Guinée : Quel avenir pour le débat politique ?

Dialogue politique inter-guinéen
Alpha Condé et Cellou Dalein Diallo lors d'une rencontre au lendemain des élections communales de 2018
Alpha Condé et Cellou Dalein Diallo lors d'une rencontre au lendemain des élections communales de 2018

CONAKRY-Rompu en décembre dernier suite à un énorme malentendu entre les différents camps politiques (opposition, mouvance présidentielle et Gouvernement), le dialogue politique guinéen peine à redémarrer. Les principaux acteurs politiques guinéens peinent à s’assoir autour de la table alors que la crise actuelle a occasionné des dizaines de morts  depuis le mois d’octobre 2019.

Entre la mouvance présidentielle et l’opposition, chaque camp reste figé sur sa position, malgré les appels répétés de la communauté internationale à aller au dialogue. C’est dans ce contexte de forte tension et de défiance extrême que des élections hautement controversées ont eu lieu le 22 mars 2020. Ce double scrutin organisé en pleine période de pandémie de Covid-19, a permis de doter le pays d’une Assemblée Nationale et d’une nouvelle Constitution, non reconnues par une frange importante de la classe politique de l’opposition membre du FNDC [PEDN, UFR, UFDG,  BL].

Alors que l’impasse perdure et le contentieux lié à la Constitution et au Parlement s’enlise, l’organisation de la présidentielle attendue en fin d’année, soulève des inquiétudes. Pourtant le Président Alpha Condé a annoncé l’ouverture d’un dialogue avec toutes les forces politiques du pays pour s’accorder sur les modalités d’organisation en vue de rendre cette élection inclusive. La démarche présidentielle est salutaire dans un pays où les tumultes politiques font légion depuis des années. Mais la crise de confiance entre les acteurs politiques ne concourt guère à rendre la tâche facile.

L’histoire des dialogues politiques de cette dernière décennie en Guinée remonte en 2013 lorsque l'opposition regroupée au sein du Collectif pour la finalisation de la transition a manifesté des mois durant pour exiger du pouvoir, l’organisation d’élections législatives transparentes. Depuis l’arrivée d’Alpha Condé au pouvoir en 2010, le pays a connu plusieurs dialogues. Au minimum il faut compter cinq dialogues politiques, commençant par celui de juillet 2013 jusqu’au dernier en date d’août 2018, en passant par celui du 12 d’octobre 2016. Le dernier dialogue de 2018 était lié au contentieux né des élections communales. Les accords issus de tous ces dialogues ont le mérite d’avoir un point commun : celui d’avoir été tous violés après leur signature. 

En Guinée, l’article 58 de la Constitution de mai 2010 rend le Premier Ministre responsable de la promotion du dialogue social et garant de l'application des accords avec les Partenaires Sociaux et les Partis Politiques. Aujourd’hui, tandis que  cette prérogative a du mal à fonctionner, la nouvelle Constitution controversée promulguée le 6 avril et publiée  le 14 du même mois au Journal officiel de la République, ne fait pas cas du dialogue social. Les clivages sociopolitiques sont arrivés à un niveau tel qu’il est difficile voire impossible d’imaginer un retour rapide au dialogue. Les positions des acteurs politiques de tous les bords sont devenues quasi-inconciliables. Cette crise de confiance n’est pas anodine. Elle est née surtout du non-respect des conclusions issues des accords déjà signés. Comme pour dire que l’avenir du débat politique en Guinée est très incertain. Du moins dans un avenir proche.

Cette production est une initiative de l’ONG Search for Common Ground en collaboration avec le NDI (National Democratic Institute) sur financement de l’USAID.

Créé le Jeudi 25 juin 2020 à 21:58