Maison centrale : Les "confidences" de SK, détenu depuis 5 ans sans jugement…

Conakry
Image d'illustration
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CONAKRY-Construit au siècle dernier pour recevoir au maximum 300 détenus dans ses locaux, la Maison centrale de Conakry, refoule de détenus de nos jours avec plus de 1700 personnes. Hommes politiques, femmes, mineurs, et ‘’bandits de grands chemines’’, se côtoient dans ces bâtiments qui datent de l’époque coloniale.

Accusé de "vol à main armée et associations de malfaiteurs", SK est détenu à l’intérieur de ces geôles, il y a de cela cinq années sans jugement aucun, selon ses termes. Il nous conduit à l’intérieur de cet univers carcéral.

Cette enceinte, composée de 3 principaux bâtiments, est répartis comme suit selon notre jeune interlocuteur. Un bâtiment pour les personnes condamnées, un autre pour les prévenus, et le couloir central. Pour ce qui est des mineurs, un espace spécifique leur est alloué, bien séparé des cales réservées aux adultes. C'est le quartier des mineurs. Les filles mineures sont quant à elles détenues au quartier des femmes et ne bénéficient pas du principe de séparation avec les adultes. Très imprégné de cet univers carcéral, SK raconte :

Conditions de détention…

‘’ Pour nous qui sommes en détention, nous vivons un calvaire sans précédent et dans la déchéance totale. Ici à la sureté, il y a plusieurs catégories de détenus. Il y a ceux qui sont des prisonniers politiques, qui sont dans la cale des détenues politiques qui faisait office de bibliothèque. Cette cale est adossée à celle des mineurs qu’on nomme Alpha Condeya. Le summum, c’est la cale des condamnés, bien entendu après celle qu’on appelle AVARIA, où sont emprisonnés ceux qui n’ont plus d’espoir de survie. Il y a aussi d’autres cales comme l’infirmerie et le bloc des femmes’’, narre notre jeune interlocuteur déprimé.

Alimentation des détenus….

"Nous qui sommes en prison et qui n’avons personne pour nous offrir à manger, on tire le diable par la queue. Si la gestion de l’alimentation est assurée en grande partie par l’administration pénitentiaire la nourriture est distribuée une fois par jour, vers 16h00 sans sauce, avec de l’huile rouge quand il y en a et avec assez de sel", dit-il.

Fonctionnement de l’infirmerie…

Normalement, selon une autre source basée à l’intérieur de cette prison, l’infirmerie assure la consultation, le traitement et les soins infirmiers de l’ensemble des détenus de la maison centrale. En fonction des pathologies, certains sont pris en charge sur place et d’autres sont référés vers les services de spécialité dans les hôpitaux nationaux. En cas de rupture en médicaments, le service fait des ordonnances externes.

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‘’ Ici quand tu tombes malades, prie Dieu que ça ne soit pas grave sinon c’est la mort assurée. La preuve est palpable. Tous ceux qui ont eu des soucis de santé graves sont décédés sans que personne ne s’en émeuve’’, soutient notre interlocuteur.

Grâce présidentielle…

Aux dires de SK, la grâce présidentielle à l’occasion du nouvel an n’a rien de spécial. Pour ce jeune qui attend d’être fixé sur son sort, ‘’en réalité personne n’a été gracié". Selon lui, toutes les personnes sorties d’ici avaient quasiment fini de purger leur peine.

"Pour certains, ils ne leur restaient juste quelques semaines. Moi j’ai fait cinq ans ici. Nous sommes plus de 1700 détenus dans cette prison. Nous vivons dans des conditions exécrables et nous souffrons énormément. Il y a des individus qui écopent de lourdes peines mais il n’y a eu aucune remise pour ces gens. Certains purgent des peines allant jusqu'à vingt-cinq ans", explique SK.

BAH Boubacar LOUDAH

Pour Africaguinee.com

Tel: (+224) 655 31 11 13

Créé le Samedi 09 janvier 2021 à 14:09