Emeutes anti-délestages à Kolaboui : Quel est le fond du problème ?

Boké
Manifestation à Kolaboui
Manifestation à Kolaboui

BOKE-La sous-préfecture de Kolaboui était sous tension ce vendredi, 18 octobre2020. A l’origine, le manque du courant dans cette zone minière située dans la préfecture de Boké. Exaspérés par le manque de courant électrique depuis plusieurs mois, les citoyens de cette localité ont érigé des barricades dans toute la ville.  Circulation routière et activités économiques sont restées paralysées toute la journée.  Selon le responsable de la jeunesse sous-préfectorale de Kolaboui, des arrestations ont été enregistrées.  Qu'est-ce qui ont réellement irrité les populations ?

 « Nous avons démarché plusieurs fois pour que les groupes soient entretenus parce que le Groupe (G1) était en panne, alors que c’est deux groupes qui fonctionnaient sans rotation. Du coup, G2 est aussi tombé en panne. Tous les deux grands groupes sont tombés en panne. Le petit groupe qui tournait ne pouvait pas tenir les deux mallettes-mêmes, parce qu’il y en a 4. Donc nous avons sensibilisé la communauté pour qu’elle accepte le temps du dépannage, ça été fait. Mais quelques temps après ça a encore lâché. Et avec la rotation, les gens insistaient mais il n’y a pas eu de réponse. A qui faire face ? Parce que l’ANAIM est décrédibilisée auprès de la communauté pour le non-respect du protocole d’accord, avec MARINEX et la commune de Kolaboui. De tout le protocole, seul un point a été respecté. Il concerne la prise en charge des électriciens. C’est quand il y a eu des manifestations à Kamsar, Kolaboui a aussi voulu manifester, ils ont envoyé les quatre transformateurs et déposé. Depuis des mois ces transformateurs-là sont déposés ici. Nous utilisons la basse tension.  Et normalement c’est la moyenne tension qu’on devrait installer pour résoudre le problème. Mais ni les poteaux électriques ni encore les câbles ne sont arrivés. Quand ça tendance à manifester, on envoie quelque chose, on fait du tape à l’œil et on dépose ça. Finalement les gens de toutes les couches confondues ont décidé d’investir la rue ce matin » a-t-il expliqué.

En marge de ces manifestations, des citoyens ont été arrêtés. Des négociations sont en cours pour leur libération en contrepartie de l’arrêt des manifestations de rue et la libération et la voirie.

 « Pour le moment nous ne connaissons pas le nombre des personnes arrêtées. Mais quand-même il y a eu médiation pour enlever les barricades en retour, libérer les manifestants arrêtés. Mais on leur a dit que ce n’est pas ça le problème. On n’est pas sorti pour casser, mais nous réclamons le minimum. Mais franchement, Kolaboui n’a pas de centrale. Celle qui est là ne peut plus tenir la ville et ça c’est une situation claire et visible. Pour le moment nous n'avons pas eu d’interlocuteur pour nos revendications », a déclaré Fodé Djibi Touré, président de la jeunesse sous-préfectorale de Kolaboui.

Le maire de la commune rurale de Kolaboui que nous avons contacté a reconnu que la communauté a écrit aux autorités de Kolaboui pour réparer les moteurs dans un délai de 72 heures sans quoi, les citoyens vont descendre dans la rue. L’ultimatum a expiré hier jeudi. Et aujourd’hui les citoyens ont battu le pavé.

« Ils ont voulu marcher aujourd’hui et les forces de l’ordre sont venues les ramasser. Il y a eu tiraillement. Jusqu’à ce soir ils étaient dans la rue, je viens de donner l’ordre aux services de sécurité de libérer la voie publique afin de faire quitter les manifestants » a déclaré le maire de Kolaboui, Ansoumane Koumbassa. Selon lui, la mairie a mainte fois interpelé les autorités compétentes face à ce problème mais, rien n’a été fait.

