Koundara : immersion dans le Badiar, zone agricole par excellence…

Reportage

BADIAR-Située au nord-ouest de la Guinée, la préfecture de Koundara qui fait frontière avec le Sénégal et la Guinée-Bissau est une zone agricole par excellence. Son sol fertile, favorise l’agriculture.

En chaque saison pluvieuse, le Badiar attire la convoitise des amoureux de la terre. Des centaines d’hectares sont labourés. On constate des campements agricoles un peut partout dans la zone. Certains paysans résident à Koundara alors que d’autres viennent d’autres villes de Guinée. Ils y restent pendant toute la période culturale. Parmi eux, il y a des milliers de femmes qui vivent de leur production agricole qu’elles écoulent à travers les marchés hebdomadaires.

La particularité dans cette zone agricole, au-delà du monde paysan, même des cadres administratifs ont de petits champs à leur compte qu’ils entretiennent chaque saison culturale. On pratique toute sorte de cultures : Partout on voit des champs de riz, d’arachide, des jardins potagers.

A Mononki petite bourgade  relevant de Kandikka situé à quelques minutes de marche du territoire Bissau-guinéen, nous rencontrons Mariama Koulibaly, la soixantaine. Elle vit de ses produits agricoles.

« Nous vivons de l’agriculture, nous faisons le riz, les jardinages avec les tomates, les gombos, des courges, des Melons, des oignons et certains tubercules que nous vendons au marché hebdomadaire de Sarè Bhoydho. Nous avons des problèmes d’accès à l’eau pour l’arrosage en saison sèche. Nous voulons  des grillages pour sécuriser nos jardins. Nous voulons faire plus, c’est les moyens qui nous manquent, nous ne connaissons rien d’autres que les activités agricoles », explique la vieille dame dans son champ à Mononki.

Koumba Camara 26 ans est une jeune dame mère de 4 enfants, elle mélange élevage et agriculture dans un village de Sarebhoydho. A l’image de toutes les femmes du village, elle transporte sa production à vélo vers le marché. Après la vente, elle achète d’autres denrées comme le sucre, le sel, du poisson fumé qu’elle ramène à la maison pour la famille.

 « Au-delà de l’agriculture qui est l’activité principale, nous faisons l’élevage traditionnel aussi. Nous nous débrouillons dans les deux activités, l’élevage c’est plus difficile en saison pluvieuse parce qu’il faut suivre les bêtes pour ne pas qu’elles dévastent les champs d’autrui. En saison sèche c’est plus libre elles peuvent se promener partout tu ne leur donnes que de l’eau presque. En cette période de saison pluvieuse, nous commençons par s’occuper du cheptel le matin avant d’aller au champ sans moyen suffisant de pratiquer une vraie agriculture. Nous faisons tout à la main, on n’a pas les moyens de louer des tracteurs ou des charrues aux bœufs, si nous trouvons les semences, chacun se débrouille avec sa famille. Le vélo sur lequel vous me voyez ici, c’est l’unique moyen de déplacement pour aller au champ, au marché et partout, je peux mettre 15 à 20 kg sur le vélo pour aller au marché vendre. Nous sommes isolés par ici, l’hôpital est à 7km, une difficulté pour les femmes enceinte. Il n’y a pas du tout d’école dans les parages ici », explique-t-elle.

Durant notre périple près de la frontière Bissau-guinéenne, nous croisons Aye Diallo. Nourrice de son état, elle roule tranquillement sur son vélo, son bébé au dos. Elle est venue s’installer à Sinthianmody pour la saison culturale. Elle doit camper avec son mari et ses enfants durant la période agricole. Elle parle de son vélo, l’engin à tout faire faute d’un âne ou d’une moto dans cette zone.

« Comme vous le voyez, toutes nos courses se font sur ce vélo à défaut d’avoir les moyens d’acheter un âne ou une moto qui coûte des millions alors que le vélo c’est quelques centaines de milles. C’est le vélo que mon mari a, donc chacun de nous fait ses courses avec. Ce vélo a plus de 10 ans d’âge avec nous. Je roule sans peur avec mon enfant au dos, je peux aussi mettre certains enfants sur le porte-bagage et les autres sur le cadre. Le risque, la fourche du vélo peut céder, le reste on peut nous débrouiller. Nous nous n’habitons ici à la frontière, mais nous sommes venus faire l’agriculture ici, nous sommes en campement. Dès après la récolte on rentre chez nous, nous sommes des saisonniers », raconte-elle.

Au-delà de ces femmes une autre catégorie d’agriculteurs évolue sur le terrain dans la zone de Koundara qui est une terre agricole par excellence. C’est le cas du Commandant Youssouf Boiro, 67 ans, gendarme à la retraite qui s’est définitivement reversé dans l’agriculture après 36 ans de service militaire. Contrairement aux femmes, il utilise des tracteurs selon ses moyens. C’est cette activité qui fait vivre sa famille. Le surplus de la récolte est revendu au marché ou donné gratuitement à des proches.

« J’ai servi dans beaucoup de localités de la Guinée, la retraite m’a trouvé à Kamsar. Depuis, je suis rentré chez moi en 2012 avec ma famille pour cultiver, chaque année je fais 2 hectares de riz selon mes moyens. Ça me permet de nourrir la famille sans problème. Avec 2 hectares de riz, je peux me retrouver avec 23, 24 ou 27 sacs de riz de 60kg. Ma famille peut consommer 8 sacs pendant l’année, je garde 2 encore pour la semence, la saison prochaine, le reste je vends sur le marché ou j’offre aussi à des proches. Je regrette d’être venu un peu en retard dans l’agriculture mais ça va aller parce que j’ai compris que le développement passera absolument par l’agriculture. Mon frère Bobo aussi est là avec nous, chaque année pour nous motiver davantage, c’est un pourvoyeur d’emplois dans le cadre agricole, un acte à saluer » explique cet ancien garde de Sekou Touré.

Les autorités préfectorales de Koundara, se réjouissent que leurs populations soient toutes versées dans l’agriculture : « c’est une fierté pour nous de croiser partout nos citoyens avec des houes, des semences, des charrues, ça nous réjouit vraiment. Moi, par exemple dans ma vie, je n’avais jamais produit, mais ma venue à Koundara m’a permis de faire aussi 50 hectares de riz cette année. C’est ma première expérience, c’est une chance pour moi. À l’heure qu’il fait, vous ne verrez pas de gens en ville, tout le monde est dans les champs. Elhadj Bobo Denken vient nous encourager. Et encourage même le président de la république dans ce sens, ils ont des milliers d’hectares ici » se réjouit le préfet de Koundara Aboubacar M’bop Camara.

Alpha Ousmane Bah(AOB)

De retour du Badiar

Pour Africaguinee.com

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Créé le Mardi 21 juillet 2020 à 10:43