Guinée : Il y a quatre ans, Soulay Thiâ'nguel prenait le chemin de l’exil…

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Soulay Tchiâ'nguel
Soulay Tchiâ'nguel

CONAKRY-Il y a juste quatre ans, Souleymane Thiâ'nguel Bah s’engageait dans une aventure difficile : l’exil. Qu’il s’agisse de sa famille biologique ou politique, ce haut responsable du principal parti d’opposition en Guinée (UFDG) a tout laissé derrière lui. L’épreuve est tellement difficile pour notre confrère que nombreux sont ces observateurs qui se demandent ce qu’il a réellement fait pour mériter un tel sort.

Dimanche 24 Janvier 2016 ! Bah Oury, à l’époque vice-président de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée rentre d’exil de la France dans un climat tendu entre lui et la Direction nationale de l’UFDG. Condamné par contumace dans l’affaire de l’attaque du 19 juillet, il a passé presque cinq années dans l’hexagone avant d’être gracié par Alpha Condé. Bah Oury dénonce avec véhémence la gestion du parti lorsqu’il rentre au bercail. La suite on la connait. La crise  monte crescendo avant de se solder par son exclusion de toutes les instances du parti pour « insubordination », à la veille d’une réunion politique tendue. La guerre des chefs fait rage. 

Malgré son exclusion, l’ancien banquier rentré d’exil tient coûte que coûte à participer à la réunion du bureau exécutif de l’UFDG qui se tenait dans l’après midi du 5 février 2016. La consigne donnée à la garde postée à l’entrée du siège est ferme : hors de question de laisser le vice-président déchu pénétrer le siège où se tenait la réunion. La rivalité vire au drame. Le journaliste Elhadj Mohamed Koula Diallo venu couvrir cet évènement est mort, touché par une balle tirée devant le siège de l’UFDG. Les arrestations s’enchainent dans l’entourage sécuritaire de Cellou Dalein Diallo. La justice se met en branle. L’enquête  judiciaire s’accélère.  

Juin 2016, Bah Oury qui prétend être la victime dans cette affaire de meurtre, en déclarant que la balle fatidique qui a touché Koula Diallo lui était destinée, a cité les noms de plusieurs responsables de l’UFDG pour leur prétendue implication dans ce dossier. Parmi les noms cités, figurent  un certain Thianguel. Tout au long de la procédure, jamais le nom Souleymane Bah n’a été évoqué. Il n’a jamais été ni convoqué, ni entendu par un officier de police judicaire ou par un juge d’instruction dans cette affaire avant son inculpation.  

La justice a toujours prononcé le sobriquet « Thianguel » jusqu’à l’annonce du verdict le 9 janvier 2018, le condamnant à la réclusion criminelle à perpétuité dans le procès de l’assassinat du journaliste Mohamed Koula Diallo. Une peine incroyable est prononcée contre Thianguel: la justice condamne un complice sans qu'on sache de quel coupable il est le complice, sans compter que le ministère public avait requis l’acquittement de Thianguel dont l’inculpation dans cette affaire en juin 2016 avait suscité confusion et interrogations. À propos de cette confusion, Thiâ'nguel de son côté précise: "Bah Oury a été celui qui pour la première fois a porté publiquement cette accusation contre moi dans une émission en mentionnant clairement que, je cite: "Souleymane Bah dit Thianguel est inculpé de complicité d'assassinat et de complicité de tentative d'assassinat". Et comme tout le monde le sait, pendant deux ans, je suis devenu son punching-ball médiatique. À chacun de ses passages dans un média, il n'a pas cessé de s'acharner contre moi".

Souleymane Bah « Thiâ'nguel »  a quitté la Guinée le 14 juillet 2016 exactement, passant par trois pays avant de gagner la France. Il se souvient du jour de son départ. 

« Le jour de mon départ, je suis passé déposer mes filles chez mes parents. Je revois encore feu mon père assis à la terrasse. Je lui ai dit, ainsi qu'à mes filles: "au revoir et à ce soir", alors que je savais déjà que je quittais le pays, mais je ne pouvais le dire à personne. Ni feu mon père, ni ma mère, ni une de mes sœurs chez qui j'ai fait un détour, ou chez un de mes oncles, ou mon maître de l'école coranique que je passais régulièrement voir. Je suis resté en mouvement le temps de régler les derniers détails de ce qui allait être le début de mon injuste exil. Ma femme, c'est le soir, j'étais à ce moment hors du pays, que je l'ai appelée pour lui dire : "J'ai quitté la Guinée, mais je vais bien. Dis-le à mes parents". Et j'ai raccroché. Mon appel a duré ces quelques secondes, le temps de lui dire ces deux phrases », se souvient-il.

En dépit du poids de l’exil, « l’injustice » à laquelle il fait face, Soulay Thiâ'nguel n’a pas succombé à la tentation de vengeance ou de rancœur. La réponse de l'agent judiciaire de l'État suite à la plainte à la Cour de Justice de la CEDEAO vers laquelle il s’est tourné, l’a plus que réconforté. Blanchi dans ce dossier, si on s'en tient en tout cas à la réponse de l'agent judiciaire de l'État, Souleymane Bah dit Thiâ'nguel regarde désormais vers l’avenir. 

« Ça fait très mal de quitter de cette façon son pays, à cause d'une si grosse farce, une si grande injustice, une affaire ubuesque qui repose sur un fichu mensonge, résultant d'une stupide querelle de leadership entre deux hommes pour le contrôle d'un parti. Mais, comme je l'ai déjà dit, les responsables de cette machination, de quelque bord qu'ils soient, qu'ils sachent que je n'ai plus aucune rancœur. Ils ont fait ce qu'ils ont fait pour me nuire, mais les épreuves font partie de la vie. On croise des gens qui vous aiment, d'autres qui vous détestent. Certains qui ne rêvent que de vous faire du mal. Personnellement, je me bats tous les jours pour faire moins de mal possible, en tout cas consciemment. D'ailleurs, si les gens qui sont derrière tout ça l'ont fait parce qu'ils estiment que je les ai peut-être blessés, qu'ils sachent que j'en suis désolé, qu'ils me pardonnent cet égarement. En ce qui me concerne, je suis passé à autre chose. Il fut un moment où je ne rêvais que de rendre le mal par le mal, mais c'est fini ça, parce que je suis convaincu que tout ceci n'est que la main de Dieu qui a voulu éprouver ma foi. Le dossier à la cour de justice de la CEDEAO a montré suffisamment que toute cette affaire, en ce qui me concerne, ne repose sur rien », a-t-il dit serein.

Il y a un peu plus d’un mois, celui qui animait « les tranchantes de Thiâ’nguel » sur Lynx Fm a perdu son père. Un coup dur pour notre confrère qui était très proche de son défunt père.

 

Focus Africaguinee.com

Créé le Lundi 29 juin 2020 à 13:45