« L’ANAIM est celle qui est chargée de l’électrification de Kolaboui. C’est M. Sampil qui est en contact direct avec l’ANAIM.  Ça fait combien de temps on lui a demandé de venir réparer les deux moteurs ?  Ils viennent de réparer l'un des groupes, il y a 72 heures et les moteurs sont encore tombés en panne. On n’a pas de lumière. Les enfants se sont retrouvés, ils ont adressé un écrit à l’autorité. Le bonhomme, le même jour il a été informé, et c'est lui qui devrait prendre toutes les dispositions pour réparer les groupes et ramener la lumière à Kolaboui. Jusqu’à présent il n’a pas la possibilité de le résoudre. La communauté n’est pas dans l’erreur, elle a tout-à-fait raison. Mais nous avons demandé à ce que la route soit dégagée et s’il y a des négociations, c’est maintenant-là », a ajouté le maire de la commune rurale de Kolaboui. 

Interrogé par un reporter d’Africaguinee, le PDG de MARINEX, entreprise qui gère la distribution du courant électrique a rejeté les accusations portées contre lui. D’abord précise M. Ousmane, à Kolaboui, les communautés ne paient pas le courant électrique. Mais il se trouve que depuis 2007, la ville s'est agrandie. Ce qui selon lui, a provoqué une augmentation des charges.

« Ce que je voudrais dire en premier c’est que le courant est gratuit à Kolaboui. Il est sans capital, sans facture. Les gens consomment le courant gratuitement. Nous opérons cette centrale depuis trois ans et demi. Depuis leur installation au moment des grèves de 2017, nous avons constaté une augmentation de la charge de courant à Kolaboui. Les groupes électrogènes qui doivent fonctionner normalement à 80% de leur capacité et avoir une réserve de 20% pour la durée, aujourd’hui ces groupes fonctionnent à 97 et 98%, de leur capacité, chose qui est extrêmement dangereux pour ces groupes.

Il y a trois semaines de cela, nous avons informé la commune de Kolaboui qu’il fallait qu’elle aille dans le marché et sur certaines lignes diminuer la charge, parce que les groupes ont une pièce qui s’appelle le turbo, et quand la charge est énorme, il pète.  Nous avons réparé le groupe il y a deux semaines de cela avec des pièces qui coûtent près de cent et quelques millions francs guinéens. Une semaine après, ce turbo a pété à cause de la charge. Nous avons renvoyé une deuxième pièce, nous avons informé la commune, qu’à ce rythme nous ne pouvons pas continuer. Qu’il faudrait qu’ils baissent la charge dans le marché. Ceux qui ont quatre, cinq congélateurs, qu’ils diminuent les charges et rester au moins avec un. Parce qu’il faut rappeler que le courant est gratuit pour les communautés pas pour ceux qui ont des activités génératrices de revenus. Ça n’a pas été fait et le turbo a encore pété. Avant-hier on nous demandé d’envoyer un autre, on leur a dit, tant que les charges ne sont pas diminuées, il ne sert à rien d’envoyer un turbo », a expliqué le PDG de MARINEX Groupe, M. Ousmane Sampil.

Il annonce toutefois que son entreprise a envoyé un nouveau turbo à Kolaboui depuis ce matin. Mais ils ne pourront pas l’installer tant que la commune ne prendra pas ses responsabilités pour diminuer la charge. Parce que selon lui, c’est cela où se trouve le véritable problème. M. Ousmane Sampil fait savoir qu’ils ont déjà envoyé des poteaux et des câbles électriques pour permettre de ramener de basse tension à la moyenne. Mais compte tenu de la saison hivernale, les travaux ne peuvent pas être réalisés en ce moment. Une solution à l’immédiat est déjà en cours, a-t-il dit. Les responsables de la commune ont accepté de procéder à la sensibilisation pour diminuer la charge. Quant aux techniciens, ils seraient prêts à monter la pièce de rechange (le turbo). Et dès que cela sera fait, le problème sera résolu.

Dossier à suivre…

Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

Tel: (00224) 664-72-76-78

Créé le Vendredi 18 septembre 2020 à 21:59

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