Aboubacar Soumah interdit de déclencher une grève ? Le syndicaliste précise…

Guinée
Aboubacar Soumah, secrétaire général du Slecg
Aboubacar Soumah, secrétaire général du Slecg

CONAKRY-Aboubacar Soumah, le Secrétaire général du Syndicat Libre des Enseignants et Chercheurs de Guinée (SLECG) a t-il été "sommé" de ne plus déclencher une grève en Guinée ? Cette question taraude bien des esprits alors que le syndicaliste serait déjà à la retraite depuis le 31 décembre 2020.

La Loi adoptée récemment par l’Assemblée Nationale, par rapport au Statut Général des Agents de l’Etat interdirait à Aboubacar Soumah d'appeler à une grève. L’Article 39 de la Loi L0027 du Statut Général des Agents de l’Etat stipule que : "Tout Agent de l’Etat admis à faire valoir ses droits à la retraite perd d’office le droit d’appartenir à une organisation syndicale des Agents de l’Etat".

Dès lors il y a lieu de s'interroger sur l'avenir de la lutte syndicale de l'actuel Secrétaire Général du Syndicat Libre des Enseignants et Chercheurs de Guinée (SLECG). Interrogé, M. Soumah n'est pas allé par le dos de la cuillère. Selon lui, cette Loi ne lui dit absolument rien. Il accuse par ailleurs le gouvernement guinéen d’ingérence dans les affaires syndicales.

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« Moi, la Loi L0027 du Statut Général des Agents de l’Etat ne me fait ni chaud ni froid. C’est l’immixtion du gouvernement dans les affaires syndicales. Or, tout le monde sait que le gouvernement ne doit pas s’ingérer dans les affaires syndicales. En aucun cas, dans aucune circonstance, le gouvernement ne peut prendre une disposition disqualifiant un responsable syndical. Donc, cette loi a été prise de façon unilatérale. Une frange des responsables extrémistes du RPG à l’Assemblée Nationale ne peut pas prendre une telle disposition contre un responsable syndical parce que celui-ci réclame ses droits, parce que celui-ci se bat pour réclamer les droits des travailleurs de sa corporation. Ça, c’est une ingérence notoire que le mouvement syndical ne va pas tolérer. Parce qu’ils ont profité au moment de la division pour créer une telle loi. C’est une aberration, c’est une violation des conventions 87 et 97 de l’OIT (Organisation International du Travail), des conventions qui sont ratifiées par la République de Guinée. Or, ces conventions priment sur les lois nationales », a affirmé Aboubacar Soumah.

Que dit la convention 87 de l'OIT ?

La Convention 87 de l’Organisation International du Travail (OIT) portant sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical, adoptée en 1948 par le conseil d’administration du Bureau International du Travail stipule en son Article 3 :

"1. Les organisations de travailleurs et d'employeurs ont le droit d'élaborer leurs statuts et règlements administratifs, d'élire librement leurs représentants, d'organiser leur gestion et leur activité, et de formuler leur programme d'action.

2. Les autorités publiques doivent s'abstenir de toute intervention de nature à limiter ce droit ou à en entraver l'exercice légal.

Aussi dans son Article 8, il est indiqué :

1. Dans l'exercice des droits qui leur sont reconnus par la présente convention, les travailleurs, les employeurs et leurs organisations respectives sont tenus, à l'instar des autres personnes ou collectivités organisées, de respecter la légalité.

2. La législation nationale ne devra porter atteinte ni être appliquée de manière à porter atteinte aux garanties prévues par la présente convention".

Fort de ces dispositions supranationales, le leader du SLECG assure qu'il continuera son combat. « Moi, je continue mon combat, j’ai un mandat de 5 ans. Si au bout des 5 ans, les enseignants estiment qu’ils peuvent me reconduire à la tête du SLECG, je vais continuer. Par contre, s’ils estiment qu’ils peuvent m’écarter aussi il n’y a aucun problème. Je demande aux enseignants de rester serin, calme, on va continuer notre combat. C’est une ingérence notoire du gouvernement dans les affaires syndicales. Le combat continu », a tranché Aboubacar Soumah.

Il prévient d'ailleurs que des tractations sont en cours pour déclencher une grève dans le secteur éducatif guinéen si rien n’est fait pour régulariser la situation des enseignants.

« Par rapport à la situation actuelle de certains enseignants qui ne perçoivent toujours pas leurs salaires ou leurs primes, nous allons adresser une correspondance à toutes nos bases à l’intérieur du pays pour recueillir leur sentiment. S’il y a lieu d’aller en grève, là on ira en grève. Mais avant, on écrira une correspondance au gouvernement et si le gouvernement ne nous répond pas, en ce moment nous allons utiliser notre dernière arme qui est la grève », a averti le secrétaire général du SLECG.

 

Oumar Bady Diallo

Pour Africaguinee.com

Tel: (00224) 666 134 023

Créé le Mercredi 10 Février 2021 à 10:09