Ousmane Kaba tacle le RPG :"Il n’y a pas de fief éternel, Kankan a compris…"

Interview
Dr Ousmane Kaba, leader du parti PADES
Dr Ousmane Kaba, leader du parti PADES

CONAKRY-Accusé d’instrumentaliser les jeunes qui manifestent à Kankan contre le manque d’électricité, l’opposant Dr Ousmane Kaba vient de répondre. Interrogé par Africaguinee.com, le leader du parti PADES a expliqué l’origine de cette grogne qui secoue le Nabaya, considéré comme un bastion du RPG, le parti au pouvoir. Entretien exclusif !

 

AFRICAGUINEE.COM : Des émeutes contre le manque d’électricité ont secoué la ville de Kankan ce mardi 30 juin. Comment expliquez-vous ce réveil de conscience  des jeunes de cette grande agglomération de la haute Guinée considérée comme un bastion du RPG arc-en-ciel, le parti au Pouvoir ?

DR. OUSMANE KABA : A notre avis il y a deux choses : Premièrement, il y a eu beaucoup de promesses qui ne sont pas tenues. A plusieurs occasions, les jeunes ont été promis d’avoir du courant. Même le solaire qui est facile à mettre en œuvre leur a été promis en 2015, mais on a dit que le chinois est mort.

Deuxièmement, nous sommes en train de sensibiliser la population pour qu’on change de gouvernance. On ne peut pas continuer dans l’incapacité de fournir les services et les infrastructures de base à ce pays qui n’a absolument aucune chance de s’en sortir. Il ne faut pas oublier que les jeunes de Kankan sont désœuvrés comme tous les jeunes de Guinée. Puisqu’il n’y a pas d’emplois pour la jeunesse.

Donc, c’est tout cet ensemble qui a déclenché cette revendication qui n’était pas violente au départ. Les gens voulaient faire des manifestations pacifiques. Je crois que ce sont les autorités qui ont dépêché les forces de l’ordre qui ont tiré les gaz lacrymogènes. Les jeunes ont pris des cailloux.

On vous accuse personnellement d’avoir manipulé ces jeunes manifestants. Que répondez-vous ?

Ça voudrait peut-être dire politiquement que le PADES est écouté. Mais je sais que c’est une revendication sociale. Il n’y a aucun acte particulier derrière cela. C’est l’exaspération de la jeunesse. C’est notre avis. Mais ceci dit, nous faisons de la sensibilisation depuis très longtemps contre la mauvaise gouvernance.

Personnellement, depuis six ans nous avons beaucoup insisté pour qu’il  y ait des barrages à l’intérieur du pays, en région forestière, en haute Guinée comme solution. Mais au lieu de ça, on envoie des moteurs d’occasions avec tout un trafic autour du carburant. Je pense que le résultat est qu’il n’y a pas de courant à Kankan, deuxième ville du pays. Les jeunes ont trouvé cela inacceptable. Et je  suis d’accord avec eux.

Ils réclament la construction de barrage hydroélectrique dans la région à seulement quelques mois de la fin du second quinquennat d’Alpha Condé. N’est-ce pas un réveil tardif ?

Justement, c’est une occasion d’aller à ces élections en étant bien informé. Il n’est jamais trop tard pour bien faire. Parce que ne l’oublions pas, il y avait une très grande propagande, un matraquage auquel ces populations étaient soumises. Donc, il y a eu une prise de conscience générale sur les enjeux et l’échec du développement.

En 2015 je me souviens qu’on devait faire le solaire à Kankan pour résoudre ce problème. C’était une promesse ferme qui n’a pas été tenue. Le premier ministre avait dit que c’est parce qu’un chinois est mort. Ce que tout le monde a trouvé ridicule. Donc ce sont ces promesses non tenues qui ont fini par exacerber les jeunes et l’ensemble de la population d’ailleurs. Kankan n’est pas particulier. On a les mêmes manifestations à N’Zérékoré, à Conakry, un peu partout.

Voulez-vous dire que c’est un ras-le-bol  général qui gagne le pays ?

Bien sûr ! Et ça nous rappelle qu’il n’y a pas de fief éternel. C’est une situation qui change tous les jours. Aujourd’hui les populations de cette partie de la Guinée ont aussi compris. Elles qui étaient le support principal de ce régime, qui n’ont bénéficié de rien,  ont compris. C’est une région qui n’a bénéficié d’aucun investissement. Ça ne peut pas continuer comme ça. On ne peut pas faire voter des gens plusieurs fois sans rien en contrepartie. Voilà. C’est ce qui provoque le ras-le-bol. C’est tout à fait logique.

Pensez-vous que ce mouvement qui vient de commencer va continuer ?

Je pense qu’il y a une prise de conscience de l’incapacité de cette gouvernance qui s’est manifestée. Nous allons tous travailler pour qu’il y ait le calme dans ce pays parce que c’est à l’avantage de tout le monde, mais cela ne signifie pas du tout que les gens ont abandonné leurs revendications. Ça ne signifie pas qu’il y a une inconscience totale. Ça signifie que les populations vont attendre les prochaines élections pour s’exprimer.

Je pense que l’objectif de la politique c’est d’améliorer la vie des gens. C’est ce que nous, au PADES nous essayons de montrer comme programme de société à l’ensemble de la Guinée. Il est temps qu’on puisse résoudre les problèmes fondamentaux : eau, électricité, routes, emplois des jeunes. Et aider la production agricole pour augmenter la prospérité dans le pays. Tant que nous ne résoudrons pas ces problèmes fondamentaux, nous aurons toujours des problèmes.  A notre avis, la politique ne s’arrête qu’à ça, le reste c’est de la politique politicienne, sans aucune utilité.

 

Entretien réalisé par Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

Tél. : (00224) 655 311 112

 

Créé le Mercredi 01 juillet 2020 à 19:34