Lutte contre le Covid-19 en Guinée : faut-il se fier à la chloroquine ?

Santé
Image d'illustration
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CONAKRY-Les autorités sanitaires de la Guinée envisagent d’expérimenter un médicament pour le  traitement du Covid-19. Il s’agit de la chloroquine alors que depuis plusieurs semaines, le débat fait rage sur l’utilisation de cette molécule antipaludéenne, pour lutter contre le Coronavirus. La question divise même les scientifiques.

La chloroquine est un médicament indiqué dans le traitement et la prévention du paludisme (malaria) mais aussi en rhumatologie et en dermatologie pour traiter la pathologie rhumatoïde et certains lupus. Elle existe sous forme de comprimés et s'administre par voie orale. La chloroquine est commercialisée seule sous le nom de Nivaquine et en association avec du Proguanil chlorhydrate sous le nom de Savarine. La chloroquine a été découverte en 1934 par des chercheurs allemands. 

Interrogé par la rédaction d’Africaguinee.com, Dr Manizé Kolié le secrétaire général du syndicat des pharmaciens, a indiqué  que la Guinée ne dispose pas de la bonne qualité de chloroquine. Il prévient que pour le moment les scientifiques n’ont pas certifié la chloroquine dans le traitement des malades de Covid-19.

« Vous savez nous sommes un pays qui est colonisé par la France, donc il suffit que la France dise qu’un médicament est efficace pour que tous les chefs d’Etats s’alignent. C’est ce qui est arrivé, mais en réalité il n’en est pas ainsi. Et cela a permis aux gens d’en faire un fond de commerce. Aujourd’hui c’est la fausse chloroquine qui est facilement accessible en Inde qui est est en train de tuer maintenant à la place du coronavirus en Guinée. Au moment où je vous parle il y a des conteneurs qu'on est en train d’embarquer en Inde en destination de Conakry. La chloroquine n’est pas certifiée scientifiquement, c’est pourquoi il faut être prudent, les mêmes gens qui sont soumis à ces essais de traitement sont dans des centres hospitaliers sous surveillance. La chloroquine pourrait rentrer dans un arsenal thérapeutique, en réalité ce n’est la chloroquine seulement. Jusqu’à présent il n’y a pas de vaccin ni de médicament, la seulement chose c’est le respect des mesures d’hygiène mises en place », a affirmé Dr Manizé Kolié.

En ce qui concerne l'hydroxychloroquine, c’est une molécule dérivée de la chloroquine dont la structure est chimiquement proche, les propriétés sont  communes. Elle est utilisée depuis de nombreuses années dans le traitement de certaines pathologies sous le nom de Plaquenil. Ce médicament est indiqué chez les personnes atteintes de polyarthrite rhumatoïde et de lupus érythémateux. On l'utilise aussi pour prévenir les allergies provoquées par le soleil (lucites). Il s'administre par voie orale et se présente sous forme de comprimé à prendre à la fin des repas. La posologie et la durée du traitement varient en fonction des troubles présentés. Ce médicament est contre-indiqué chez les enfants de moins de 6 ans, pendant l'allaitement et en cas de maladie de la rétine (rétinopathie).

« On n’a pas suffisamment de chloroquine sur le sol guinéen parce qu’on a laissé notre usine de Macenta (usine de chloroquine de Sérédou ndlr) sombrer alors qu’on a des champs naturels de quinquinas à Macenta. Donc il serait mieux pour la Guinée de reprendre l’usine de quinquina de Sérédou. Si les scientifiques approuvent aujourd’hui que la chloroquine traite le COVID-19, là il faudra qu’on s’adresse à un fournisseur sûr mais surtout pas les indiens qui envoient du n’importe quoi ici », a aussi prévenu Dr ManizéKolié.

En France, l'agence régionale de santé de Nouvelle-Aquitaine a rapporté ce dimanche 29 mars que des cas de « toxicité cardiaque ont été signalés dans la région à la suite de prises en automédication de Plaquenil [hydroxychloroquine] face à des symptômes évocateurs de Covid-19, ayant parfois nécessité une hospitalisation en réanimation », a rapporté le journal français Le Point.

Bien que la chloroquine soit indiquée pour traiter plusieurs pathologies, faut-il noter que ce produit comporte des effets secondaires qui sont nuisibles pour la santé. Les effets indésirables de la chloroquine sont nombreux d'où la méfiance de certains médecins et scientifiques quant à sa délivrance massive à des patients atteints du Covid-19. Parmi ceux-ci, on constate principalement : Des troubles digestifs avec nausées, vomissements et diarrhées. Des réactions allergiques ( insomnies, dépression, agitation, anxiété, agressivité, troubles du sommeil, confusion, hallucination, des maux de tête, des étourdissements, convulsions).

Des troubles de la vue avec une vision floue. De rares cas de rétinopathies liées à l'accumulation de la molécule ont été observés, des démangeaisons, des douleurs locales, ressemblant à des brûlures, picotements ou décharges électriques au niveau des mains et des pieds.Des hypoglycémies (d'où une méfiance de rigueur chez les patients diabétiques). Des affections hépatobiliaires : hépatite survenant notamment chez les patients porteurs d'une porphyrie cutanée tardive.

La chloroquine peut entrainer des graves arythmies et cardiomyopathies

Les effets cardiovasculaires. En 2004, des chercheurs de Toulouse avançaient que la chloroquine, anti malarique le plus utilisé au monde, était à l'origine d'intoxications aiguës graves surtout dans les zones touchées par le paludisme, "Leur sévérité est essentiellement liée aux troubles cardiovasculaires provoqués par son action quinidine-like" arguaient-ils. Ce qui veut dire que la chloroquine agit comme la quinidine, un médicament qui a la même action qu'un antiarythmique. Elle peut alors entraîner des troubles de la conduction. Des cas d'arythmies graves ont été rapportés lors de surdosage mais aussi à dose thérapeutique. Ces molécules peuvent aussi provoquer des cardiomyopathies (maladies touchant le muscle cardiaque).

 

Oumar Bady Diallo

Pour Africaguinee.com

Tel: (00224) 666 134 023

Créé le Mardi 31 mars 2020 à 11:12

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