parce qu'en sortant, tu peux te faire agresser partout. Dans certains coins, on peut tout te retirer. Les choses risquent d’être plus dures la semaine prochaine parce que d’autres manifestations sont annoncées du lundi 8 au mercredi 10 Mars 2021 » explique cet étudiant guinéen.

I.B a sa place à Kolobane -l'un des épicentres de la contestation- à quelques pas de la section de recherche où Ousmane Sonko a été conduit après son arrestation mercredi dernier. Lui et son voisinage ont passé depuis, des jours difficiles avec des violences d'une ampleur inédite.

« Ici, nous avons fermé depuis le mercredi à 13 heures quand les manifestations ont commencé entre forces de l’ordre et partisans d’Ousmane Sonko. La section de recherche se trouve dans la caserne de Gendarmerie Samba Djery Diallo. Le tiraillement a eu lieu ici. Les manifestants voulaient récupérer Ousmane Sonko alors que les agents de sécurité ont érigé des barricades pour les en empêcher. Jets de pierres contre gaz lacrymogènes, nous en avons reçu suffisamment ici. Les dégâts sont énormes partout. Jusque tard la nuit, les violences se poursuivent. Des agressions, des scènes de pillages ont eu lieu dans bien d’endroits. Des stations-services, des supermarchés, certaines communes ont vu leur siège saccager. J’avais peur pour ma place mais heureusement rien n’est arrivé pour le moment » témoigne I.B

D.D vit non loin de l’ambassade de Guinée, mais le fait de voir les mouvements de foule sous les VDN le pousse à baisser les rideaux comme tous ses voisins. Il vit dans une peur permanente.

 « Ce qui se passe actuellement ici est inimaginable, les gens marchent dans les rues avec des marchandises sorties des magasins AUCHAN, ils n’ont même pas peur. Certains chargent dans leurs charrettes tirées par des chevaux pour rentrer. Donc, tout ça traduit que les autorités peuvent perdre le contrôle à tout moment pour laisser place à une jungle qui ne dit pas son nom. Les gens ont peur », témoigne cet autre compatriote.

Alors que de nouvelles manifestations sont annoncées la semaine prochaine, les sénégalais retiennent leur souffle. Les prochains jours seront décisifs.

A suivre…

Alpha Ousmane Bah(AOB)

Pour Africaguinee.com

Tel : (00224) 664 93 45 45

Créé le Dimanche 07 mars 2021 à 21:04