Électricité: qui pour sauver EDG des mains des syndicats?

Secteur de l'énergie

Le Premier Ministre Kassory Fofana lui l’avait compris très tôt ! Le monde syndical guinéen doit être reformé. C’était un jeudi 26 juillet 2018, Kassory Fofana venait à peine d’accéder au Palais de la Colombe en tant que Chef du Gouvernement guinéen. 

Confronté à de nombreuses crises sociales, notamment avec le syndicat de l’éducation, le Premier Ministre Kassory Fofana avait alors invité ces différentes organisations à se tourner désormais vers l’amélioration des conditions de vie des travailleurs, et du peuple en général. 

« J’invite le monde syndical à se reformer. Il aura tout l’appui du Gouvernement dans cette reforme. Nous voulons des syndicalistes qui participent, au près du Gouvernement, en relation intelligente avec les patrons, à la création de la richesse et au meilleur partage de cette richesse dans la paix, pas dans l’affrontement. Nous n’avons pas besoin d’affrontement et de confrontation. Nous voulons d’un syndicalisme apaisé, à l’instar de ce qu’on connaît en Europe », avait notamment souligné le Chef du Gouvernement guinéen.

Près de deux ans après, cet appel lancé Kassory Fofana ne semble pas avoir été compris par certains syndicats. Notamment celui de la société « Électricité De Guinée ».

L’entreprise qui gère la commercialisation de l’électricité en Guinée est prise en otage. Le syndicat s’oppose à toutes les reformes proposées par le Gouvernement et ses partenaires techniques et financiers. 

A travers un avis signé ce jeudi 8 juillet 2020, le syndicat des travailleurs de la société EDG ont annoncé une grève illimitée sur toute l’étendue du territoire national à partir du mardi 14 juillet prochain. Dans leur avis de grève, le syndicat a dénoncé notamment le « refus du Directeur Général de recevoir la délégation syndicale de l’EDG pour débattre des problèmes de l’entreprise ». Le Camarade Ahmed Cissoko et ses acolytes accusent également leur Directeur Général de procéder à des « nominations fantaisistes des Directeurs de Départements en dehors du personnel de l’EDG ».

D’autres griefs ont également été exprimés par le syndicat des travailleurs de la société EDG. 

La période de déclenchement de cette grève n’a pas été un fait du hasard. Elle coïncide aux remous sociaux enregistrés depuis quelques jours à Kankan, un des fiefs du parti au pouvoir. Un débrayage des travailleurs d’EDG rallongerait davantage le délai des travaux d’installation des nouveaux groupes qui doivent améliorer de façon significative la desserte en électricité dans la deuxième ville du pays. Nombreux sont les citoyens du Nabaya qui n’attendent que de voir la lumière enfin dans leur maison. Une grève casserait à coup sûr cet espoir caressé par les habitants de Kankan.

S’agissant des différents points de revendications évoqués plus haut, il faut dire qu’il y a des « contrevérités » et de la manipulation. En effet, contrairement aux affirmations d’Ahmed Cissoko et de ses camarades, une délégation du syndicat avait bien été reçue par le Directeur Général de la société EDG. Au cours de cette rencontre, les syndicats ont sollicité auprès de M. Bangaly Maty, l’intégration de nouvelles personnes à des postes de Directeur ; Aussi, les syndicalistes ont émis le souhait de voir annulé le statut de l’entreprise qui a été promulgué par décret le 6 août 2019.

Après avoir longuement écouté ces responsables syndicaux, le Directeur Général d’EDG a rappelé que leur entreprise est soumise depuis un certain temps à un plan de redressement. L’objectif étant de faire d’EDG une entreprise citoyenne capable de relever les défis de fourniture de l’électricité en Guinée. 

C’est d’ailleurs ce qui a motivé le déclenchement d’un long processus de recrutement du Directeur Général et des autres Chefs de département. Un cabinet indépendant a été recruté à cet effet sur appel d’offres. La société SG Group- MAZARS a été sélectionnée parmi tant d’autres. Il faut dire que « MAZARS » fait partie des « Big 5 » dans le domaine de l’audit, de l’expertise comptable ou encore du conseil aux entreprises.

Ce processus de recrutement a été perçu par certains comme un crime de lèse majesté par certains travailleurs d’EDG, soutenus par des cadres tapis au Ministère de l’Energie avec des ramifications jusqu’au niveau de la Présidence de la République. Pour marquer son opposition à ce processus de recrutement qui est d’une transparence totale, le syndicat des travailleurs d’EDG brandira d’ailleurs son « arme fatale ». La grève.

Aujourd’hui, la société EDG est prise en otage. Des syndicats hostiles à tout changement veulent en découdre avec la Direction Générale de l’entreprise. 

Contrairement aux déclarations des syndicats, au moins quatre Directeurs ont été recrutés au sein de l’entreprise (Direction Production et Transport, Direction Distribution et Exploitation Régionale, Direction de l’Audit interne et la Direction Administrative et Financière). Deux postes restent encore à pouvoir par manque de candidat ayant validé le test. 

A EDG, tous les recrutements pour des postes de responsabilité se font désormais sur appel à candidatures. Tous les travailleurs de l’entreprise peuvent y concourir à chance égale avec les candidats externes. Le candidat qui sera retenu à l’issue du test et des différents entretiens devra signer un « contrat de performance ». Des objectifs à atteindre sont soumis à chacun des Chefs de Département. 

Bien qu’ils prônent la transparence, les syndicats ne sont pas souvent « blancs » comme neige. L’opinion se rappelle encore du cas de détournement de plusieurs dizaines de millions de francs guinéens à l’agence d’EDG de Yimbaya. La Cheffe d’agence qui s’était rendue coupable de ce vol était membre du collège syndical de l’entreprise. Allez y comprendre…

Nicola Sarkozy disait à Nice le 26 avril 2016 : « Nous ne pouvons plus accepter des syndicats qui se comportent comme des politiciens, nous ne pouvons plus accepter une école où on ne respecte plus rien et où il n’y a plus d’autorité, nous ne pouvons plus accepter que des lycéens manipulés bloquent des lycées pour protester contre une loi dans laquelle il n’y a rien ». 

Cette affirmation de l’ancien Président français devrait inspirer les autorités guinéennes pour sauver EDG des mains de ces responsables syndicaux. 

A rappeler que le mandat des syndicats de l’EDG prendra fin dans deux mois. Les élections du nouveau prévues au mois de septembre prochain. 

 

Abdoulaye Keita

Créé le Dimanche 12 juillet 2020 à 21:39

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